‹ Mélanges poétiques & littérairesChapitre 108 sur 120 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

Conséquences de la Bonté pour Thomme.

"-p 'admirable sermon sur la montagne énonce, entre autres -^ béatitudes : « Bienheureux ceux qui sont doux, parce qu'ils posséderont la terre '. » Cette citation renferme toutes les conséquences de la Bonté pour celui qui la pratique sincèrement et toujours. Il possédera la terre ici-bas en y trouvant le bonheur, en le faisant rayonner autour de sa personne ; et ce même bonheur lui fera posséder le Ciel, que l'Ecriture sainte appelle la terre des vivants.

Il possédera la terre ici-bas. Par là, nous n'entendons pas la possession de grandes richesses, cause de soucis et de redoutables responsabilités par l'usage coupable qu'on en fait trop souvent ; ni le prestige d'un grand nom, germe de l'orgueil ; ni l'éclat des honneurs et des dignités, aliments de l'ambition qui, jamais satisfaite, dévore nuit et jour le cœur humain, son esclave ; ni, surtout, les plaisirs du monde et de la volupté, ruine de l'âme et du corps. Non ; biens, titres, honneurs, plaisirs, quoi que l'on fasse, sont empoisonnés par l'idée du trépas. Tout s'évanouit à la tombe, où nous emportons seule la responsabilité de nos actes.

Nous voulons parler de la joie et de la tranquillité, douces compagnes de la médiocrité. Celui qui la goûte et s'en contente toujours se possède et possède véritablement la terre ici-bas, par l'heureuse influence qui jaillit de toute sa personne et rend son commerce si désirable. On va vers lui comme le fer,

1 Sermon de Jésus-Christ sur la montagne, en saint Matthieu, chapitre V, verset 4.

à l'aimant. La joie tranquille que respire tout son être annonce le bonheur et la paix dont son âme déborde et qu'elle brûle de communiquer aux autres. Voilà pourquoi on la recherche, on la désire, on y revient toujours.

Ce don d'attirance est si grand chez certains mortels, doués de bonté, qu'il s'exerce même sur les inconnus. Comme tous les infortunés allaient au Christ, captivés par la beauté suave de son visage, ainsi, dans les rues, le pauvre néglige certains passants et court à d'autres, attiré par la bonté que leurs yeux reflètent, siàr d'en être secouru dans sa détresse. Et la façon dont l'aumône est faite en double encore le prix ; il semble qu'il fasse plus de grâce en l'acceptant qu'eux en l'accordant. Ils trouvent dans ces charitables communications un plaisir ineffable.

Nous dirons plus : ce don captive les animaux eux-mêmes. On connaît le charmant pouvoir du séraphique François d'Assise'. Se promenait-il dans les dépendances de son monastère, bientôt les hôtes des bois accouraient et le suivaient ; les oiseaux sortaient des bocages, l'entouraient, voletaient autour de sa tête, se disputaient à qui se poserait sur ses épaules, sur ses bras ; ils l'agaçaient, le béquetaient ; lui les caressait, leur parlait ; eux semblaient lui répondre de leur doux ramage. Et, quand le Saint rentrait au cloître, tous paraissaient se quitter comme à regret ; le même spectacle se renouvelait à chacune de ses apparitions. Il possédait leur tendresse, comme il avait celle de ses frères en religion, des malheureux, de tout le monde.

Heureux quand la Providence prodigue à de tels cœurs, au lieu de la médiocrité, les dons magnifiques de la terre ! Si ces libéralités sont une cause de perdition pour l'égoïste et le voluptueux, ces cœurs aimants trouvent dans leur possession un bonheur aussi grand que possible ici-bas, en les employant aux nobles usages pour lesquels Dieu les a créés.

Trésoriers de leur Créateur, ils goûtent une joie inexprimable à faire servir leurs richesses au travail, au soulagement des malheureux ; leurs titres à fonder, à consolider des œuvres philanthropiques ; leur prestige à propager le bien dans le monde ;

1 Saint François d'Assise, fondateur de l'ordre monastique des franciscains (1 182-1226).

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