TROISIÈME PARTIE
leur plaisir enfin à visiter toutes les misères, pour les consoler et les guérir.
De telles vies sont une fête continuelle. Quel contraste avec celle du méchant, toute remplie de trouble, d'agitation, d'envie, de haine, de remords et, pour comble, d'épouvante au trépas ! «Finis coronat opus : oui, la fin couronne l'œuvre. » Mais, dira-t-on, ce qui précède montre le bonheur dont jouissent les humains exerçant la Bonté dans l'aisance ou la richesse. Le pauvre peut-il aussi trouver la félicité dans la pratique de cette vertu ? Nous répondrons : Oui, s'il possède, en même temps, la religion ; car, alors, il sait qu'il est le meilleur ami du Christ, qui, dans l'absolu dénuement, fut parfaitement bon.
Il ne se préoccupe pas outre mesure des nécessités de la vie : d'autres christs se rencontreront toujours ici-bas, pour l'aider. Le secours venant de telles mains n'est plus une aumône, mais une compensation, une marque d'amour donnée par un frère à son frère. Calme, tranquille et résigné, ce bon pauvre, exempt des responsabilités et des soucis attachés à l'opulence, aux honneurs, à l'autorité, jouissant librement des beautés de la nature, comblé surtout des consolations de la piété, poursuit paisiblement son chemin et met toute sa joie à suivre son divin modèle pour arriver au Ciel, où son bonheur relatif trouvera son complet épanouissement.
Si la Bonté donne à l'individu la joie et la paix de l'âme, ce qui doit encore inciter davantage l'homme à la pratiquer c'est qu'elle procure ou, du moins, conserve en même temps la santé du corps ; et l'hémistiche de Juvénal : « Mens sana in corpore sano, » est ici d'application et pourrait se traduire ainsi : la santé de l'âme est la santé du corps. Le méchant, en effet, est fréquemment agité d'envie et de colère. Les passions qui bouillonnent dans son cœur ne lui laissent aucune trêve, ni repos ; sans cesse, elles réclament des sacrifices de plus en plus grands. Blasé par les jouissances sensuelles, l'homme voluptueux et pervers cherche sans relâche des plaisirs plus capiteux, qui l'épuisent sans jamais le satisfaire. Tous les ressorts de son organisme s'usent, ses nobles facultés s'atrophient ; la
vieillesse arrive avant l'âge et, juste couronnement d'une existence si lamentable, une mort prématurée la termine, heureux encore s'il ne l'accélère par le suicide !
Lors même que le méchant fuirait les plaisirs coupables, chose rare, les emportements dont il est coutumier à toute contradiction, à la moindre contrariété, hâteraient encore sa fin. Que de maladies sont dues à la colère, sans parler des haines que le méchant encourt et des suites qu'elles entraînent. Loin de nous d'applaudir au sang versé ; disons-le, cependant : quelles que soient les précautions dont s'entourent les tyrans inquiets et soupçonneux, tôt ou tard le bras d'un vengeur indigné les atteint. Il serait puéril de citer ici des noms : les fastes de l'histoire en fourmillent.
Au contraire, l'homme réellement bon ne craint personne ; il est aimé de tous, pour le bien qu'il répand et l'heureuse influence qu'il exerce dans son entourage. Il est pacifique, il fuit les querelles ou les apaise ; il souffre patiemment les tribulations, inévitables ici-bas. Il ne s'émeut point, il supporte les contradictions, discute avec calme, écoute avec attention et, lors même qu'il a raison, sait, pour le bien de la paix, se ranger à l'avis des autres, moins bon que le sien, si des intérêts majeurs ne sont pas en cause.
La quiétude accoutumée dont il jouit garde à son âme toute son assiette et, par répercussion, met une harmonie parfaite dans le fonctionnement de tous ses organes. Il en résulte, pour lui, la conservation d'une santé florissante jusqu'à l'âge le plus avancé. Respecté de tous, il s'éteint enfin dans une mort douce et tranquille, la fin naturelle.
Qui n'a pas connu de ces bons vieillards dont la vie s'est écoulée comme un fleuve paisible, en faisant le bien et qui sont morts, au milieu de leurs parents et amis, sans secousse, chargés d'ans, comme une lampe s'éteint doucement, l'huile en étant épuisée ?
De notre exposé, nous pouvons tirer ce principe : la longévité est souvent en raison directe de la bonté.
Nous le disions en commençant cette étude, la bonté réelle