‹ Mélanges poétiques & littérairesChapitre 113 sur 120 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

dupes ; fuyons-le pour ne pas lui rendre le mal pour le mal ! Parfois, hélas ! leur haine, de passive devenant active, les pousse à rendre œil pour œil et dent pour dent, bien plus, à dépasser en méchanceté leur ennemi lui-même. C'est ainsi que l'on voit des hommes, nés pour être bons, devenir des monstres d'iniquité.

Eh bien, nous affirmons qu'alors aussi ces mortels peuvent être toujours bons, souverainement bons. Ils en ont les moyens dans leur propre fonds : l'énergie et l'intelligence, secondées de la grâce divine ; et, s'ils le veulent, ce qui devait servir à leur perte les mènera, comble de gloire ! à l'héroïsme même de la Bonté.

Pour atteindre ce noble but, toutes les forces de leur volonté doivent tendre sans cesse à se cuirasser contre les impressions funestes, quelles qu'elles soient, à repousser toutes les suggestions fatales et criminelles. Cette résolution inébranlablement prise, l'intelligence, dégagée de ces ferments d'irritation et de rancune, leur présentera les choses sous leur vrai jour.

Ils se diront alors : « Le plus grand bienfaiteur de l'humanité fut le Christ, et ses insignes bienfaits ont été payés de calomnies, de sarcasmes, d'outrages, d'opprobres et de mort ; le disciple n'est pas plus que le maître. Comme nous, « l'homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux, » une créature déchue, remplie d'imperfections et de misères ; supportons-la puisqu'elle doit bien nous supporter nous-mêmes. » Puis, ils ouvriront le livre d'or de la Bonté ; ils y verront les magnifiques fleurs qu'elle fait éclore aux champs de la vie, dont elle embellit et parfume ainsi l'affreuse désolation. A ce spectacle, ils se diront encore : « S'il est des méchants, il est aussi des bons en grand nombre, puisqu'ils enfantent de tels prodiges d'amour de l'humanité. Malgré les vilenies dont, en retour, on les accable comme nous, ils continuent avec abnégation leurs œuvres sublimes, dédaigneux des récompenses terrestres, pour mériter celles des cieux. » Enthousiasmés, ils s'écrieront enfin : « Ce que ces nobles cœurs font, nous aussi nous pouvons le faire! »

Oui, vous pouvez le faire et nous ajouterons vous devez, nous devons le faire. Pourquoi? Parce que c'est l'ordre divin.

Jéhovah le grava Lui-même sur la pierre, au Sinaï : « Vous aimerez comme vous-mêmes le prochain, quel qu'il soit. » Ce précepte, le Christ l'a confirmé par ces mots : « Aimez-vous les uns les autres. »

Vous le devez encore, parce que le simple bon sens l'indique. En effet, qui s'attriste et s'indigne des méchancetés de l'homme à qui vont ses bienfaits, le comble de joie* car le méchant voit que ses traits portent. Au contraire, un redoublement de bienfaits a pour conséquences de le lasser et de l'amender, sinon de le punir en amassant des charbons embrasés sur sa tête, pour l'éternité.

Vous le devez, enfin, parce que votre repos l'exige. Qui ne pratique pas la Bonté, qui l'abandonne, est' l'artisan de son propre malheur. Et quel malheur ! Le jour, il vit dans une agitation perpétuelle ou, loin de ses semblables, il se confine en une misanthropie qui le ronge, le dessèche et lentement le tue. S'il se mêle au commerce des humains, il voit en chacun d'eux un ennemi. Tous lui portent ombrage ; il s'exagère leurs défauts, dénature leurs intentions et trouve dans leurs discours les plus inoffensifs des insinuations malveillantes. Eux le connaissent ; leur malignité, qui ne perd jamais ses droits, prend plaisir à surexciter cette susceptibilité maladive. Mais, lassé bientôt, on le fuit, on le méprise, on le hait.

La nuit même, si douce aux hommes de bien fatigués de leurs travaux, n'apporte guère de relâche à ses tourments, entrecoupée qu'elle est pour lui d'hallucinations et de rêves affreux : « L'oreiller du méchant est tout rempli d'épines. » Qui désirerait un pareil destin ?

L'histoire démontre que, toujours, les débauchés furent cruels. Tibère, Caligula, Néron, Héliogabale et combien d'autres ont été des monstres de dépravation et aussi de cruauté. Ils se riaient de la Bonté et la considéraient comme une faiblesse. Fuyez donc le contact du libertin : lui, surtout, est égoïste, cruel, irrémédiablement mauvais. Aimez la société des bons et la maison du Seigneur. Vous apprendrez là, mieux que par ces lignes, ce qu'est la Bonté, comme elle transforme la

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