SCENE VI
RENÉE DE LINON, les yeux mouillés de larmes.
Oh ! se jouer ainsi de ma dignité ! C'est mal ! Moi qui ne demande qu'à l'aimer! Que lui ai-je donc fait?... O mère, mère chérie, comme vous me manquez!... A qui demander conseil? En qui m'épancher ?... Mon oncle et tuteur est bon pour moi, oui, souverainement bon ; mais, pour comprendre une jeune fille, il faut un cœur de femme. Et je suis seule ! Que je suis malheureuse !... Et j'ai vingt ans, demain ! Jour de bonheur et de joie, si ma mère était là... Quel isolement! Quelle tristesse en mon âme ! {Se raidissant.) Eh bien, non ! Je veux imiter ma tante, devenir comme elle insensible et sceptique... Sceptique à vingt ans, est-ce possible?... Le monde est méchant, a dit Madame de Limange. Ici, pourtant, l'on est compatissant pour moi; tous m'aiment. Tous?... Hélas ! non, il y a une exception, celle-là même qui devrait le plus m'aimer. Quelle imprudence j'ai commise en ne faisant pas remettre, sur-le-champ, ma trouvaille à son propriétaire ! Comme je vais être ridicule, en présence de Monsieur de Borand ! Oui, j'aurais dû restituer ce carnet. Mais, si je l'avais rendu. Madame de Limange ne l'aurait pas trouvé dans ma chambre, elle ne l'aurait pas reporté elle-même, Monsieur de Borand ne me l'aurait pas rendu par elle. Et, alors... Que s'est-il passé entre eux? Pourquoi m'a-t-il fait remettre ce que j'avais trouvé ? Pourquoi ?... (Elle cache le carnet dans son corsage.)