EPITRE III
Au faible Avite. '
ou La joie de vivre.
Me le maintiens, Avite, et point ne m'en dédis :
sJ La vie est ici-bas sinon un paradis
Du moins toujours pour l'homme un fardeau supportable,
Même quand le malheur le visite et l'accable,
Si la Foi, cependant, ce flambeau radieux,
Lui montre son malheur comme un bienfait des cieux.
Sans elle dans la vie une âme désolée
Erre comme un esquif sur la mer déchaînée.
Pour ne philosopher longtemps à ce propos,
Laisse-moi te rimer ce conte en quelques mots -,
Qui mieux te montrera que tous discours du monde
Le véritable roc où le bonheur se fonde.
Puissé-je, heureusement de tes chagrins vainqueur,
Ramener pour toujours le calme dans ton cœur,
Et te prouver qu'il n'est si grand mal sur la terre
Qui ne soit surpassé par une autre misère ]
C'était pendant l'hiver. Un soir, en ma maison,
Assis près d'un bon feu, je narguais l'aquilon ;
La neige à flocons drus tombait depuis la veille.
Le timbre tout à coup résonne à mon oreille;
J'entends des sons de voix. On vient avec lenteur,
Et la bonne introduit bientôt le visiteur,
Vieillard maigre et barbu, sorte de Bélisaire,
Dont l'habit boutonné décelait la misère.