‹ Mélanges poétiques & littérairesChapitre 8 sur 120 · Caligula, empereur romain cruel et débauché |37 à · texte numérisé non relu

Caligula, empereur romain cruel et débauché |37 à

SATIRE m

Contre le respect humain et l'hypocrisie.

'T'.ACHE respect humain, infâme hypocrisie,

-^^ Qui souvent dans un cœur à ce premier s'allie,

Quand vous vous emparez de ce noble milieu.

Soit pour abuser l'homme ou vouloir tromper Dieu,

Quel sujet fut jamais plus propre à la satire

Que cette abjection où conduit votre empire !

Lançons contre eux, lecteur, les coups de notre fouet :

Assez et trop longtemps nous fûmes leur jouet.

Pour saisir leur laideur en toute plénitude,

Interrogeons le Christ. Quelle mansuétude

A l'égard des défauts, lot de l'humanité :

Pour la femme adultère. Il est plein de bonté,

Il pardonne au larron. Il absout Madeleine,

Et même pour Judas, Il ignore la haine.

Lui seul, le pharisien, superbe et vicieux ^

N'a jamais rencontré nulle grâce à ses yeux ;

Et sa juste colère est plus terrible encore

Pour qui rougit de Dieu que dans l'ombre il adore.

» Serpent, dit-Il à l'un, comédien de vertu,

» Qui t'enivres d'encens quand le mépris t'est dû,

» Ainsi que le tombeau, sous ta riche parure,

» Tu n'es dans l'intérieur qu'ossements, pourriture!

» Et toi qui pour un mot, tel un soldat qui fuit,

» Trahis ton Créateur et le sers dans la nuit.

1 Le pharisien, toujours richement habillé, était orgueilleux et corrompu, sous son masque de vertu.

» Malheur à toi ! Le jour des assises divines, » Ce Dieu qu'à renier en public tu t'obstines, » Rougissant à son tour de ton indignité, » Te punira du feu de son éternité. » Les pharisiens, malgré la divine colère. Pullulent de nos jours encor sur cette terre. L'enfant est-il à peine à l'âge de raison Que souvent on le voit, fille comme garçon, D'un masque de vertu recouvrir son visage, Quand le vice déjà dans son cœur le ravage. Chez le précoce enfant cette perversité Promet quand il arrive à la maturité. Quels perfides ressorts déploie alors son âme ! Respectant les égards qui sont dus à la femme, Je me garderai bien de peindre dans mes vers L'astuce qui, parfois, remplit son cœur pervers : Si Lucrèce', Judith 2, Eponine •^, Julie'*, Monique ^, Jeanne d'Arc, Thérèse ^ et Cornélie ^, Brillent comme une étoile aux rangs du sexe beau. Il a Locuste^, aussi, Frédégonde ^, Isabeau ^^. Voyons le sexe fort : Des rois de la finance Se font du Panama ", chef-d'œuvre d'impudence, Un moyen où leur art, leur talent de tromper, Contre les malheureux peut sans peur s'exercer. Conseils d'Etat, armée et vous, diplomatie. Vos rangs ne sont non plus exempts d'hypocrisie : Députés ? Sans rougir, vous édictez des lois Trahissant à l'envi vos serments d'autrefois,

1 Lucrèce, dame romaine, qui ne put survivre à son déshonneur. Sa mort causa la chute des Tarquins. f509av. J.-C.)

2 Judith, héroïne juive.

3 Eponine, femme célèbre par son amour conjugal. /

4 Julie, d'une famille illustre de Carthage, martyre en 439.

5 Sainte Monique, modèle des mères, obtint par ses prières la conversion de son fils, Augustin.

6 Sainte Thérèse, femme célèbre par ses vertus et son génie.

7 Cornélie, mère des Gracques et fille de Scipion l'Africain.

8 Locuste, fameuse empoisonneuse romaine, mise à mort en 68 par Galba.

9 Frédégonde, femme astucieuse et dépravée. Simple suivante d'Audovère, épouse de Chilpéric b^, elle parvint ou trône par l'intrigue et le crime (543-597).

10 Isabeau de Bavière, reine de France, tristement célèbre par sa duplicité et ses débordements. Elle livra la France aux anglais (1429).

11 L'affaire du Panama coûta plus d'un milliard à la petite épargne.

Tandis que vos mépris et ceux de votre presse

Vont au législateur fidèle à sa promesse.

Guerriers ? Vous prétendez à toutes les vertus,

Et de vous a surgi cette affaire Dreyfus,

Eternel monument de honte et de vengeance,

Qui de boue a couvert la malheureuse France !

0 valeureux pays ! O berceau de l'honneur !

Secoue, il en est temps, ta fatale torpeur !

Diplomates? Tandis qu'on cherche en Batavie

Entre les nations à sceller l'harmonie.

Le Turc sur l'Arménien assouvit librement

Sa haine séculaire en un égorgement.

C'est en vain qu'en frémit d'horreur toute la terre !

Que dis-je ! Aux faibles Boers la puissante Angleterre,

Esclave des conseils du pâle Chamberlain,

Porte les mêmes coups au pays Africain.

Gladstone généreux, qu'en dirait ta grande âme ^ ?

Honte aux instigateurs de cette guerre infâme !

Clio dans l'avenir gravera leur forfait.

Qui restera pour eux la tache de Macbeth.

Si je devais encor peindre la politique.

Parfois, des nations, royaume ou république.

Ma muse y trouverait un trop facile essor

Et ma bile longtemps coulerait à plein bord :

Intrigues des bureaux, cabale au ministère,

Sourires aux rivaux qu'on brise comme verre ;

Serments aux électeurs, arbitres des mandats,

Avec l'intention de ne les tenir pas ;

D'amateurs de rubans toutes les platitudes ;

Duplicité de chefs flattant les multitudes.

Qu'ils écrasent du pied, pour franchir les honneurs,

Et délaissent ensuite en proie à leurs malheurs ;

Enfin des potentats, parfois, les singeries,

Lorsque de leurs soldats les troupes aguerries

S'apprêtent à semer le ravage et la mort,

Sont chacun une source oîi mon feu sans effort,

1 Gladstone, homme d'Etat anglais, qui s'est immortalisé par ses talents et sa grandeur d'âme (mort en 1898).

Puisant d'une satire une riche matière, Toujours vif, atteindrait le bout de la carrière K Mais sur l'hypocrisie abattons le rideau Et du respect humain achevons le tableau ; Aussi bien, celui-ci devant l'Être suprême Est ce que la première est envers l'homme même. Cependant, si du fourbe on est dupe ici-bas,, Impunément de Dieu l'on ne se moque pas : Tôt ou tard II punit, même au cours de la vie. Des faux adorateurs la coupable folie.

Lâches, Il tient en main la trame de vos jours. Qu'il peut anéantir à l'instant pour toujours. Et vous, faibles mortels, êtes si téméraires Que de saper son règne et braver ses colères ! Il vous a tout donné : richesse, honneurs, santé ; Sans Lui l'on se rirait de votre autorité ^ ; Et, tandis qu'en public II reçoit vos outrages, Vous Le croyez content de vos secrets hommages ! Non, non ! Détrompez-vous. Lui, qui sonde le cœur, Se détourne de vous avec mépris, horreur. Ainsi, soit qu'un mortel enfoncé dans le vice D'une vertu trompeuse emprunte l'artifice, Soit qu'un autre étalant son incrédulité Cache dans le secret sa fausse piété.

Tous les deux sont au fond des monstres d'impudence. L'un moins et l'autre plus pour toute différence. Mais, me dit-on, et toi, qui lances contre nous Dans tes vers étourdis les traits de ton courroux. N'as-tu d'aucun péché connu la servitude ? Hélas ! si ; mais, ma plume en flétrit l'habitude. Si l'Evangile dit que l'homme naît trompeur, Il offre aussi sa grâce au malheureux pécheur. Usez-en, comme moi, pour transformer vos âmes. Et je ne dirai plus que vous êtes infâmes.

1 Encore une fois, tous ces traits ne visent que les exceptions.

2 Tout pouvoir émane de Dieu.

Contre l'abus des décorations et la statuomanie,

-y 'homme est, il faut le dire, enfant toute sa vie :

-*^ Ces jouets dont son âme au jeune âge est ravie,

Chevaux de bois, tambours, billes et mirlitons.

Plus tard, cèdent la place aux rubans, aux galons.

De ces hochets, donnés jadis aux seuls Alcides,

Les mortels aujourd'hui sont d'autant plus avides

Qu'ils sont un siàr moyen qu'obtient leur vanité

De cacher sous l'éclat leur médiocrité.

Les princes à l'envi flattent cette faiblesse.

Créant ordres nouveaux et décorant sans cesse ;

Et, bientôt, de ce train dont y vont les Etats

L'honneur sera pour ceux qui ne le seront pas.

Loin de moi de chercher à couvrir de risée

Des généreux mortels la phalange empressée

A combler de bienfaits les malheureux humains,

Ou doter leur pays de chefs-d'œuvre divins ;

Aux honneurs qu'on leur rend j'applaudis sans partage

Et salue un Damien ', un Pasteur 2, au passage.

Au surplus, cette croix qu'on prodigue ici-bas.

Quand on la leur accorde ils ne la portent pas.

Leurs bienfaits, leurs travaux suffisent à leur gloire.

Et par eux à jamais survivra leur mémoire.

Que leur font un crachat et même un monument.

Pour l'immortalité ? Mais, voyons, franchement,

1 Damien, sublime missionnaire, surnommé l'apôtre des lépreux. Il donna sa vie pour eux. -' Pasteur, illustre savant, père de la microbiologie et. par là, grand bienfaiteur de l'humanité.

Peut-on, sans être pris d'une gaîté soudaine, Voir quelque bon bourgeois, sur sa grosse bedaine, Etaler une croix qu'il a, dans sa maison Gagnée en nous vendant du sucre ou du savon ?

Peut-on voir Laissons-leur cette douce manie.

Qui fait pour peu de temps le charme de leur vie ;

Et, quand la Parque blême enfin fixe leur sort.

Ils emportent bientôt notre oubli dans la mort.

Le plus sage, après tout, est donc pour nous d'en rire.

Mais, je ne saurais voir, sans éprouver de l'ire,

Perpétuer leurs traits dans le marbre ou l'airain.

Par tant de monuments qui bordent mon chemin.

Quelle est, en accordant semblable apothéose,

La fin qu'un esprit droit justement se propose ?

Celle d'éterniser d'illustres actions

Et de pousser, par là, les générations

A retracer un peu, dans le cours de leur vie,

Les faits qu'ont accomplis des hommes de génie ;

Celle aussi de montrer qu'il n'est d'autre moyen

D'honorer davantage un fameux citoyen.

Or, supposons qu'un maître, au carrefour des rues.

Voit avec ses enfants, l'une de ces statues :

Qu'a-t-il fait ? Quel est-il, demande un écolier,

Celui dont j'aperçois ici le marbre altier?

Oh ! combien je te plains, maître, en cette aventure.

Qui te mets pour parler l'esprit à la torture

Et, pour justifier ces honneurs éternels.

Contes des faits communs aux vulgaires mortels.

Etonné, l'enfant garde un éloquent silence.

Suivons par la cité la troupe qui s'avance

Et nous verrons qu'après notre parcours entier.

Pour un réel héros qu'on sut magnifier,

Vingt autres sous le bronze offert à leur mémoire,

Seulement de l'artiste éternisent la gloire.

Mais, quelle étrange erreur de penser par mes vers

Guérir l'humanité d'un si fatal travers,

Alors qu'il y faudrait plus d'une vie entière ! Les siècles réduiront ces lauriers en poussière. Mon âme est soulagée, et je remets au temps D'apporter la justice ici-bas que j'attends.

Contre le féminisme.

We te l'accorde, ami, sans vouloir m'en défendre,

kJ II n'est rien de plus doux, il n'est rien de plus tendre,

Plus digne de respect et d'admiration.

Parmi tant de beautés de la création,

Que l'est la femme. Vierge, elle ravit la vue,

Par ses charmes naissants et sa grâce ingénue ;

Epouse à son époux, pour calmer ses soucis,

Elle tend du foyer à faire un paradis.

Et, quand un pur enfant, fruit de leur hyménée,

Aura d'un nouveau nœud lié leur destinée.

Qui de son cœur dira tous les transports brûlants ?

Vienne le temps couyrir son chef de cheveux blancs.

De la famille encor c'est l'ange tutélaire.

Oui, j'admire le sexe auquel je dois ma mère !

Mais que, méconnaissant sa réelle grandeur,

La femme, sous l'attrait de quelque novateur.

Ambitionne un rôle étranger à son sexe,

Voilà ce qui m'afflige et m'étonne et me vexe ;

Et mon respect fait place au mépris après lui.

Hélas ! c'est un fléau qui s'étend aujourd'hui!

Qui pourrait sans douleur en compter les ravages ?

Assez le sexe fort eut tous les avantages,

Ont dit tous ces prôneurs de fausse liberté.

Entre la femme et l'homme il faut l'égalité.

C'est par cet idéal qu'a su le féminisme ^

Corrompre le beau sexe, au sensible organisme,

1 Une comédie récente, La Doctoresse, a couvert le féminisme de ridicule.

Et des êtres former qui, malgré le jupon, De la femme n'ont plus trop souvent que le nom. Que je te plains, mortel, toi, dont l'aveugle flamme Fit choisir pour compagne une pareille femme ! Car, de l'hymen à peine as-tu connu les lois Que, pour ton désespoir, bientôt tu t'aperçois Qu'au lieu d'avoir trouvé ton idéal, un ange. Qui te ménagerait un bonheur sans mélange. Tu n'as fait, au contraire, entrer en ta maison Qu'un maître, une harpie, un tyran, un démon. — Oh ! oh ! — Je le maintiens : Une vipère, un diable ! Pareille énormité n'est pas justifiable : L'injure est coutumière à tout cœur irrité ; Prouve de ton courroux la légitimité. — La preuve ? La voici, reconnais-en la force : Jamais nous n'avons vu plus sévir le divorce Qu'en ce siècle où la femme, au mépris de sa foi, A l'homme en son foyer veut imposer sa loi. Renverse ainsi du Ciel toute l'économie Et détruit de l'hymen la divine harmonie ; Cela seul peut suffire à mille autres raisons. — Oui. Mais, si le divorce afflige nos maisons, L'époux plus que l'épouse est-il si beau modèle Qu'il puisse déclarer que le malheur vient d'elle? La colère, le vin, la débauche et le jeu, Dans le cœur masculin allumant tout leur feu. Trop souvent.... — Il est vrai. Si je ne le conteste, De nouveau, fermement, avec raison j'atteste Que le fléau sévit d'autant plus parmi nous Que l'épouse est poussée à dominer l'époux. Et qu'une loi funeste, en secondant leurs haines. Permet de secouer d'indestructibles chaînes. — Tu charges le tableau de trop sombres couleurs ; Comme le célibat, l'hymen a ses douceurs. Dont ne nous prive pas la femme émancipée. — Avec elle voyons ce qu'offre l'hyménée :

Tantôt, l'esprit farci de grec et de latin,

Le cœur enflé d'orgueil pour quelque parchemin.

Pris dans les facultés de droit ou médecine.

Aux timides conseils de ménage et cuisine

Naïvement donnés par un époux surpris,

Elle s'indigne, éclate ou bien se livre au ris.

« Monsieur, y pensez-vous ? Elle, une doctoresse,

» De ses hauteurs descendre à pareille bassesse !

» D'un procès, d'une cure agitez les débats ;

» Mais, encore une fois, ne lui demandez pas

» De soigner un enfant, de conduire un ménage :

» Ce rôle d'une bonne est le juste partage. »

Et si l'infortuné, rentrant dans son logis,

Écrasé de travail, accablé de soucis.

Veut de l'ordre et dîner autrement qu'en paroles.

Qu'il prenne dans ses mains balais et casseroles !

Ou bien, pour tous les sports brillant de folle ardeur.

Sans pudeur et cruelle, elle met son bonheur

A voir homme ou cheval sous la corne qui tombe ' ,

A percer de ses plombs l'innocente colombe ^ ,

Et, quand pour un insecte avant elle a pâli,

A donner le trépas au cerf dans l'hallali ^ .

Du turf elle connaît l'argot et tout l'arcane ;

Ne pouvant y courir, elle vole à bécane * ,

Dans un maintien honteux, en un accoutrement.

Qui jette la stupeur dans l'âme du passant.

Quand dans la politique, enfin, femme est jetée.

Qui dira de l'époux l'affreuse destinée ?

Rappelant de Michel les scandales passés ''

Et le portrait viril, j'en aurai dit assez

1 Les combats de taureaux en Espagne. Les femmes espagnoles sont avides de ces spectacles, parfois atroces. La tauromachie commence à se répandre en d'autres pays, notamment en France.

i Le tir aux pigeons, jeu cruel très à la mode dans le grand monde des deux sexes.

3 Cerf aux abois. L'honneur (?) de lui donner le coup de grâce est parfois accepté par une chasseresse, qui frémit à la vue d'une araignée. C'est un spectacle lamentable : le cerf, se voyant perdu, brame et pleure.

4 Nom donné à un genre de vélocipède à roues petites et de même diamètre.

5 Louise Michel, virago jadis fameuse par ses meetings socialistes. Elle fut surnommée la vierge rouge.

Pour montrer que l'hymen avec telle bacchante Est un sort qu'eût placé dans son enfer le Dante. Eh bien ! réponds, ami, toi qui, d'après les bruits, De l'hyménée aspire à connaître les fruits Et cherche dans ce but une femme fidèle, Prendrais-tu volontiers l'un ou l'autre modèle ?

Contre l'illogisme.

Qu'est-ce que la logique ^ ? Une vertu de l'âme Qui devrait, ici-bas, porter l'homme ou la femme A conformer toujours aux lois de la raison Leurs pensers, leurs discours et surtout ce qu'ils font. Tous veulent y prétendre, alors qu'en sa conduite Chacun par quelque endroit manque d'esprit de suite ; Et si l'on vit jadis, la lanterne à la main ^ , Diogène chercher dans Athène un humain Qui véritablement méritât le nom d'homme, Sans le trouver jamais, je n'ose croire, en somme. Que, revenant soudain parmi nous aujourd'hui, Il trouverait plutôt ce phénix devant lui. Que dis-je ! A notre égard le célèbre cynique Pourrait être, à bon droit, encore plus caustique, Car l'Athénien n'avait naguères ici-bas De la Foi le flambeau pour diriger ses pas. Oui, pour notre raison la céleste lumière Rend la sagesse aisée et même coutumière ; Mais, comme girouette en but à tous les vents. Trop souvent nous pensons en dépit du bon sens. Funeste aveuglement ! Telle une source impure Au cristal de son eau mêle aussi la souillure, Ainsi cette raison, qu'un écrivain jadis '* Dénomma justement la folle du logis.

1 A développer dans le sens religieux.

2 Ce mot est pris ici dans le sens de l'esprit de suite.

3 On connaît assez cet épisode de la vie de Diogène, chef de l'école des Cyniques.

4 Xavier de Maistre, auteur du délicieux Voyage autour de ma chambre.

N'engendre trop souvent, livrée à ses caprices,

Que discours criminels ou pis encor des vices.

La Foi nous dit : Soyez remplis de charité.

Envers vous seuls usez de la sévérité,

Faites de la vertu le but de votre vie.

L'honneur, votre intérêt, bref, tout vous y convie.

Hélas ! stérile appel. Nous perdons notre temps

A critiquer autrui, sans peur des châtiments.

Et, pour mettre le comble à notre inconséquence,

Nous osons censurer même la Providence :

Un tel passe sa vie au sein des voluptés.

Sans cesse accroît le poids.de ses iniquités

Et n'a d'autres soucis, forgeant sa triste chaîne.

Que d'échapper aux lois de la justice humaine ;

A lui les dignités, les succès et l'argent.

Et, moi, qui mets ma gloire à vivre saintement.

Je ne reçois jamais, pour toute récompense.

Que pauvreté, mépris, insuccès et souffrance !

A quoi bon pratiquer une austère vertu.

Si l'impie est prospère et le juste abattu ?

Non, non. Dieu n'est pas juste. — Insensé ! tu blasphèmes

Un Dieu juste et parfait, car tes souffrances mêmes

Sont des marques pour toi de divine bonté.

N'as-tu jamais commis la moindre iniquité?

Qui pourrait le vouloir? Nul sur notre planète.

Tes péchés passent fort les cheveux de la tête ;

Tu les dois expier. Si Dieu frappe ici-bas,

C'est pour donner son Ciel au delà du trépas.

Bénis donc sa bonté qui, par cet artifice.

Te fournit le moyen d'apaiser sa justice.

Mais, malheur au pervers qui, malgré ses excès.

Coule des jours heureux dans la joie et la paix !

Du peu de bien qu'il fit il reçoit le salaire ;

Dieu dans l'éternité vengera sa colère.

Quoi ! vouloir corriger de leurs fatals travers

Les étourdis, les fous qui peuplent l'univers !

Oh ! la plaisante erreur. Insensé qui se pique D'inspirer aux humains quelque peu de logique. La vertu leur sourit dans les prospérités ; Mais, si par le malheur ils se sentent frappés, Le murmure aussitôt s'échappe de leur âme, Et, qu'il dure, bientôt le courroux les enflamme : Si la vertu conduit à ce triste destin. Sortons sans plus tarder, de son fatal chemin; Mettons-nous dans les rangs du troupeau d'Epicure ' : Se livrer aux plaisirs est chose la plus sûre. Profitons du présent. Jouissons ici-bas ; Le tiens vaut certes mieux que les deux tu l'auras. Et, pour calmer la soif de bonheur qui nous presse, A n'importe quel prix il nous faut la richesse. Talisman qui conduit à toutes voluptés. Sur la pente fatale, imprudents, arrêtez ! Etes-vous si certains d'une longue carrière ? Pour vous cette journée est peut-être dernière. Qu'emporterez-vous donc dans l'empire des morts De ces richesses, fruits de criminels efforts ? Mais, je veux que, la Parque à vos fins favorable. Vous poursuiviez longtemps votre marche coupable, Croyez-vous être heureux dans vos débordements ? Non, non. Bientôt viendront en foule les tourments : Satiété, dégoût, remords, maux que le vice Réserve à ses amants comme un juste supplice ; Et, punis à la mort par les divines lois, Malheureux ici-bas, vous le serez deux fois. — Fort bien ; mais, cependant, si ton espoir se fonde A détruire un défaut aussi vieux que le monde. Quel comble d'illogisme ! En effet, tu l'as dit. Poète, en commençant les vers de cet écrit : Chacun par quelque endroit manque d'esprit de suite. Quand la chute d'Adam jadis se fut produite,

1 Epicure, philosophe athénien. Ses disciples dénaturèrent sa doctrine en plaçant le bonheur, non dans la pratique de la vertu, mais dans les plaisirs des sens.

Sa raison, jusque là de tous ses sens vainqueur,

Se vit soudain en proie au vertige, à l'erreur ;

Et cet effet devint, en passant d'âge en âge.

De tous ses descendants le funeste héritage :

Nous admirons le bien et nous faisons le mal ;

Nous descendons parfois plus bas que l'animal,

Quand le cœur tout rempli de notre suffisance

Nous osons mépriser la divine assistance.

Elle qui chez les Saints, malgré l'austérité,

N'anéantit jamais toute fragilité.

L'état parfait du Ciel est l'unique partage ;

Pour tout dire en cinq mots : Dieu seul est toujours sage.

Tu ne peux l'ignorer. — Hélas ! non, je le sais. —

Donc, plus de vains discours. — J'obéis et me tais.

SATIRE Vil

Contre l'impiété.

*y .ES êtres variés qui peuplent la nature :

-^ L'oiseau qui le matin chante dans la ramure,

Les plantes et les fleurs, parures des jardins.

Le lion rugissant aux déserts africains.

L'insecte que l'on voit s'agiter dans la poudre,

Les astres, l'aquilon, l'océan et la foudre.

Rendent gloire au Seigneur chacun à sa façon.

L'homme seul, tout doué qu'il est de la raison.

Le favori du Ciel, le souverain du monde,

L'homme à qui Dieu destine une fin sans seconde .

Celle de partager son bonheur dans les Cieux,

Refuse de courber son front audacieux

Et, de tant de bienfaits oubliant la mémoire.

Ose outrager son Dieu, loin de lui rendre gloire.

Certes, je dois louer la phalange des Saints,

Couronne de l'Eglise et l'honneur des humains.

Qui chaque jour au Ciel adressent leurs louanges

Et mêlent leurs transports à ceux du chœur des anges.

Oui ; mais, si le Très-Haut a ses adorateurs,

Satan, hélas ! aussi compte des serviteurs,

Libertins, renégats, infernale séquelle,

Qui voudraient, se tournant vers la Force éternelle.

Par la fourbe, l'astuce et des flots de venin.

Anéantir un Dieu qui barre leur chemin.

Dans l'art de déverser sur l'Eglise l'outrage.

Des lâches aspostats rien n'égale la rage.

Soit que ces révoltés et ces nouveaux Judas

Espèrent étouffer, à force d'attentats.

Dans leurs cœurs le remords qui justement les miné ;

Soit qu'ils veuillent briser la sublime doctrine,

Dont ils sont impuissants à pratiquer les lois;

Ou, poussés par la haine, entraîner à la fois

Les naïfs avec eux dans leur ignominie ;

Ils s'en vont dans les clubs de la démagogie

Vomir contfe le Christ des blasphèmes affreux,

Au scandale joignant ce crime monstrueux

De saper dans les cœurs, par leurs discours infâmes,

La Foi, dans le malheur seul refuge des âmes.

Et, pour mettre le comble à leur perversité.

Ils nomment joug honteux la douce charité.

Inutiles efforts ! Que l'Eglise s'en rie !

Son vieux tronc, dégagé d'une branche pourrie.

Poussera des rameaux plus verts et plus puissants.

Dans l'univers entier, jusqu'à la fin des temps.

Ce que n'ont pu contre Elle un Julien \ un Voltaire,

Ces mirmidons en vain s'efforcent de le faire.

D'autres, demi-savants, de leur savoir épris,

Pour l'Eglise et les siens sont remplis de mépris.

L'une est, s'exclament-ils, mère de l'ignorance.

Seul secret ici-bas de sa toute-puissance.

Guerre à cet oppresseur ! Les autres en deux mots

Se rangent en deux camps : les fourbes et les sots.

De leurs outrages c'est en six vers la synthèse.

Oh ! d'impudents farceurs prétention niaise !

Pourquoi les réfuter de ma modeste voix.

Quand tant d'auteurs fameux l'ont fait plus de cent fois?

Augustin, Bossuet, mille autres par leur gloire.

Donneraient à mes vers trop facile victoire ;

Et de nos jours l'Eglise en Léon ^ s'incarnant

Propage la science en ce monde à torrent.

De leurs vaines clameurs le mieux est donc de rire.

Mais, ce qui justement doit provoquer notre ire

1 La terminaison ien peut être d'une ou de deux syllabes, au gré du poète.

2 Léon XHl, l'un des plus grands papes de l'Église.

C'est d'entendre traiter de fourbes et de sots Ces chrétiens généreux, ces savants, ces héros. Qui par leur piété, leur savoir, leur courage. Parfois même aux méchants arrachent leur hommage : Fourbes, tous ces martyrs qui, jetés aux lions. Ont cimenté leur foi jadis par millions ; Qui de nos jours, au loin, pour conquérir des âmes, Vont subir le trépas par le fer ou les flammes ! Fourbes, tous ces mortels qui, dans les hôpitaux, De leurs persécuteurs pansent souvent les maux ; Ou, méprisant du monde, honneurs, plaisirs, richesse, Cachent dans le couvent leur beauté, leur jeunesse, Et là, par la prière et par l'austérité. Apaisent le courroux de la Divinité, Dont les foudres sinon frapperaient les impies ! Fourbes et sots encor tous ces fameux génies : Paul \ Tertullien, Ambroise, Origène, Thomas ^, Rubens, Mozart, Racine, Arnaud '^, Pascal, Dumas '*, Mille autres, dont la Foi guidant la main féconde. Ont laissé des travaux qui surprennent le monde ! 11 suffit. Prouve-t-on ce qui crève les yeux ? Qui dénie au soleil son éclat radieux Est un mortel aveugle ou frappé de folie. Après tout, de quel droit cette tourbe avilie Ose-t-elle outrager l'Eglise et ses croyants ? Quelles sont les vertus florissant dans ses rangs? Pour les infortunés, quels sont ses sacrifices ? Quelques cas exceptés, je vois beaucoup de vices : Cupidité, luxure, envie, ambition, Egoïsme, mensonge, orgueil, dissension, Forment presque toujours le funeste mobile Qui conduit ici-bas cette troupe servile.

1 S' Paul, l'apôtre des nations.

i! S' Thomas d'Aquin, surnommé Vange de l'école.

;i Arnaud, célèbre écrivain, qui mérita le nom de Grand.

i Jean-Baptiste Dumas, éminent chimiste français.

L'impie en vain veut donc percer un diamant,

Ses traits sont renvoyés sur lui rebondissant.

Mais, honte à ceux surtout qui, par mille bassesses.

D'odieux gouvernants s'attirent les largesses !

Ces tyrans adulés, vil et lâche troupeau,

Ne te sauveront point au-delà du tombeau.

Pour moi qu'un tel défaut n'effleura de son aile,

je brûlerai toujours contre lui d'un saint zèle,

Mettant tout mon devoir, aVec l'aide de Dieu,

A venger la vertu par tout temps, en tout lieu.

Que font l'or, les honneurs, à moi, fils de l'Eglise?

Devant Elle la mort tout nivelle, égalise,

Et de ses purs enfants les seuls restes mortels

Méritent à ses yeux la gloire des autels.

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