‹ Mélanges poétiques & littérairesChapitre 91 sur 120 · Quatrième Partie · texte numérisé non relu

Quatrième Partie

Premier Essai \

CELUI qui sur le monde exerce son empire, Qui départit la vie à tout ce qui respire, Qui des Etats conduit à son gré le destin Et traça dans le Ciel aux astres leur chemin. C'est Dieu, le Roi des rois, aussi le meilleur Père, Le Moteur éternel par qui seul tout prospère. Il voit tout. Il sait tout, et sa « juste » équité Récompense le bien, punit l'impiété.

Malheur au potentat cruel et méprisable. Qui, pour alimenter son vice insatiable, Ecrase ses sujets de son sceptre de fer Et rend ainsi leur sort ici-bas un enfer ! Que feront, au trépas, sa puissance et son titre. Devant le tribunal de l'inflexible Arbitre ? S'il eût mis son bonheur à les larmes sécher, En sa faveur alors il aurait fait pencher La balance de Dieu. Semblable au riche infâme, Le tyran, englouti dans l'éternelle flamme. Verra, pour ajouter à ses tourments affreux, Le méprisé Lazare entre les Bienheureux !

1 Œuvre de jeunesse de l'auteur.

o>î la mémoire de mon bien- aimé 9 ère.

Stances \

/'TxusE, puisqu'en ce jour vous confiez la lyre ^-■-^ A ma tremblante main, Je ne veux dans ces vers aux mortels chanter l'ire D'un Achille inhumain.

Non, je dois, Erato dans l'auguste carrière ^

Guidant mes premiers pas.

Célébrer les vertus de mon bien-aimé père

Et pleurer son trépas.

Flore à mes yeux ravis s'était parée à peine

Pour la dixième fois.

Qu'à l'auteur de mes jours la Mort, sinistre reine.

Faisait subir ses lois.

Cruelle ! ignorais-tu qu'au banquet de la vie

Ses dix lustres pourtant -*, Auraient dû t'inspirer pour une fois l'envie

De tarder un instant ?

Mais, prières et pleurs font redoubler ta rage,

Sur toi c'est tout l'effet :

Car, je vis, de mon père embrassant le visage,

Qu'hélas ! c'en était fait !

1 Œuvre de jeunesse de l'auteur, dans le goût de Malherbe (voir les Stances à Dupérier).

2 Erato, muse de l'élégie.

'i Quand la mort vint le frapper, le père de l'auteur avait cinquante ans à peine.

O jour terrible, affreux, quand vers le cimetière

Je marchai défaillant, Lentement précédé de la modeste bière,

Prison d'un cœur vaillant!

Et, quand on m'arracha, brisé dans mon enfance,

Du séjour des cercueils, Me voilà, m'écriai-je, exposé sans défense

Aux terrestres écueils!

Père trop tôt ravi, depuis lors, plus la Parque

File nos tristes jours.

Plus sans son nautonnier notre fragile barque

Vogue en danger toujours.

Plus vénéré qu'un roi sous ses vastes portiques

Et de tes sens vainqueur.

Quel modèle parfait des vertus domestiques

Nous présentait ton cœur!

Du vrai Dieu simplement, sans crainte et sans nul doute,

Tu pratiquais les lois ; Si du Ciel siirement je puis suivre la route,

A tes soins je le dois.

Plein d'horreur pour ces lieux où Bacchus nous distille

Son perfide poison.

Sans cesse tu goûtais un plaisir plus utile :

Gouverner ta maison.

Probe dans ton emploi, réglé, sans artifice.

Sévère sans excès.

Tu savais préserver tes enfants de tout vice.

Sourire à leurs succès.

J'entends toujours, la mort ... (dissipez-vous, mes larmes!)

Arrivait te saisir.

Combien mon premier prix, nonobstant tes alarmes.

Te causa du plaisir!

Bien, mon fils, semblait dire une bouche si chère,

Courage, applique-toi ; Travaille, pour moi non, mais pour être à ta mère

Un soutien après moi.

Les pleurs, qui de mes yeux ont voilé les prunelles,

Hâtent le dénoûment; Puissent mes vers rester des vertus paternelles

L'immortel monument!

Quoi! déjà terminer ce doux panégyrique. Quand je suis loin du but;

Ah ! du moins a payé ce premier chant lyrique. Mon filial tribut!

Déjà le Tout-Puissant, en l'éternelle gloire,

A couronné ta foi ; Dans mon cœur à jamais survi.vra ta mémoire.

Père, veille sur moi!

;/f ma Mère,

Veuve et Orphelins.

SONNET '

QUAND la fatale Mort, frappant soudain un père, Ravit à des enfants leur zélé protecteur. Comme l'aquilon brise un trop faible tuteur, Qu'ils sont lourds les devoirs qu'elle lègue à la mère !

Pour guider son troupeau, la timide bergère Déploie un ferme esprit, les trésors de son cœur ; Par la prière, elle est des obstacles vainqueur. Si parfois elle tombe, en sa douleur amère.

Enfants, à qui le Ciel daigna, dans sa bonté,

Conserver une mère, ange de charité.

Soyez heureux encor, séchez vite vos larmes.

Mais, aussi, gardez bien ce grand devoir toujours: Pour prix de tous ses soins, pour prix de ses alarmes. Soyez reconnaissants le reste de vos jours.

1 Œuvre de jeunesse de l'auteur.

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