‹ Mélanges poétiques & littérairesChapitre 92 sur 120 · POÉSIES MYSTIQUES · texte numérisé non relu

POÉSIES MYSTIQUES

Avé, Maris Stella \»

SONNET

Me te salue, ô Vierge ! ô divine Marie ! ^ A qui j'ai pour jamais abandonné mon cœur. Du serpent infernal tu fus jadis vainqueur ; J'espère en toi : jamais ton amour ne varie.

On dit que le marin, sur la mer en furie, Quand la nuit et la foudre ajoutent leur horreur Au trépas imminent qui glace de terreur. Toujours avec succès. Maris Stella, te prie.

Je suis un voyageur, malheureux matelot, Que ballotte ici-bas des passions le flot. O Mère, sauve-moi de ce torrent immonde !

Aguerris ton enfant contre l'adversité ;

A travers les écueils de l'Océan du monde.

Fais qu'il arrive au port de la Félicité !

1 La plupart de ces poésies ont été composées pour des personnes pieuses.

2 Etoile de la mer.

Au pied du Crucifix.

SONNET

y^'EST mon Dieu, sur ce bois étendu, que j'adore : ^ Que mon cœur se fondant en sanglots douloureux, Au cuisant souvenir de ses péchés nombreux. M'obtienne de Jésus le pardon que j'implore !

O croix trois fois bénie! 0 radieuse aurore! Qui du monde a chassé le chaos ténébreux ; Croix, passion des saints, des martyrs généreux, Croix, source des vertus, parle à mon âme encore !

Insondable Océan d'amour, d'abjection,

Du monde à Dieu rendu magnanime rançon,

Tu ravis à la fois et fais trembler mon âme.

Viens, pénitence sainte, arrière vil péché. Qui seul cloua le Christ à ce gibet infâme ! Je jure de mourir à la croix attaché.

Souvenez-vous des captifs!

SONNET

-r~\u fond de cet abîme, où mon âme captive "^^ Justement doit purger au feu mystérieux La rouille du péché qui l'éloigné des cieux, Voyageur d'ici-bas, entends ma voix plaintive !

Rappelle-toi qu'un jour, terrible perspective, Tu souffriras aussi les tourments de ces lieux ; Pour rendre confiance à ton cœur anxieux, Abrège mon exil et fais qu'au ciel j'arrive.

Déjà, voici venir le divin jugement.

Tout jour passé pour toi rapproche ce moment.

Qui donne même aux Saints un effroi salutaire.

Peuple de citoyens la céleste Sion,

Qui sauront te sauver de la damnation :

Il n'est point d'autre fin à chercher sur la terre.

2 Novembre 1893, Commémoration des défunts.

Le Rosaire,

STANCES

'^T'oici la fin du jour ; déjà, sur la cité,

^ Comme sur le hameau, la nuit étend ses voiles, Dans l'infini des cieux s'allument les étoiles Et lentement le calme emplit l'immensité. Si c'est l'heure où du mal s'étend l'ignominie. Des prières au Ciel va monter l'harmonie.

Labeurs, combats, soucis, évanouissez-vous ! J'entends la cloche au loin qui sonne au sanctuaire ; A la Mère du Christ, égrenant le rosaire. Allons offrir nos vœux tous ensemble à genoux : Au pied de son autel, pour nos luttes prochaines. Nous trouverons courage et remède à nos peines.

Credo, Pater, Avé, perles du chapelet, Qu'unit le Gloria, cri de l'âme ineffable. Vous êtes au Seigneur, à sa Mère admirable, L'acte de foi fidèle, un hommage complet ; Trois chapelets ou bien le rosaire dénombre Des psaumes de David exactement le nombre.

Pour donner au rosaire encore plus de prix,

L'Eglise a conseillé qu'en disant ses prières,

Les chrétiens aient présents les principaux mystères

De la religion toujours à leurs esprits :

Ainsi le Rédempteur accroîtra dans leur âme

De toutes ses vertus de plus en plus la flamme.

Les mystères joyeux montrent l'humilité

De la Mère du Christ et sa compatissance ;

Rappelant du Sauveur la modeste naissance,

Ils suscitent en nous l'esprit de pauvreté.

Ils nous font imiter la Vierge à Dieu soumise

Et de son divin Fils la ferveur à l'Eglise.

Mystères douloureux, par vous nous sont dépeints Les tourments infinis du Rédempteur du monde : L'agonie et les fouets et le crachat immonde, Le sang coulant à flots de ses pieds, de ses mains. Péché, qui fus l'auteur de cette tragédie. Disparais à jamais du cours de notre vie !

Mystères glorieux : victoire du tombeau,

Ascension du Christ, triomphe de sa Mère,

Voilà de leurs tourments l'ineffable salaire !

Chrétiens, nous jouirons comme eux d'un sort si beau.

Ecoutant l'Esprit-Saint, acceptant la souffrance,

Par qui sera comblée au Ciel notre espérance.

Heureux le chrétien qui, sans se lasser jamais, Accoutume son âme à la sainte pratique Du rosaire inventé par le grand Dominique ' ! Par elle il a trouvé le secret de la paix. A sa mort, les honneurs qu'il rendit à Marie Lui feront de l'enfer mépriser la furie.

2 Octobre 1902.

1 Saint Dominique, illustre prédicateur castillan et fondateur de l'ordre des Dominicains (1170-1221), inventa le rosaire durant la croisade contre les Albigeois.

2 Mois du rosaire.

Le Viatique

■ or LA MORT D'UN POÈTE CHRÉTIEN

STANCES '

Omnia mecum porto Je porte tout avec moi.

(Parole du sage BlAS*J

-^^ous voici donc, mon âme, au bout de la carrière ^' Et la mort pour jamais va clore ma paupière,

Attends ! Une dernière fois Ranime dans mon cœur cette divine flamme Dont toujours, ici-bas, tu l'embrasas, mon âme.

Pour recevoir le Roi des rois.

Il va venir. Au loin, la clochette qui tinte

Me dit qu'il a quitté pour moi sa maison sainte.

Il approche, Il vient, c'est Lui !

Amis, a-ton placé sur une nappe blanche Flambeaux et crucifix et du buis une branche,

Pour Jésus, mon dernier appui ?

Hâte-toi, mon Sauveur, la force m'abandonne ! 11 entre. Le voici : Mon bien-aimé pardonne

Si je ne puis pas à genoux Recevoir dans mon cœur, accablé de souffrance, Toi qui fus l'artisan de notre délivrance,

En mourant sur la croix pour nous... (Il communie.)

1. Développement bref. L'état de celui qui parle ne permet pas de longs discours.

2. C'est la réponse que fit Bias, l'un des sept sages de la Grèce ancienne, aux habitants de Priène, sa patrie. La ville allait être prise par l'armée de Cyrus et chacun fuyait, emportant ce qu'il avait de plus précieux. Comme on s'étonnait de l'insouciance du philosophe, il répondit : « je porte tout avec moi », faisant comprendre, par là, qu'il n'était attaché qu'à sa sagesse et au trésor de la pensée (vie siècle avant J.-C).

Evanouissez-vous, vaine horreur de la tombe ! Je possède Jésus. Avec Lui, je succombe

Et j'entre dans l'éternité.

Je vais dans le Seigneur me reposer sans crainte : Il a sur moi gravé l'indélébile empreinte

Du sceau de l'immortalité.

Etouffez le sanglot qui sort de votre bouche, Amis, qui m'entourez à ma funèbre couche.

Pourquoi sur moi verser des pleurs ?

Sur l'enfer, par le Christ, j'emporte la victoire ; Pour être tout à Lui dans l'éternelle gloire,

Au déclin de ce jour je meurs.

Richesse, honneurs, plaisirs, vous que durant la vie L'aveugle humanité pour son malheur envie,

Toujours j'ai haï votre loi.

Jésus est dans mon cœur. Maintenant, que j'expire. Voici mon dernier chant en déposant ma lyre :

J'emporte mon bien avec moi !...

Saint Joseph.

SONNET

BON nourricier de Jésus, Fils de David, en ta vie, Loin des honneurs tu vécus.

Du Ciel seul l'âme ravie.

Mais ta gloire est au-dessus Du plus illustre génie :

Déjà, Joseph, tu mourus Entre le Christ et Marie.

Depuis, de l'éternité.

Ton pouvoir illimité S'étend sur toute la terre.

Du trépas, de la maison.

De l'Eglise, Saint Patron, Le monde entier te vénère !

Mars 1906.

Saint Antoine de Padoue.

STANCES

-#^UR fils de saint François •, '^■^ Humble enfant de Lisbonne, L'Eternel fut ton choix, Les vertus ta couronne.

Ton zèle, plein d'amour, En Afrique, Italie, S'exerça tour à tour, Durant ta courte vie.

Six lustres plus six ans En formèrent la trame ; Mais, quels fruits éclatants En ce bref et saint drame !

Antoine, aimable et doux, Depuis, sur cette terre, Les peuples, à genoux, T'exposent leur misère.

Qui dira les bienfaits Que, par ta main féconde, Sans se lasser jamais, Dieu répand dans le monde ?

Grand Saint, a-t-on perdu Un trésor, l'innocence, Tout est souvent rendu.

Grâces à ta puissance.

I Saint François d'Assise, fondateur de l'ordre des franciscains, dans lequel entra Antoine de Padoue, né à Lisbonne en 1195 et mort en 1231.

Tu guéris les rivaux De leur haine fatale, Et l'infirme des maux Devant toi qu'il étale.

Ce n'est pas l'opulent

Qui touche ta grande âme ;

C'est l'affligé, l'enfant.

Le pauvre ou l'humble femme.

Voilà pourquoi d'humains ' Une foule éperdue, Sous tes prodigues mains.

Entoure ta statue.

Exauce leur ferveur, Glorieux thaumaturge, Et gagne à Dieu le cœur Contre Lui qui s'insurge.

Juin 1906.

1 De nos jours, le culte de saint Antoine de Padoue est certes l'un des plus répandus et des plus populaires.

Les Anges gardiens.

SONNET

Page 1