LXXV^ ANNIVERSAIRE DE L'INDÉPENDANCE DE LA BELGIQUE
'T^.E temps, qui dans son cours ignore toute entrave, -^ A compté depuis l'heure où du joug du Batave Les Belges frémissant furent victorieux, Dans une paix prospère au complet quinze lustres. Peuple et Roi, célébrez tant de bienfaits illustres, Remerciez surtout les Cieux.
Et moi qui reçus d'eux cette vertu si rare D'oser parfois glaner dans les champs de Pindare Les rameaux toujours verts de l'immortalité. Ou tirer quelques sons de la trompette épique, Que mon souffle s'épuise à cet objet unique : Chanter mon Pays bien-aimé!
C'est en vain qu'une plèbe ignorante s'écrie : « Arrière vos transports! Il n'est plus de patrie. Car le monde est la nôtre et périssent vos lois! » L'allégresse éclatant ainsi que le tonnerre Montre que la Patrie au Belge est toujours chère Et couvre d'impuissantes voix.
Qu'ils n'espèrent jamais qu'à leur rêve on se range ! Depuis que la Belgique a rejeté l'Orange, Pour trouver sous ses Rois la force en l'union, Elle a les libertés chères aux consciences Et vole dans le champ des Arts et des Sciences, Sous l'œil attentif du Lion.
1 Sa Majesté le Roi Léopold II a daigné agréer l'hommage de cette Ode, par sa réponse en date du 7 Août 1905.
Elle voit ses enfants croître en nombre, en fortune, Se répandre à travers l'empire de Neptune Et sous tous les climats planter ses étendards. Du pôle à l'équateur, nul peuple de la terre Ne fit comme eux briller, pas même l'Angleterre \ Son pavillon de toutes parts.
Que dis-je! leur valeur fit éclore un empire : Car vers les régions où coule le Zaïre ^, Que leur montra naguère une Royale main, Ils courent à l'envi déployer leur courage Et ranger sous leurs lois le farouche sauvage Du noir continent africain.
Peuples, qui maintenant êtes dans nos murailles. Voyez si la Patrie est chère à nos entrailles : Contemplez dans ses murs ces ornements pompeux, Ecoutez ces accents de nos voix triomphales. Les Te Deum qui font trembler les cathédrales Sont-ils dignes de nos aïeux ?
0 Belgique! ô Patrie! à vous toute notre âme! Que cet amour sacré qui partout nous enflamme. Sous le Divin regard ne s'éteigne jamais! Qu'il épanche ses feux sur l'affreuse indigence Et nous mérite ainsi l'heureuse récompense
D'encor progresser dans la paix!
Laissons d'autres courir à la funeste gloire Qu'à l'étranger leur donne une triste victoire; Pour nous, cueillons toujours les lauriers du progrès. Mais contre toi jamais s'ils tournaient leur furie, Tu verrais tes enfants accourir, ô Patrie!
Te donner leurs jours sans regrets!
1 Proportionnellement, la Belgique occupe le premier rang dans le mouvement commercial.
2 Le Zaïre ou Congo.
Impossible attentat et terreur chimérique : Qui donc t'attaquerait, ô ma chère Belgique? L'univers te respecte et tes loyaux voisins Protègent tes foyers de leur puissante égide; Nassau lui-même oublie un projet homicide. En paix, poursuis donc tes destins.
Juillet 1905.
a>î son 'Erxeellence Monsieur 'Rooseoelt,
Président de la République des Etats-Unis, à Washington {Maison Blanche).
Excellence,
Grâce à votre généreuse initiative, la plus horrible guerre qui ensanglantât jamaisj la terre est enfin terminée.
L'heureux rétablissement de la paix entre la Russie et le Japon, .fait courir^ à travers le monde un frémissement de joie et de reconnaissance.
Ce transport enthousiaste m'a inspiré le Sonnet ci-joint, dont je prie respectueusement Votre Excellence de vouloir bien agréer l'hommage.
J'ai l'honneur d'être,
de Votre Excellence, le respectueux admirateur,
Eugène Schmits.
Bruxelles, le 8 Septembre 1905.
A Roosevelt \
SONNET
"Ti^ONNEUR à toi, Roosevelt magnanime, '-*-* Qui mets la paix entre Scythe et Nippon ! A ce transport qui l'univers anime, J'unis ma voix pour exalter ton nom.
Deux ans, bientôt, sur le sanglant abîme Bellone, horrible, agitant son brandon, Accumulait victime sur victime Et s'enivrait de combats sans raison.
Mars préparait plus affreuse hécatombe ^ ;
Ton noble cœur fait que l'arme enfin tombe :
La douce paix régnera désormais.
Tous les lauriers cèdent à ta victoire ; Déjà, ton acte est gravé dans l'Histoire. Oui, Roosevelt, à toi gloire à jamais-^!
Septembre 1905.
1 C'est grâce à la généreuse initiative de Monsieur Roosevelt, Président de la République des Etats-Unis, que l'horrible guerre engagée entre la Russie et le Japon a pris fin.
2 De part et d'autre, quatre cent mille soldats se préparaient à engager la bataille, dans les plaines de la Mandchourie.
3 Par sa réponse datée du 27 Septembre 1905, de la Maison Blanche, Son Excellence a daigné agréer l'hommage de ce Sonnet.
Souvenir du Tournoi
donné à Bruxelles, en Août 1905, à l'occasion du lXXV'^ Anniversaire de l'Indépendance nationale de la Belgique.
SONNET
*y ES étendards claquent au vent, -^^ Charolais au champ clos s'élance, Bardé, son coursier bondissant, Déployer sa jeune vaillance.
Du choc sur l'arène il étend Clèves, qui chancelle et balance 2; Puis, vainc La Trémoille et Ternant ^, Et brise sa quinzième lance.
Les fanfares montent aux Cieux :
L'ardent comte, victorieux, Reçoit le prix devant son père.
Déjà, sa fougue annonce ici Son nom fatal de Téméraire Et sa mort aux murs de Nancy *.
Septembre 1905.
1 Reconstitution du Tournoi qui fut donné à Bruxelles, par Philippe le Bon, duc de Bourgogne, le 20 Février 1452, pour célébrer la majorité de son fils, le comte de Charolais, plus itard Charles le Téméraire.
2 Adolphe de Clèves, premier adversaire du jeune conite, qui le désarçonna.
3 La Trémoille et Charles de Ternant, autres adversaires de Charolais, qui rompit en tout quinze .lances dans ce tournoi mémorable.
4 Charles le Téméraire perdit la vie en 1477, sous les murs de Nancy, dans un combat contre René 11, duc de Lorraine. Son cadavre fut retrouvé nu et en partie dévoré par les loups.
Fragments du Poème de Bellone '.
Loin de moi de flétrir ces soutiens des Etats,
Mourant pour leur pays comme Léonidas 2;
Lacédémone en vain au temple de Mémoire
N'a point inscrit son nom, objet de tant de gloire.
Qui n'admire son marbre ombragé de cyprès? '
Qui ne méprise aussi les lauriers de Xerxès?
Mais, si l'on veut nommer amour de la patrie
Les sanglantes horreurs de Bellone en furie,
Et les fatals desseins de ces antiques rois
Qui rêvaient d'asservir l'univers à leurs lois,
Ma bile alors s'échauffe; et, dans l'art difficile
Où brillèrent Boileau, Juvénal et Lucile,
Je vais puiser des traits pour calmer mon courroux.
Quel spectacle l'Europe étale devant nous !
Dieu, qui daigna créer l'univers et les hommes,
Ne nous mesura point cette terre où nous sommes.
Il abhorre le sang. Son nom est charité.
Il bénit qui travaille à la fraternité
Et maudit l'artisan de pleurs et de carnage.
Pour le règne divin, luttons avec courage !
1 Le poème de Bellone paraîtra, probablement, dans le volume suivant de l'auteur.
2 Léonidas, roi de Sparte, mort avec ses soldats pour la patrie, aux Thermopyles (480 avant Jésus-Christ).
Flore des champs.