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r.(?s (■crils sur notru situation politique se multiplient; mais par une eombinaison titcheuse, la plupart (le ces tVrils, les meilleurs même, ne conviennent iiu’imparfaitemcnt à noire situation. A côté (les bons sentiments qui les dislinguent, on ddcouvre. l’empreinte d’habitudes funest(;s, de passions dangereuses, de somenii’s et d’espérances plus propres à nous perdre qu’à nous sauver.
11 est d’ailleurs d’autres écrits où ces habitudes et ces passions dominent presque seules, où le langage du patriotisme n’est employé qu'à déguiser ou à ennoblir des pensées coupables, où le désir du dé-
1. Publiii dans le ii" 1 dos Archivrit pliilosophiiiues , politiques et lillriaires, après la clùture de la session des rliambres do IS|7.
«C MKLANGKS POLITIQUES.
sord IC perce à travci’s le voile cmprunU* d'une noble douleur.
Miisi riuiprudeucc des meilleui's seulimeuls seiT les desseins de l'esprit de l'action, el ponnait, si l’on ne prenait soin d’éclairer le (lays, amener <les maux (pie le désintéres.seinent le pins énergiijue serait ensuite hors d'état d'arrêter on de guérir.
\oici deux fpiestions dont la solution, bien donnée, pourrait prévenir ce danger : à qui doit s’adresser aujourd'hui le vrai patriotisme? Quels doivent être son langage, son caractère et son emploi ?
Tontes les vérités sont ou seront utiles; mais loutcs ne sont pas également pressantes à dire; avant de les mettre au jour, il faut s’assurer qu’elles seront comprises; dans les esprits qui ne veulent pas on ne savent pas les entendre, elles se converlissent en erreurs.
On doit donc bien connaître d’abord ceux à qui l'on s’ .adresse et prévoir ce qu’ils enlendront dans ce qu’on va leur dire, car c’est de ce qu’ils entendront que naîtra l'elTet.
Maint publiciste , en parlant de la liberté , n’a excité dans l’esprit des peuples que l’idée de l’anarchie; tel autre, en|recouiinandant aux gouver-
ÉTAT DES ESPRITS EN l»n.
ncmcnts la fcniielé, leur a, sans s'en douler, conseille le despotisme.
L'iitilild de l’avis dépend moins de l’avis on luimême que de l’esprit qui le reroit.
Ce n’est pas tout ; une seconde cliose est à consiilérer avant de parler. Dans une silnation compliquée, sur laquelle peuvent influer divers agents, il n’est pas indilTérent de s’adresser à l’un ou à l’autre ; si, parmi ces agents, il en est un dont l’influence sur les événements soit moins directe cl plus périlleuse, ce n’est pas celui-là qu’il faut chercher de préférence à mettre en mouvement; s'il eu est un autre dont l’action soit immédiate, léguliêre et plus e.vempte de dangers, c’est vers lui que doivent se diriger les conseils.
Dans les temps de Irouhles, les factieux s’adressent au peuple; ils lui disent la vérité (je ne suppose rien de plus) sur les erreurs ou les torts du gouvernement; les l)ons citoyens s’adressent au gouvernement ; ils lui disent la vérité sur les dispositions et les vœux du peuple.
Je ne dis pas (lu’en de telles circonstances tout écrit adressé au peuple , au sujet des torts de son gouvernement, soit d’un factieux ; je dis seulement que les faclieux suivent toujoui-s cette voie, et que les
MKLANGES POLITIQUES.
bons citoyens n’y doivent en li er (lu'avec une cï- Irèine circonspection.
Je sais qu'il est beaucoup plus dou.v d’adresser au public des vérités qui lui plaisent que de dire au gouvernement des vérités qui le choquent ou le fatiguent; mais la vérité n’est utile à dire (|u’à ceux qui seraient disposés il l’oublier.
\ voir la chaleur avec laquelle tant de gens s’empressent aujourd’hui de répéter et de recommander aux peuples ce que les peuples savent très-bien, on est tenté de se demander s’il est donc si nécessaire de pousser les hommes du cbté où ils courent.
Mais, dira-t-on, comment s’adresser au gouvernement sans s’adresser en même temps à la nation? Comment appeler l’atlenlion et la vigilance de l’un sans éveiller celles de l’autre? N’est-ce pas en parlant aux citoyens qu’on peut se faire entendre de leurs magistrats?
Qui ferait cette question, m’aurait mal compris; je ne prétends pas qu'il faille parler au gouvernement secrètement et à voix basse; je n’ignore pas qu’un tel langage serait peu écoulé, et je ne suis point de ceux qui veulent qu’on dissimule aux peuples leur situation ; il faut qu’ils la connaissent, car en eux seuls résident les moyens de salut ; mais ces
ÉTAT DES ESPniTS EN 1817.
moyens, ce ne sont pas les peuples qui sont appelés à en diriger remploi; dans toutes les affaires de la société, c’est au gouvernement qu’appartiennent la direction et l'initiative. S’adresser au gouvernement, c'est le reconnaître; s’adresser au peuple, c’est lui laisser croire qu’il doit se mettre à la place du gouvernement. Qu’on me montre un écrit on l’auteur ne dise au public que ce que l’autorité, comme le public, a besoin d’entendre, où jamais il ne s'adresse nu peuple comme à la puissance chargée d’ordonner et de conduire, où il s’attache uniquement ù éclairer la raison publique, et non à soulever des passions; je n’aurai rien à dire-, celui-là aura rempli ses devoirs d’homme sage et de bon citoyen.
L’esprit nouveau qui agite les nations européennes est un esprit d’ambition et d’inquiétude-, il aspire avec violence vers un ordre de choses qu’il doit obtenir, mais qu’il ne possède pas encore; et, dans son impatience, il demande le désordre comme le seul moyen d’assouvir son activité et d’aller plus vite : les espérances hasardeuses et les voies promptes lui plaisent; c’est le flatter, c’est pres<iue le satisfaire que les lui offrir. En un tel état, convient-il de semer l’alarme dans l’agitation? Appelle-
l-on le torrent à son secours pour éteindre l’incendie?
Le Lien ne .se fait que par l'ordre; par l'ordre seul le mal se guérit sans mal nouveau : quiconque, avant d’y être réduit par une nécessité acliielle, cherche le remède dans le désordre, mérite d’être taxé de folie ou veut autre chose que la guérison.
Deu.v sortes de douleui-s pèsent aujourd’hui sur nous, des douleurs matérielles et des douleui-s morales : je n’insisterai pas sur les premières; imposées par la nécessité, elles ont une limite également nécessaire, c’est la possibilité. Ln grand Klal ne .saurait être dans l’ohligalion de périr.
Arrêtons-nous aux douleurs morales : si l’on y songe bien, et je le dis à l'honneur de la France, ce sont là les plus amères; ce sont là celles qui se refusent à la résignation et à l’espoir, qui demandent à tout prix du soulagement : elles sont nobles et fortes; abordons-les donc franchement.
Je ne pense pas que les bons Français s’affligent de n’être plus les instruments de la dé^astation et de l’oppression de l’Europe; ou lésa entendus déplorer eu.x-mèmcs ce cruel emploi de leur courage; ils condamnaient ces machinations perfides, ces entreprises insensées qui épuisaient notre patrie
pour (lôchiiPT le inondo; ils admiraient une noble résistance.
La résistance a été couronnée; l’Europe a brisé ses fera; si cette délivrance eût pu s’opérer sans que la France en soullrit, s’en affligerait-on? Et celui qui s’en affligerait oserait-il l’avouer?
Il faut s’entendre : que regrette-t-on? Est-ce la conquête ou la gloire? les batailles ou le butin? Si c’est la conquête et le butin, il y a lieu de se taire; ce ne sont pas là d'honorables regrets.
L’attrait des dangera, le cbarine des grandes aveulures, les brillantes chances d’une vie agitée ont (ui séduire, peuvent séduire encore des àines ardentes et fortes; peu attentives aux conséiiuences d'un tel état du inonde, s’abandonnant à l’énergique plaisir d’une activité orageuse, elles peuvent trouver la paix insipide et le repos fatigant; ce ne sont point les profils, ce sont les émotions et les joies de la bataille qu’elles regreltent : de tels legrets peuvent s’allier à des sentiments généreux, et le mépris de la mort a quelque droit à se déplaire eu l’absence du danger. .Mais le monde est-il donc une vaste forêt consacrée aux plaisirs de la chasse, et les peuples y sont-ils semés pour faire éclater l’adresse et le courage des cliasseurs? La patrie est-elle inté-
MKLANGES POLITIQUES.
rossée à courir les aventures, et n’y a-t-il (riionneur pour elle que dans leurs hasards? Quand de tiei's Barbares parcouraient l’.\sie et l’Europe, cherchant les périls et les combats, ils emineuaient avec eux leui-s femmes, leure enfants, leurs troupeaux; ils ne lais.saient derrière eux ni concitoyens, ni patrie; quand de hardis aventuriei’s se réunissaient eu bandes pour aller au loin occuper leur énergie et illustrer leur nom , ils abandonnaient sans retour le sol natal; ils .se consacraient:'! celle \ie errante, ou bien ils s’élablissaient sur les terres étrangères, lbé;\lre de leurs exploits; la pairie n’étail ui engagée dans leurs destins, ni compromise par leurs misères; ils disposaient librement d’cux-mémes, parce qu’ils ne répondaient (pie d’eux .seuls. Mais aujourd’hui la patrie demeure derrière, et son sort est lié aux chances que courent ses enfants ; ils ne se séparent point d’elle en sortant de sou yirritoiro; elle les suit, elle les soutient, elle les paye, elle les alimente dans leurs expéditions les plus lointaines; et, tandis qu’ils se livrentà ces terribles jeux, elle attend, inqulèteet immobile, l’issue des hasards qu’elle partage. Est-ce donc un patriotisme véritable, un patriotisme légitime, que cette humeur aventurière «lui ne lient aucun compte de la patrie, <[ui,pour se
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sitlisfaire, oublie tout ce qu’elle compromet, et poursuit fièrement ses inclinations, comme si elle n'avail à décider que de sa propre fortune? Déplorable énoisme d’une noble éneiftie! triste effet d’une oppression qui reléguait dans les camps tous les courages, parce que là seulement elle en avait besoin et ne les craignait pas! Il est temps enfin de comprendre que l'armée est à la pairie, et non la patrie dans l’armée; il est temps de rmioncerà des regrets (|ui semblent dire à la Francequ’elle n’est pourrien dans l’àiue de ses soldats. Il faut aujourd'hui sonder hardiment les cœui's,el rechercher si le mécontentement pei-sonnel ne se donne pas souvent pour une tristesse patriotique, si l’esprit de parti ne prétend lias faire passer son dépit pour une douleur généreuse, si ce désespoir obstiné ne naît en effet que des calamités nationales. C’est beaucoup faire contre de tels sentiments que de les dévoiler à leuis propres >eux, (le les contraindre à se reconnaître, et de détruire ainsi l’illusion qui fait servir ce qu’ils ont d’honorable à dissimuler ce qu’ils ont de honteux. Dans des temps comme les ntMres, cette ilhrsion provient surtout de fatales habitudes et d’une longue iir’éDexion; le courage est si beau qu’on se croit désintéressé parce qu’on .sait mourir; la patrie
<)l MÉLANGES POLITIQUES.
oxigc ilavaiitagc; olle vfut qu’on vive pour elle, et i|u’ou lie ilisposc pas, contre scs iiitérèls, de cette énergie qui lui appartient.
On ])arle de notre gloire passc-e; c’est encore là une source il’ainei's regrets. Qu’entend-on par une gloire jiassde? La gloire ne passe point; une fois acijiiise , elle deineuri^ entière à celui ijui l’a obtenue; nulle puissaim; ne peut la ravir.
Les grandes actions font la gloire; les mallieiirs lie la ternissent point.
Lidpzig a-t-il fait oublier Lutzen? L'bistoire qui dira nos revers laira-t-ellc nos trioinplies?
L’bistoiie ne taira rien, jias plus nos succ<>s (|iie nos rcsei's, pas plus les hauts faits qui nous honorent que les fautes qui doivent nous êclaiier.
Puisque l’histoire dira tout , devançons son langage ; soyons justes comme elle ; ce sera une gloire de plus que nous lui donnerons à raconter.
Où place-t-on notre gloire? Où la voit-on? Est-ce dans le but ou dans les moyens? Dans les résultats ou dans les elTorts ?
Pour moi, je le déclaie, je n’ai point attaché la gloire de la France au succès des desseins de l’empeieur Napoléon; olle ne consiste, à mes yeux, ni
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<lans rasservissemcnt de r.Vlleinagiie , ni dalis la dévastation de rEspagne, ni dans la coiniiiétc du monde : ce fut là l’occasion, cl, si l’on peut le dire, la matière de notre gloire: son principe est ailleurs; elle réside dans l’habileté de nos ofliciers, dans le courage de nos soldats, dans ce merveilleu.v développement de talents et de facultés qui s’est opéré parmi nous, dans cette force des esprits et des Ames qui, comprimée au dedans, .s’est précipitée au dehors pour ne pas demeurer oisive. Ce qu’il faut a<lmirer, c’est la France, et non l’emploi que Napoléon a fail d'elle : disons plus; c’est par cet emploi (jue se sont révélées nos imperfections et nos faibles-ses; c’est là qu’on a pu reconnaître ce qui manquait à nos lumières et à nos vertus. i\c nous laissons donc pas donner le change ; séparons-nous de nos erreui-s; mettons notre gloire, non pas à avoir fail tout ce qu’on nous a fait faire, mais à avoir été capables de tout ce que nous avons fait , et de mieux encore. Alors elle sera à l’abri de toute contestation comme de tout reproche : qu’on y pense, il y a bien plus d’orgueil à la placer ainsi.
Si la gloire se mesurait au nombre des entreprises et à l’étendue des conquêles, les Huns d’Allila et les Tartares de Tamerlan en auraient plus que nous;
flfi MÉI.A.NGES POLITIQUES.
mais la gloire liait de ce que sont les peuples, liien plus (|ue de ce qu'ils foui.
Les Fiaiirais iic soiil-ils donc plus? Avons-nous péri nous-inémes dans nos revei's? Soinnies-nons loml)(*s au noinhre de ces peuples éteints, pour qui le passé, quel ([ii'il soit, est regrettable, car ils n'oni plus d’avenir, et à qui nulle consolation ne peul être oITerle, car toute espérance leur est ravie?
Absurde terreui' que tout dément; la crise dont nous sortons a été l'expérience d'une énergie mal réglée, et non l'angoisse d'une faiblesse qui se débat contre la moiT. Tant d'idées nouvelles et fécondes, tant de sentiments puissants et jusf[ue-lii inconnus, tant d’essais encore plus liardis que malbeureiix, dos erreui-s si aelives, des excès si énergi([ues, des ambitions si ardentes, certes, ce ne sont pas là des .symptômes de décadence, ni des motifs de découragement.
Que regrettons- nous donc? Ce n’est pas notre gloire, car elle nous reste; ce n’est pas nous-mêmes, car nous vivons tout entiers; seulement nous avons appris tpie l'alliance de l'énergie avec l’injustice est funeste, et qu’il faut employer autrement les forces que nous possédons.
L’expérience a été dure, j'en conviens; mais ce
ii’est là qu’une raison de n’en pas perdre les fruits; plus la vérité coûte cher, plus elle est précieuse à recueillir.
C’est donc faiblesse et non courage, c’est égoïsme et non patriotisme que de s’enfoncer douloureusement dans le passé comme s’il avait englouti la France. La bonne et la mauvaise fortune se succèdent pour les peuples comme pour les individus ; mais il ne leur appartient pas de décider des destinées d’une âme forte, ni de celle d’une nation énergique; c’est à nous-mêmes, et non aux événements qu’il faut demander quel sera notre sort; nous n’avons plus tout ce que nous avions; mais ce que nous étions, nous le sommes encore; il reste à
la France ce qui restait à Médée après ses malheurs.
Puisons donc dans nos revers autre chose que des regrets; qu’ils nous instruisent, au lieu de nous abattre; inlerrogeons-les sur leurs causes, au lieu de nous affaisser sous le poids de leui-s effets ; ne gardons du passé que sa gloire et ses leçons, et travaillons avec la confiance de la force à l’avenir que nous sommes capables de nous faire.
Qu’alors le présent apparaîtra sous un aspect différent! Justes envers lui, nous ne lui demanderons plus de nous rendre ce dont nous aurons cessé de
déplorer la parle; nous ne lui imputerons plus des maux dont nous aurons reconnu l’origine et mesuré la durée; nous ne porterons point dans le jugement de notre situation cette amertume, source d’erreurs cld’injustices. Le mallieur nous trouvera assez forts pour supporter ses coups et trop tiers pour craindre ses offenses; nous marcherons avec lui, le cœur confiant et la tête haute ; nous ne lui permettrons pas de croire qu’il nous ait ravi ce que nous avons (le plus cher; nous repousserons la pensée de l’humiliation comme une absurdité impossible ; nous ne verrons dans l’infortune que l’infortune, et rien de plus. Tout entiers à notre lutte contre ses coups, nous sortirons de ce vain cercle des accusations et des récriminations politiques où s’épuiserait sans fruit une énergie nécessaire ailleurs; et, après avoir noblement accepté nos fautes comme nos dé.saslrcs, nous ne songerons plus qu'à vaincre ce nouvel ennemi qui, dès qu’on le regarde en face, se sent déjà à demi vaincu.
Avec de tels sentiments, quelles sont, dans l’état de la France, les douleurs morales qu’on pourrait encore dire inconsolables? Il n’en est aucune qui n’y trouve son remède, aucune qui puisse légitimement refuser de se rendre, si elle en est sommée
dans ce langage. Et remarquez que ces sentiments sont les seuls que la raison avoue, les seuls qui nient tout à gagner et rien à perdre à l’examen le plus rigoureux. En vain l’erreur s’entoure des prétextes tes plus séduisants; en vain elle s'étaye des passions les plus puissantes; elle contient toujoure un principe de faiblesse qui, tôt ou tard, coûte cher à ceux qu’elle a trompés. Ne souffrons donc pas qu’elle s’allie à notre patriotisme, qu’en nous aveuglant sur nous-mêmes elle nous égare sur notre situation, et qu’en nous déguisant une des causes ilu mal elle nous abuse sur le remède. Le jour du péril est aussi celui de la vérité; de graves excès ont amené notre maladie; il ne faut pas, pour la guérir, voiler ni flatter les illusions qui les ont produits. La France ne se sauvera point par les voies qui l’ont conduite si près de sa perte; elle ne se sauvera point par l’infidélité aux engagements qu’elle pourrait tenir, par le mépris des traités, par le désir de l’agrandissement, par l’appel aux passions aventurières, par toutes ces maximes, toutes ces habitudes d(»»it l’empire lui a déjà été si funeste. 11 faut rompre nettement l’alliance que le génie du mal nous avait forcés de contracter avec lui. L’alternative est simple : si le passé ne nous a rien appris, si nous
sommes prêts à recommencer ses fautes, c’est un devoir de les signaler, de tonner contre elles, d’en mettre au grand jour et le fatal principe et les déplorables conséquences, car après leur avoir survécu deux fois, nous pourrions enfin y périr. Si, au contraire, comme je le pense, l’expérience ne nous a pas trouvés aveugles, si nous sommes devenus sages en demeurant courageux et forts, nous repousserons la flatterie, nous accueillerons la vérité sans humeur; utile, elle ne nous sera point importune-, sévère, elle s’adressera à des cœurs fermes que ne rebutera point la franchise de son langage ; nous l’entendrons, sans abattement comme sans colère, nous parlera la fois de nos torts et de notre gloire; nous lui demanderons de porter son flambeau au fond de notre âme, et de nous montrer quelles plaies morales sont à guérir, quels sentiments sont à combattre, quelles inclinations à étouffer. Nous ne prêterons point l’oreille à ces molles complaisances qui nourrissent l’orgueil aux dépens de l’équité et de la raison; il ne sera plus permis de nous présenter nos revers comme des torts qu’a eus envers nous la destinée, de nous peindre à nousmêmes comme d’irréprochables infortunés qui peuvent se livrer â toute l’amertume de leur ressenti-
ment contre d’injustes rigueurs. On nous rappellera le passé, non plus pour nous désoler de sa perte, mais pour nous éclairer et nous alTermir; on ne nous cachera point sa connexion avec le présent; on ne prétendra point, en étalant sous nos yeux la grandeur du mal, en dissimuler la source; et, capables de remonter jusque-là, nous irons y puiser les seules forces efficaces pour en prévenir le retour.
Ces forces, c’est au dedans qu’il faut les employer; c’est du dedans que dépend pour nous le dehors. Quiconque portera sur l’état actuel de l’Europe un regard attentif reconnaîtra , chez la plupart des peuples, des germes de troubles civils plutôt que de guerres extérieures; circonstance très-propre à nous éclairer sur la conduite qui nous convient; les révolutions retiennent les gouvernements au dedans et jettent les peuples au dehors; nous l’avons assez prouvé pour qu’il ne soit pas besoin qu’on nous le prouve. Les gouvernements étrangers sont donc peu à cmindre pour la France unie et bien gouvernée.
Si la Pologne eût été un royaume compacte, peuplé de vingt-huit millions de citoyens et gouverné par des institutions nationales, elle n’eût pas été envahie; l’ambition de ses voisins n’eût pas
102 mklanc.es politiques.
inOniP osé le tenter. La Krance possède tout ce qui manquait à la Pologne; ses institutions sont nationales, tous .ses habitants sont citoyens, un grand nombre de ses citoyens ont été solîlats. La France poss«''de donc tons les éléments de la force : que lui faut-il de plus pour assurer sans secousse son indépendance politique? Un patriotisme éclairé, l’ordre et l'uuion. Les gouvernements de l’Europe, qui connai-ssent leur propre situation, connaissent aussi la force de la Finance; ils ne l’attaqueront point sans nécessité. L’Europe sait de plus que le désordre dans la force e.st terrible, surtout pour la défense ; elle ne se risquera donc point à allumer un tel incendie. Elle sait enfin que l’ordre règle la force et l’cmpêclie de s’appliquer à de dangereu.\ usages. C’est doue l’ordre que l’Europe désire en France, c’est-à-diie que l’Europe désire ce dont la France a besoin.
Ainsi, par un avantage peu commun, le vœu obligé, le besoin dominant de l’Europe et de la France se trouvent les mêmes.
Tout nous rappelle donc dans notre intérieur; là sont nos ressources contre le danger, et, ce qui vaut mieux encore, nos moyens d’y échapper.
Les divisions intérieures indiquent ou la violence
OU la faiblesse, deux symptômes que nous avons un égal intérêt à éviter, car l’un exciterait l’inquiétude et l’autre pourrait allécher l’ambition.
Les dissensions des patriciens et des plébéiens ont poussé Rome à la conquête du monde; les querelles des Bleus et des Verts ont livré l’empire grec aux barbares orientaux.
Voilà pour ce qui concerne notre sôreté. S’agit-il de dignité? Celle du malheur est dans le calme, dans cette fermeté tranquille qui se replie sur ellemême, se résigne aux souffrances inévitables, se refuse à toute passion infructueuje, et travaille en silence pour l’avenir. La paix intérieure, la défaite des partis, l’union de tous les bons citoyens autour du trône, le jeu régulier des institutions, le libre développement des vertus politiques et civiles, rendront bientôt à la France toute la dignité qui lui appartient.
La session de 1816 vient de finir, et déjà la sagesse de ses délibérations, la fermeté de sa marche, les talents et les lumières qui se sont paisiblement déployés dans les chambres, ont frappe l'esprit de l’étranger.
Craint-on que les courages ne s’amollissent, qu’ils ne perdent dans le repos l’énergie qui nous reste
lOt MÉLANGES POLITIQUES.
(le notre fièvre passée? Je connais en France bien des courages; mais, je le répète, il en est beaucoup qui, si la carrière leur était ouverte, seraient plus propres à la perdre qu’à la sauver. Nous avons besoin que la paix nous enseigne des vertus nouvelles et donne à noti-e patriotisme un autre caractère; un long despotisme a brisé les hommes qui n’ont pas pris part à la vie forte des camps; la paix et nos institutions peuvent seules rendre nos soldats citoyens et créer des citoyens parmi ceux qui n’ont pas été soldats.
Je sais beaucoup de nations guerrières qui sont tombées, par la défaite, dans un état de ruine et de honte dont rien n’a pu les relever; je ne sache aucune nation libre qui, au besoin, ait manqué de guerriers. Les vertus militaires sont. nécessaires; les vertus civiques le sont plus encore; et la paix, une paix forte et rassurante, peut seule les faire renaître parmi nous.
Ainsi notre indépendance, notre dignité, notre prospérité, notre régénération politique, tout dépend pour nous de notre intérieur; par le patriotisme, l’ordre et l’union, nous nous garantissons à nous-mêmes l’exécution des traités; nous enlevons tout prétexte, toute occasion et tout espoir à
l’ambition étrangfrc; nous laissons enfin à des institutions libres le temps de s’enraciner dans un sol tranquille. Puisque le mal est arrivé, un tel remède vaut bien le sacrifice de quelques passions imprévoyantes.
Avril 1817.