‹ Mélanges politiques et historiquesChapitre 13 sur 44 · LA JUSTICE POLITIQUE · texte numérisé non relu

LA JUSTICE POLITIQUE

Ne dites point , çonjuraUon, toutes les fois que ce peuple dit, coMjiiration.

(IsaIk, chap. vm, vers. 12.)

PRÉFACE

J’avais commencé cel écrit pendant le procès dos troubles du mois de juin 1820. Avant qu’il fût terminé, un nouvel attentat est venu alarmer le tréne et la France. Je n’y vois qu’un nouveau motif de le publier.

En 1800, au théâtre de Drury-Lane, James Hadfield tira un coup de pistolet sur le roi George III. M. Erekine, chargé par la cour de la défense de l’accusé, parla en ces termes :

« Messieurs, je reconnais avec M. l’avocat général que si, dans le même théâtre, le prévenu eût tiré

le iiif'ine coup sur le plus obscur des honiines assis dans cette enceinte , il aurait dté conduit sur-lechamp, d’abord en jugement, et, s’il eilt (ftd déclaré coupable, au supplice. Il n’eiU eu connaissance des charges dressées contre lui que par la lecture même de l’acte d’accusation. Il serait demeuré étranger aux noms, <i l’e.xistence même des hommes appelés soit à prononcer sur son sort, soit à rendre témoignage contre lui. Mais, prévenu d’une attaque meurtrièie contre la personne du roi, la loi le couvre tout entier de son armure. Les propres juges du roi lui ont donné un conseil, non de leur choix, mais du sien. Il a reçu une copie de l’acte d’accusation dix jours avant I4 délmt. 11 a connu les noms, les qualités, la demeure de tous les jurés désignés devant la cour; il a pu exercer, dans sa plus grande étendue, le privilège des récusations péremptoires. Il a joui de la même faveur à l’égard des témoins qui déposent contre lui... La loi a fait plus encore: elle a voulu qu’un intervalle solennel sépan\t le jugement du crime. Quel plus sublime spectacle que celui d’une nation entière légalement déclarée, pour quelque temps, incapable de rendre la justice, et cette quarantaine de quinze jours prescrite avant le débat, de peur que l’esprit des

Digüi/'^ri hy 'Ogk

conspirations et justice politique. IO'J

hommes ne se laissât saisir de prévention et de partialité ' ! »

Spectacle sublime en effet, car la loi qui le donne ne cherche que la justice et ne consulte que la vérité. Elle .sait la nature humaine et veut la sauver de sei plus e.vcusables erreurs. Plus le crime est horrible, plus il touche de près au.\ débats dont la société est agitée, plus il offense ses plus précieux intérêts et ses sentiments les plus chère, plus son châtiment est juste et nécessaire, plus il faut craindre l’influence des passions et l’ardeur des premières pensées. La loi ne doit point de complaisance à l’impatience des hommes, même légitime. Son devoir est de s'en défendre, non de la servir. Une telle jurisprudence ne protège pas seulement les accusés; elle assure les trônes et l’ordre public mieux que toutes les tyrannies.

Parles mêmes causes, c’est surtout dans les temps de fermentation politique que la justice doit se montrer plus difficile et plus attentive. La tentation de l’envahir est si forte et le péril si grand ! Quand la guerre est entre les partis, les partis travaillent à porter partout la guerre; ils souffrent avec un dépit

Page 1