‹ Mélanges politiques et historiquesChapitre 15 sur 44 · BUT DE CET ÉCRIT · texte numérisé non relu

BUT DE CET ÉCRIT

De grands pdrils nous assiègent; des périls plus grands nous menacent. Il en est un dont tous les esprits sont frappés, mais dont nul peut-être n’a encore mesuré toute l’étendue : je veux parler de la justice près de tomber sous le joug de la politique. Je ne saisirai point cette triste occasion pour redire ce que je puis penser du système de gouvernement <[ui convient à la France. 11 s’agit ici de droits et d’intérêts qui sont au-dessus de toutes les opinions, que tout système est également tenu de garantir. Je ne sache aucun parti, aucun pouvoir qui ait osé s’arroger, en principe, le moindre droit sur le sang innocent. On l’a souvent vereé à flots, mais toujours en le traitant de coupable. Ceci est donc une question libre, une question purement morale, où nulle autre considération ne saurait être admise sans le

Diÿti2«â4>yXluUgl( J

CONSPinATIONS ET JUSTICE POLITIQUE. 113

l)lus révoltant outrage à tout ce qu’il y a de saint.

Je prie donc ceux qui pourront me lire d’oublier, comme je le ferai moi-mt‘me, tout engagement de situation ou de parti. Pour que la justice soit, il faut qu’elle soit pure ; elle ne supporte aucun alliage; elle s'évanouit tout entière au moindre souffle étranger.

Quelle est d’ailleui-s l’opinion, quel est le parti (jui ne trouve dans sa propre histoire, et dans son histoire récente, d’invincibles motifs pour souhaiter ardemment que la justice demeure , qu’elle demeure hors des débats et des vicissitudes de la politique ? L’iniquité s’est promenée au milieu de nous, frappant à toutes les portes, prenant aujourd’hui pour pour victimes ceux qu’hier elle voulait pour instruments. Qui sait lesretoure des choses humaines? Que la justice ne s’engage point à. leur suite! Qu’il y ait sur la terre un asile inviolable à tous les vainqueui's!

Notre temps en a plus besoin que tout autre. Ce n’est pas d’aujourd’hui <iue le monde se plaint d’être mal gouverné; mais à aucune époque les fautes des gouvernements n’ont eu des effets si certains, si étendus et si prompts. On dirait que la Providence

est devenue plus sévère. Elle permet au mal une fa-

ni MÉLANGES POLITIQUES.

cilit(5 (l'accoinplisscinent. une rapidilë do propagation vi-aiinenl inouïes. Et non moins rapide, non moins terrible est la i iolence avec laquelle le mal retombe sur la tète de ses auteurs.

Je ne viens point rechercher tous les ahus dont l’administration de la justice peut <?tre entachdc aujourd’hui ; un seul genre de crimes et de poursuites m’occupe. Di>s que les partis sont aux prises, on entend parler de conspirations et de complots. Nous n’avions pas besoin qu’une nouvelle expérience nous l’apprit. Elle ne devait pas nous être épargnée. Elle est complète en ce moment. Jamais, depuis la Ilestauration, les actes ou les accusations de cette sorte n’avaient été si multipliés et si graves.

D’où provient ce mal? Quels caractères doit-il jmrter pour tomber dans le domaine des tribunau.x? Oïl commencent l’action légale et l’efficacité du pouvoir judiciaire contre les attaques on les périls qui menacent la sûreté de l’État? Quels sont, à cet égard, les devoirs de la politique et les droits de la justice, et quelle limite les sépare? dette limite estelle enfreinte? Ce sont les questions que j’ai dessein d’examiner.

Questions religieuses et terribles, car l’homme qui déclare l’homme coupable, et le punit fi ce titre.

CONSPIRATIONS ET JUSTICE POLITIQUE. 115 n?sout un problùiue et exerce un droit où Dieu seul est assuré de ne point faillir! Tous les jugements seront jugés. Que les passions et les intérêts du jour s’en retirent donc; l’homniea dans sa faiblesse native bien assez de chances d’erreur.

Dirai-je que nul intérêt individuel, nul dessein particulier ne me fait écrire? Je n’accuse et ne défends personne. Je crains pour la justice; je la vois en grand péril. Si quelqu’un pense que ce motif ne suffit pas, qu’il m’en suppose d’autres; je ne m’en inquiète point.

no

MftLANGKS POLITIQUES.

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