DE LA NÉCESSITÉ
Je pourrais in’en dispenser. Si la peine de inori est peu efficace, et je crois l’avoir prouvé, comment serait-elle nécessaire? Cependant j’aborderai aussi de face la question , au risque de rentrer en passant dans les voies indirectes qui ni’y ont déjà conduit.
Qu’on n’oublie pas que je ne propose point l’abolition légale de la peine de mort. Si je la demandais, on serait en droit de me dire que la possibilité des peines peut être nécessaire, bien que leur application ne le soit presque jamais -, et j’aurais alors à démontrer non -seulement qu’on n’a pas besoin d’user de la peine de mort, mais qu’il est absolument inutile qu’elle soit écrite dans les lois et comminatoire. Je conviens que ce sont là deux propositions distinctes et qui ne découlent pas
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rigoureusement l’une de l’autre; mais je n’ai rien à dcmôler avec la dernière. Je ne brise point entre les mains du pouvoir l’arme de la peine de mort; je soutiens seulement qu’en général il a tort de s’en servir. J’c.vamine donc très-librement ce qu'il ap- "pelle une nécessité, car si d’ordinaire elle est fausse, il est bon de le savoir ; si elle est jamais réelle , rien n’est compromis.
J’ai fait voir que l’efficacité des peines variait selon les temps, les mœure, les divers états de civilisation. 11 en est de môme de leur nécessité; nonseulement parce qu’elles ne sont nécessaires qu’à condition d’ètre efficaces, mais par des raisons plus directes. Jadis la force publique était petite, les forces individuelles grandes et déréglées ; la rigueur des peines était chargée de suppléer à l’insuffisance des moyens du pouvoir. Les plus sages rois de nos vieux siècles ont porté contre les moindres rixes, les moindres excc's, des lois épouvantables. Avaient-ils tort? Je ne le crois pas. L’ordre matériel n’était nulle part, et rencontrait partout des ennemis capables de le détruire et toujours près de le tenter. Le pouvoir central, sans administration, sans police, dénué même des premiers droits de la souveraineté et réduit aux ressources personnelles du souverain, ne
dcfeiidait la société, ne sc défendait lui-niéuie qu’en opposant sans cesse la force physique à la force physique; et bien souvent la dureté des lois, le nombre des supplices ne prouvaient, de sa part, que de la sagesse et le désir de protéger le public. Aussi les chroniques de ces temps louent-elles surtout comme justes et populaires les princes qui ont beaucoup et rudement puni. Ils étaient, comme les premiers héros de la Grèce , occupés à purger la société de brigands ou de monstres.
Se flgure-t-on ce que penserait aujourd'hui la société d’un pouvoir qui, pour maintenir l’ordre, aurait recours à de tels moyens ? Elle le jugerait odieux et insensé. C’est que les moyens de l’ordre ont changé avec la constitution sociale; d’une part, l’ordre se maintient, pour ainsi dire, de lui-méme, par la régularité générale des mœurs, l’universalité du travail et l’intelligence si répandue des vrais intérêts sociaux; d’autre part, la société s’est concentrée : la force publique est immense, les forces individuelles petites et peu agressives. Toutes les ressources matérielles, toutes les influences morales se déposent d’elles-mémes aux mains du pouvoir ; il dispose des richesses du pays, de ses magistrats, de ses soldats : nul n’est si oliscur qu’il ne le puisse
sun ciller, nul n’est si grand qu’il le puisse craindre. Il est partout , et partout en mesure de prévenir le crime ou le péril. Quel est le grand mérite de ce nouvel état? Le maintien de l’ordre, avec peu de sang versé, .\ussi, quand le désordre a été profond et général , ce n’est plus l’effusion de sang qui le peut faire cesser : c’est par la bonne administration, non par les supplices, que Napoléon rétablit l’ordre en France. Cinq cents ans plus tôt , et après des crises bien moins graves que la révolution, on bordait les routes de potences, et souvent sans succtîs.
Ce qui est vrai des nécessités de l’ordre social est vrai aussi, plus vrai même, des nécessités de l’ordre politique. Le pouvoir, pour se défendre de ses ennemis, a maintenant beaucoup moins de sang à vereer que la société pour se préserver des voleurs.
Je prie qu’on veuille bien regarder de près au caractère si divers des anciens périls et des périls actuels du pouvoir. D’où provenaient jadis les dangei-sd’un souverain, d’un ministre même? De ses rivau.v, de ses concurrents. La maison d’York dispute la couronne à la maison de Lancaster; que rune des deu.v parvienne à e.vterminer l’autre, elle
régnera en sûreté. Charles VII a Giac pour favori; le connétable de Richemond enlève le favori, le fait juger sommairement, le tue, et revient e.\ercer auprès du roi un empire qu’il s’est assuré par l’assassinat. Le cardinal de Richelieu lutte contre des |)érils du même genre , et s’en défend par des moyens analogues. Ce qui menace les hommes en possession du pouvoir, ce sont des liommes qui veulent le prendre. Les questions politiques se posent presque toujours entre des individus; la mort a prise sur les uns et sur les autres ; on peut l’appeler une nécessité.
Où sont maintenant ces inimitiés, ces ambitions -personnelles qui se disputeraient ainsi le pouvoir? Oui SC flatte de le saisir ou de le garder en se débarrassant d’un ennemi ? Personne. Je ne parle pas de niinistres: les factions sont folles; cependant nulle ne l’est assez pour penser qu’elle portèt ses chefs au ministère en tuant ceu.x de la faction qu’elle combat. Je regarde aux soüverains. Plus d’un en Europe se croit menacé ; est-ce par quelque rival , quelque prétendant? Les révolutions d’Espagne, de - Portugal, de Naples, de Piémont, ont-elles été le fruit de quelque litige poui" le trône, l’œuvre de quelque ambitieux qui aspirût à y monter?
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Évidemment il n’en est rien. Les pdrils politiques ont changé de nature. La lutte n'est plus entre des hommes, elle est entre des systèmes de gouvernement. La destinée des ministères, des dynasties même, n’est point subordonnée au sort pei-sonnel de leui-s adversaires, mais à celui du système qu elles adoptent on représentent. Jadis les sociétés humaines étaient possédées, le combat se livrait entic leurs possesseurs; maintenant elles sont vraiment ' affranchies, -car c’est d’elles seules, ou des grands partis qui les divisent que le pouvoir peut tirer, je ne dis pas seulement sa force, mais ses prétentions. De là aussi seulement peuvent lui venir ses dangere. 11 ne s’agit plus de savoir qui gouvernera , mais comment on gouvernera. Les individus ne sont plus, je le répète, que les instruments et les interprètes d’intérêts généraux qui ne manqueraient, en aucun cas, d’interprètes ni d’instruments.
Contre de tels périls ou entre de tels adversaires n’est-il pas clair que la mort n’est plus une puissance ni une nécessité?
Elle a cependant un effet, et le voici. En même temps qu’elle ne détruit pas ce que voudrait détruire le pouvoir, elle alarme ce qu’il ne veut pas alarmer. Elle frappe à la fois et beaucoup moins fort et beau-
coup plus loin qu’on ne lui demandait. L’homme qu’elle atteint n’est rien par lui-môme ; il n’était redouté, il n’a été atteint qu’à raison de scs rapports avec certains intérêts, certains sentiments générau.ï 011 réside vraiment le péril. On a voulu dissiper le péril, on n’a brisé que l’homme seul , et cependant Je coup s’est fait sentir dans toute la sphère des intérêts dont il était l’organe. Ces intérêts ne meurent point de sa mort, n’en sont pas même sensiblement affaiblis; mais ils prennent pour leur compte l’intention qui l’a tué; ils se disent qu’on les tuerait aussi si on pouvait, et ils savent qu’on ne te peut point. Et cette persuasion se répand non-seulement dans les intérêts qui coiTcspondent e.vactemcnt à la conduite et au langage de l’homme frappé, mais aussi dans ccu.v qui s’y rattachent par dns relations plus éloignées, qui s’en séparaient peut-être assez souvent durant sa vie, qui se jugeront menacés et compromis par sa mort. Ainsi le pouvoir, pour s’êti’cnnépris sur la nature de ses ennemis et de ses dangers, s’est fait un mal immense sans se procurer le bien qu’il cherchait. Il s'est doublement abusé sur l’importance d’un homme ; il l’a jugée et plus grande et plus petite qu’elle n’était réellement. Il a oublié qu’en cessant d’être des puissances, les in-
dividussont devenus des symboles, et qu’on ne peut ni abolir dans leur pei-sonnc ce qu’ils représentent, ni toucher à leur personne sans que leur sort retentisse dans le vaste ensemble auquel ils sont liés.
En ceci encore, l’emploi de la peine de mort est donc un périlleux anachronisme. Elle s’adresse à d’autres temps, à d’autres forces, à d’autres dangers. Elle ne tient point ce qu’elle promet et elle produit ce qu’on n’en voulait point. Elle inquiète ou irrite des masses pour épargner au pouvoir l’inquiétude ou l’irritation que lui cause la présence ou la voix d’un homme.
Contre ces masses mêmes serait-elle plus nécessaire? Ce serait fâcheux, car il est bien plus diffleile de l’y porter, et j’ai fait voir combien son efflcacilé morale y est douteuse, son efficacité matérielle impossible. Cependant si la nécessité dont on parle a quelque réalité, c’est là qu’elle est placée, car le péril est là comme la question. La possession du pouvoir n’est plus l’objet de ces luttes privées, jadis soutenues par des moyens sanglants ; mais le système et la conduite du pouvoir sont, il est vrai, entre la société et lui-même, le sujet d’un grand déliât où le le pouvoir a besoin de se défendre, car il est vivement attaqué.
Pourquoi l’cst-il.ou plutôt dans quelle intention? C’est avant tout ce qu’il faut savoir. Les rivau.\ (jui jadis se disputaient l’empire ne pouvaient le posséder ensemble, c’est pourquoi ils avaient besoin de se tuer. Est-ce un combat de môme nature qui se livre maintenant entre le pouvoir et la société, ou les grandes portions de la société qu’il considère comme ennemies? Va-t-il là cette Incompatibilité radicale, cette impossibilité de coe.vister qui a lieu nécessairement entre deux individus lorsqu’ils prétendent l’un et l’autre à la même place, au même bien?
Au fond, cela n’est point et même ne saurait être. Ce que demandent ici au pouvoir ses adversaires, ce n’est pas la place qu’il occupe, c’est la conduite qui leur convient. Des intérêts généraux ne gouverneront jamais en personne; ils veulent être gouvernés dans leur sens et selon leur vœu. Or ce vœu, moralement parlant, le gouvernement établi peut toujours l’accomplir. S’il ne le veut pas ou ne le sait pas, je conviens que l’incompatibilité peut naître; mais elle n’était pas dans les choses mêmes : c’est le pouvoir qui l’a créée; et s’il en découle pour lui de fâcheuses nécessités, c’est à lui seul qu’il doit s’en prendre, car il ne les eût pas rencontrées s’il eût pris un autre chemin.
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I nc fois engagé dans la route oîi il les trouve sur ses pas, peut-il rclonrner en arrière? Ou s’il persiste Pt s’il avance en employant les moyens que ces nécessités lui commandent, réussira-t-il dans son dessein? J'afürme hardiment qu’il échouera. ' De nos joura, tout pouvoir qui, par ses fautes, mettrait ses propres nécessités aux prises avec les nécessités sociales, serait un pouvoir perdu. Le plus terrible emploi de la peine de mort ne le sauverait point, il ne tuerait jamais assez. Nous avons vu des situations de ce genre. Napoléon s’était imposé la nécessité indéfinie de la guerre, comme la Convention la nécessité indéfinie de la mort : la Convention a beaucoup tué, Napoléon a beaucoup vaincu; le jour est venu où l’échafaud et la victoire ont refusé de servir leurs anciens maîtres. Les nécessités sociales, quehiue temps comprimées, ont repris leur empire , et le pouvoir qui les avait méconnues s’est vu hors d’état de soutenir les nécessités factices qu’il avait mises à la place de la vérité.
Si donc vous me parlez, quant ù la peine de mort, d’une nécessité naturelle, je la nie. Si vous m’alléguez une nécessité de voire façon, je n’en conviens que pour montrer qu’il ne tient pas à vous d’y suffire, et que vous ne gagnerez rien à le tenter. Je ne
suppose pas qu’il se rencontre jamais un pouvoir qui ne s'inquiète pas du succès définitif et n’aspire qu’à retarder sa perle. En fait, cela n’est point, car si, au bout des voies qu’il suit, un gouvernement démêlait sa perle assurée, il en sortirait aussitôt : ce qu’il s’en promet, c'est vraiment le salut. Que s’il était assez égoïste ou assez léger pour ne se soucier que du présent, je lui conseillerais encore de prendre garde. Il a pu jadis se livrer à celte indifférence cl compter sur un long ajournement ; maintenant tout va vile, d’autant plus vile que la société semble plus calme et ne trahit guère d’avance, par ses agitations, la force immense qu’elle pourrait déployer un jour. Les approches de la révolution n’échappaient point à l’inerte prévoyance de Louis XV. Si de nouvelles révolutions étalent jamais encore plus prochaines, peut-être se feraient-elles moins sentir sous les pas du pouvoir. Il aurait donc tort de se contenter du provisoire, car le provisoire môme serait court et peu sûr.
Qu’on examine en tous sens les nécessités du pouvoir, qu’on interroge tousses périls-, d’aucun côté ne viendra celle réponse que la peine de mort est invoquée par la nécessité, ou qu’elle peut y suffire, ou qu’elle dissipe le péril. Je l’ai considérée dans toutes
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ses prétentions, dans tous ses effets : je l’ai trouvée presque toujoui-s sans motils légitimes; sans vei tn ([uand elle a des motifs, sinon légitimes, du moins réels, rarement efticace et plus rarement juste. Que lui reste-t-il donc si ce n’est d’avoir servi jadis? Les révolutions l’emploient, dit-on, l’emploieront même encore avec fruit. Je le crois l)ien. Les révolutions ne sont pas destinées à durer. Les gouvei nemeuts se croient-ils de même nature ou veulent-ils être de même condition? Erreur prodigieuse! Les révolutions déploient tant de force et atteignent de tels résultats que les gouvernements voudraient bien les imiter. Ils oublient seulement ceci, qu’ils sont appelés à fonder, à vivre du moins, et les révolutions à détruire et à mourir en détruisant. Du reste, je m’étonne à tort de la méprise. C’est de nos joura, et pour la première fois peut-être, que cette différence apparaît dans toute sa clarté. Jusqu’au milieu du XVII' siècle, les révolutions ont été l’état sinon permanent, 'du moins habituel des sociétés européennes. Livrées à la force, et è des forces rivales, et à des rivalités qui étaient des guerres, ces sociétés ne connaissaient ni les conditions ni les moyens d’un ordre de choses stable et régulier. La même ignorance possédait, à cet égard, les gouverne-
inents, les partis et les peuples. Les uns et les autres, dans leurs fortunes alternatives, employaient les mêmes armes, tombaient dans les mêmes pratiques, produisant toujours les mêmes effets. Maintenant les sociétés ont plus d’ambition. Elles demandent à leure gouvernements toute autre chose que des \icissitudes de noms propres dans le désordre ou la tyrannie. Elles savent ce qui leur est dû, et aussi •jue cela se peut. Quand le monde physique fut sorti du chaos, la nature eut encore ses crises ; mais elle eut aussi sa régularité, son repos et les lois qui les devaient assurer. Plus lent à se débrouiller et à se régler, le monde social, le monde des hommes en est venu à comprendre la profonde diversité «le l’état de pai.x et de l’état de guerre, de l’ordre et du désordre, des crises révolutionnaires et des gouvernements réguliers. Les forces diffèrent comme les idées, les moyens comme le but. La peine de mort sert, j*cn conviens, la politique des révolutions; mais c’est la seule qu’elle puisse seiTir. Un gouvernement régulier qui s’en ferait une nécessité, «pii l’invoquerait pour fonder son repos et sa durée,serait dans les voies révolutionnaires. S’il n’y entre '{u’à moitié, ce qui a fait la force des révolutions fera sa faiblesse. S’il s’y jetait pleinement, en chan-
goant (le caractère il changerait aussi de dc'stinëe, et se vouerait à périr coimue périssent les révolutions après tous leurs triomphes. Eu politique, la peine de mort ne peut être aujourd'liui qu’une rapide succession d’offrandes sanglantes à des divinités insatiables, ou un sacrifice inutile à des idoles sans pouvoir.
Je le répète, le pouvoir lui-mOme en a le sentiment ; sa confiance dans ce moyen est un préjugé plutôt qu’une croyance, et comme tous les préjugés elle s’inquiète et chancelle devant l’application. Le pouvoir persiste cependant : il faut en dire la vraie cause; il faut écarter tous les prétextes, tous les mensonges, et rendre la peine de mort à son véritable dieu. Ce n’est point la justice, ce n’est point la nécessité, c'est la peur ; non celte peur légitime et sage qui regarde le péril en face et prend les moyens de le dissiper, mais cette peur aveugle qui veut se délivrer d'elle-méme bien plus que du péril, et qui, sans intention raisonnable, sans dessein réfléchi, adopte au hasard tout ce qui lui offre quelque espoir de soulagement. La prudence veut le salut; la peur ne cherche qu’à repousser l’aspect du danger. On retrouvera le danger demain, plus grand peut-être. N’importe; on aura secoué un moment une situation
pleine d’anxiété, on se sera persuadé un niomenl (lu’on n’avait plus peur. Celte inlraitable passion ne change jamais de nature ; ce qu’elle est dans les obscui’s Incidents de 1a vie privée, elle l’est encore au sein des grandeurs; partout plus occupée de son tourment que du péril qui le cause; partout accueillant les plus vaines, les plus déraisonnables pratiques, si elles lui promettent, contie ses propres angoisses, quelque asile et un peu de répit. Et quand aux peurs du pouvoir viennent se joindre des peura de faction, quand cet aveugle sentiment, pénétrant la masse d’un parti, devient une passion collective et i>ousse les uns par les autres des individus qui se flattent d’échapper à toute Responsabilité personnelle, alors toute raison cesse, tout calcul, toute prévoyance disparaissent, il ne s’agit plus de nécessité, d’utilité, de justice. La peur devient à elle-même sa propre nécessité, une de ces nécessités fatales dont l’empire redouble à mesure qu’elles s’éloignent du succès et que les hommes accomplissent machinalement et passionnément tout ensemble, sans être en état de les juger. C’est l’exemple terrible que nous ont donné la Convention et les Jacobins.
Eh bien! la peur eile-même se trompe, et ce nouvel et dernier avocat de la peine de mort se voil
à chaque instant déjoué dans les espérances qui l’allachent à cette cause. Tel est l’empire des faits, même méconnus et violés, que, de nos jours, les rigueurs politiques ne dissipent pas plus les craintes que les périls ; leur inutilité poursuit la peur dans son plus profond aveuglement, et la condamne à leur survivre.; elles ne procurent soit au pouvoir, soit aux factions épouvantées qui les invoquent, qu’un soulagement momentané, source d’anxiétés toujoui's plus vives. Que les partis surtout y prennent garde ; leur condition n’est pas moins changée que celle des gouvernements. Jadis beaucoup d’individus demeuraient importants et forts après la défaite de leur parti; ils consentaient, dans leur propre force, des garanties contre les réactions de leui-s adversaires, et traitaient encore, chacun pour son compte, à de bonnes conditions. Maintenant que sont des ministres quand le pouvoir leur a échappé? Que deviennent les hommes les plus considérables d’un parti quand le parti est vaincu? Ils vont se perdre dans la masse de ces citoyens que tes lois publiques et la viaie justice seules protègent; ils ne peuvent plus rien pour eux-mèmes , et n’ont plus pour défenseurs que ces principes qui repoussent toute rigueur inutile, toute nécessité
pictenduc, et qui, en maliiVe de peines, interdisent au pouvoir tout ce dont la société peut se passer. Maintenant plus que jamais il est donc dans l’intérét de tous . des partis comme du pouvoir, des individus comme des partis, que ces principes soient reconnus et s’introduisent dans la pratique du gouvernement. Je vais essayer d'en indiquer les