‹ Mélanges politiques et littérairesChapitre 10 sur 67 · LA MONARCHIE KT LES HOMMES DE LETTRES · texte numérisé non relu

LA MONARCHIE KT LES HOMMES DE LETTRES

un siiii^Tilier aspocl. 11 ne sera pas sans inlérèl de jeter un coup d'œil sur ce ({uYHaient la politique, les mœurs et le gouvernement delà France lors de l'avènement de Louis XIV.

La France, épuisée par les guerres civiles, malgré le génie de Sully et de Richelieu, n'avait pu con- (juéi'ir la première place en Europe. Elle n'avait encore pu réunir que 80.000 hommes d'armée eiï'ective et son budget sous Louis XIII, pour solder les services publics, ne s'élevait qu'à la somme de 76 millions. Malgré son admirable situation maritime, elle n'avait point de vaisseaux: un moment relevée sous Richelieu, la marine française fut ruinée sousMazarin.

Les chemins de grande communication n'existaient point, ou, s'ils existaient, ils étaient infestés de brigands. Chaque province avait ses lois, ses mœurs, son idiome.

Le commerce était répandu en peu de mains. Les rues de Paris étaient étroites, sombres, mal pavées, couvertes d'immondices et remplies de voleurs. La pohce était mal faite. On voit par les registres du Parlement que la police de la capitale se réduisait à quarante-cinq hommes mal payés.

L'esprit de discorde et de faction existai! partout, surtout dans les églises. Quand deux processions se rencontraient dans les rues, elles se battaient chacune pour l'honneur de sa bannière. Tous les particuliers respiraient la fureur des duels. En l'absence des lois, on ne demandait justice qu'à son épée ; il mourait plus de gentilshommes français de la main même des Français que de celle des ennemis.

On croyait à la sorcellerie, aux sortilèges. Les œuvres philosophiques du xvi'^' siècle avaieiil jeté une

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vive cl.-n'h''. mais, inal^iM' celU* Ikmii'chso innnonco, ICspiMl (le 1.1 n.ilion ('lail <'srlav<' des sujx'rslil ions, l i"l)aiii ( ii'aiulicr. la inai'rclialc (rAiH'i'c.rlaii'ul ln'ùh'S comnio sorciers par ;uTèl du l*arl(Miienl. L'espiil de soeiélé élail j^eu eonnu ; il nv avail j)<)inl de lieu de réunion où Ton s'asseuihlàl pour se e()unuuni(puM' ses lumières ; les IhéAlres cl les académies se formaienl à peine.

Les dilapidalion< étaieid parloul : le cardinal Maz.arin était mort laissant une fort une de 200 millions. Les lettres du xvi'' siècle n'illuminaient encore (pie le sommet de la société française: les mœurs, les lois, le i>ouvernement, la société en un mot, devaient être l'œuvre du siècle de Louis XI\'.

Montaigne et ses successeurs avaient ensemencé le sol fécond des idées ; la semence germa peu à peu et produisit une moisson abondante. Lorscjue les discordes civiles se furent calmées, "la culture des lettres se généralisa dans la nation et devint la magnifique occupation de tous les hommes éminents du xvn^ siècle.

Louis XIV comprit le besoin de son époque. Loin d'arrêter ce mouvement, il songea à lui communiquer un essor rapide. Convaincu (pie rintelligence est la véritable royauté du monde, il s'initia par de solides éludes à la connaissance des dilïerents travaux (piil voulait encourager. 11 apj)rit en peu de temps l'ilalien el l'espagnol : la lecture des tragédies de Corneille laisail ses délices. 11 se mit directement en conlacl avec tous les lioinmes (pii se disaient porteui-s d'une inveidion ou d'une idée, (d voulut tout voir el jugei'|)ai' lui-même.

L'exemple de Louis Xl\'se communiqua à toute la

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cour: ramour des lellres cl des arts gagna de proche en proclie ; la noblesse, la bourgeoisie, le clergé, briguèrent l'honneur d'ajouter un ravon à ce fover éclatant qui resplendissait alors sur l'Europe. Le cardinal Mazarin, dont la politique ne fut pas sans grandeur, puisqu'il ajouta l'Alsace à la France, ne crut ])as indigne de son rôle de ministre de s'occuper des letlres. Il composa des opéras italiens qui furent joiu's au Palais-Royal. De toutes les langues de l'Europe, l'italien est la plus douce, la plus flexible, la plus mélodieuse. Les opéras du cardinal furent exécutés par des voix qu'il fit venir d'Italie ; ce spectacle eut un succès immense, et depuis celte époque nous avons toujours eu, jusqu'en ces dernières années, un théâtre italien à Paris.

Les longues guerres de Louis Xl\ ne nuisirenl nullement à la magnifique éclosicn du génie iilléraire. Les fêtes se succédaient encore plus rapidement que les batailles : chac\me de ces fêtes donnait naissance à quelque nouveau chef-d'œuvre. Ce fut à Versailles, au milieu des splendeurs et des réjouissances données en l'honneur de M"^ de Lavalière, que Tartufe fui joué pour la première fois. Combien de monarques ont donné des fêtes dont l'histoire n'a gardé nul souvenir! Tout ce qui n'est que pompe et que magnificence passe en un jour; mais lorsque des chefs-d'œuvre de l'art comme Tartufe en font l'ornement, ces fêtes laissent une profonde empreinte» et l'espril des nations en garde une éternelle mémoire.

Les journaux s'établissent : la pensée, répandue par ce véhicule puissant, inonde le reste de la société. Le Journal des Savants, qui est le père de toutes les

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piililif'.-ilions (le ce t-ciirc donl l'Iùiropc esl aiijour- (riiiii remplir, lui rondi' ru \i\i\o. L';islrolo{j;ie, la ina^ic, riii^noi'ancc s'évanuuissciil dovaiil le lumineux rayonnement des lettres.

l.a poésie, «pii s'était pénibh'meni traînée avec Maiitl et Ronsard, se l'eh^va tout à coup et atteignit à des liaulenrs inconnues. Le vieux Corneille créa la langue tragiciue : ses héros firent entendre sur la scène des accents pleins d'héroïsme et de mâle iierlé, 11 soul'lla sur les cendi'es éteintes des Scipion, des (iracques, des Sertorius, et ces fiers Romains, ranimés au feu de son génie, communiquèrent par la voix du j)oète leur Ame à Tàmc des Condé, des Câlinât et des Turenne.

Racine, désesj)éranl dalteindreà ces hauteurs immenses, chercha une voie nouvelle et étudia particulièrement le c(ï?ur humain. Il donna à la langue française une souplesse, une harmonie dont on ne la croyait pas susceptil)I<\ Jamais l'amour, la vengeance, la haine, la jalousie et toutes les passions dévorantes n'avaient i)arlé un plus magnifique langage.

Dans les siècles précédents, la langue, à peine formée, a\ait laissé dans les lettres un reste de mauvais goût. Il fallait un homme, hardi ])ionnier, dont le jugement sùi-, exploiaul les champs littéraires, sût exliaii'e l'or j)urdu giaNiei- où il se trouvait mêlé. Ce fui le inle de Roileau : il lil justice des mauvais écrivains, et soutint conli-e les ignorants les chefsd'œuvre de Corneille, de Rjicine et de Molière.

Ce (|ue Boilean lil pdur la littérature, Molière le lit pour la société. Penseui- profond, poète habile, auleui- comiipu' sans i'i\al, Molière écrasa d'une main ferme les IraNcrs cl les vices de son siècle. A l'iiypo-

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