LA MONARCHIE ET LES HOMMES DE LETTRES
u semblable à celle du loinien'e dans les nuées ou de u l'orgue dans les basiliques, elle ne fut jamais qu'un u organe de puissance ou de j)ersuasion. (-e Cul une u voix qu'on allait écoubM' à genoux, cl à huiucllc on <( ne ré[)()ndail que par une inclinalion de iront ou « par des larmes dans les yeux ! une voix qu'on ne <( i-él'ulail et <{u'on ne coni redisait jamais, môme (( quand elle étonnait et blessait ! une voix (pii ne })ar- « lait ni au nom de l'opinion, chose l'ugilive ; ni au « nom de la philosophie, chose discutable ; ni au nom « de la patrie, chose locale ; ni au nom de la souve- « raineté du peuple, chose lem[)orelle ; ni au nom de u l'orateur lui-même, chose transformée ; mais au u nom de Dieu, auloiité de langage qui n'a rien (( d'égal sur la terre, cl contre laquelle le moindre « murmure est iHq)iélé cl la iiutindre protestation K blasphème. »
Les lieux et les circonstances au milieu desquels Bossuet parlait à Louis XIV donnaient à ses paroles une autorité plus imposante encore. C'était en présence d'un cercueil, en face de la mort, que sa voix sévère tonnait sur la tête du monarque. C'était là, la main tendue, les yeux levés au ciel, le front rayonnant comme les prophètes bibliques, qu'il évoquait ces images sublimes et terribles qui glaçaient dépouvante son auditoire terrifié et éperdu.
11 faisait voir la petitesse des hommes, le néant des grandeurs humaines, les vaines splendeurs de la gloire, la rapidité du temps qui s'écoule, le passage des générations successives s'en lassant pèle-mèle dans l'immense nécropole des siècles. 11 cherchait vainement sur la terre la trace de ces con([uérants fameux qui ont détruit des \illes, subjugué des
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rov.-miiu'S, vri'sr des llols de sniii;" : il iiionlriiil Iciii-s noms an-ivaiit alVaililis jusciu'à nous dans la voix de cel écho qu'on nonnne riiisloii-c.
Jamais avant Hossuct 1 t'S|nil Iniiiiain uavail élcNr des monumenls lilléi-aii-es dune si jnodi^icusc grandeur. Les oraisons luuèbres repi-ésenlenl l'idoquence dans ce (piCllc a de plus luajeslueux : ](» l'oiMim avait eu Démosliiènes, le ban-eau Cieéron, la liihune polili(pu^ aura plus tard Mirabeau ; nuiis nulle part plus ([uè dans Bossuet le langage des hommes n'a été revêtu dimages plus grandioses, de pensées plus profondes.
La ]>oésie, la prose, réloquence produisirent donc au xvn- siècle dimmorlels chei's-d'œuvre. La jurisprudence marcha et grandit connue elles. Louis XIV songea à compléter en France l'unité politique en donnant à chaqije province le même code de lois : ce fui la Révolution française qui se chargea de réaliser cette pensée.
Ce prince ne se contenta |)as daimer les lettres, il les encouragea d'une façon toute particulière. La carrière littéraire n'était pas comme aujourd'hui une profession : Corneille mourut pauvre et La Fontaine vécut toujours dans l'indigence ; mais généralement Louis XI\' ou\ rit largement sa cassetle à tous les talents qui illustrèrent son règne. Il fit à Chapelain une pension magnifiiiue ; Hacine reçut à plusieurs reprises des gralificjdions de /|.ooo écus ; l>enserade loucha i.ooo louis |)our mellre en vers les Mélamorp/wses (r()\id(*; lîoilcan, ()iiin;nill ri le musici<Mi Lulli reçiii-cnj une large |>arl <l»' >-r< munificences royales.
Ce qui! lit pdiirles |etlr<->. il le m <'galenieid i)oui'
L\ ^rONARCIIIi: ET LES HOMMES DE LETTRES jM)
les arts. 11 y avail alors on Italio un archileclc cl sculpteur fameux, nommé le chevalier Bernini ; le roi le fit venir à Paiis. Il envoya jusqu'à la frontière les équipages de la cour pour recevoir l'artiste, et Bernini fut conduit dans la capitale en homme qui venait honorer la France. Il reçut à son arrivée un ])résent de 5o.ooo écus, avec une pension de 2.000, et une de 5oo pour son fils. Il reçut en outre 5 louis par jour pendant huit mois qu'il resta en France. (Vestlui qui fit la statue é([uestre de Louis Xl\' ([ue l'on voit aujourd'hui à A'ersailles.
Cette splendeur des lettres jeta un éclat inouï sur le règne de Louis XIV et adoucit un peu les désastres qui en marquèrent la fin. La France, malgré ses revers, paraissait grande aux yeux des étrangers avec le cortège de ses grands hommes.
Les derniers moments du monarque ne furent pas sans grandeur : l'approche de la mort, en ramenant à sa juste valeur l'orgueil de la royauté, conununiqua à sa physionomie quelque chose d'imposant.
(* Pour({uoi pleurez-vous? dit-il à ses domestiques. M 'avez- vous cru immortel ? »
Lorsque Louis XIV mourut, l'avenir était gros de lempêtes ; la France avait ^i milliards 5oo millions de dettes, mais elle avait enrichi son histoire de noms et de monuments immortels. Le pouvoir absolu porte en lui-même un ver rongeur qui le mine, le désorganise et le laisse sans défense devant les attaques de la philosophie et de la liberté. Quand celui qui l'exerce est un homme ferme, énergique et résolu comme Louis XIV, ses attaques s'émoussent ; le peuple, plus frappé de son éclat que de ses dangers, aime le despotisme qui accomplit de grandes choses.
60 MLLANGIiS l'OLlTlnl ES Kl LITIKUAIUES
Mais (luand ce dcspolisinc est oxcrc<'' jiar des mains faibles, un re\ iicincnl soudain se l'ail dans 1 ()|)inion ; les laulcs, les laildcssos, les déraillanccs, les désastres dune éj)0(ine sont mis sur son eomj)le ; les haines s'amassent, les colères l'i-ondent ; le peuple, qui naguère courbait le IVonl , se relè\ e avec fureur, et venge avec une cruauté outrée ses bassesses pusillanimes. (Test ce si)ectacle (pie Ton l'etrouve au xvni'" siècle.