LA BOURGEOISIE ET LES HOMMES DE LETTRES AU XVIIP SIÈCLE
Le xviie siècle avait été Tapogée de la vieille société française. Cette société avait brillé d'un éclat magnifique et son rayonnement avait rejailli sur toute l'Europe. Le théâtre avait applaudi aux œuvres de Corneille, de Molière, de Racine ; les arts avaient eu Puget, Mansard, Lesueur; la tactique militaire, Condé, Turenne, Vauban ; la magistrature, Daguess?au, l'Hôpital ; les sciences avaient été représentées par Descartes : l'Église, avec ses orateurs sacrés, avait jeté une vive lueur malgré son intolérance.
Malheureusement cette société était toute monarchique : elle n'avait pas ses racines dans le peuple. Louis XIV, en mourant, l'emporta dans un pli de I son linceul, et la monarchie française, semblable à un navire sans pilote, alla à la dérive parmi les écueils, I emportée par le vent de la révolution. [' Toute la littéi'ature du xvu*^ siècle seml)le avoir été t jetée dans le même moule. A part quelques vers ro- !^ mains de Corneille et (juelques caractères hardiment
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lra(M''s |»;ir Molirrc. vWo pnrail i-c'^h'-c d'aju-rs l(^s lois (le l'«''li(Hi('ll(\ (Vosl 1111 inoniiinciil (rnnc l'r^ularilc adiuii-jilde ; lout y est parlait <lo Jij^no, do couleur, (l'iianuonio ; <'liai|uc uiol est laillô, pesé, examiné; cIkkiiu' piirase est polie et correcte comme une l'oruiule. l II art profond et savant préside à lensenihh^ de l'édifice ; on voit (ju'une volonté unique, absolue, irrésislil)le, plane sur cette société aristocratique et sur cette littérature qui (mi est l'expression vivante. Il y a du gentilhomme dans l'homme de lettres : tout jusqu'à la plume seml)le avoir été taillé en vertu d'une ordonnance royale.
Dans l'ensemble du xvn*" siècle il y a assurément une grandeur imposante qui, même après deux cents .ans, nous frappe encore de surprise et d'admiration ; mais tout cela manque du cachet de l'individualité. ( '/est glacial comme ces grandes cathédrales froides et nues du moyen âge. L'hypocrisie a étendu partout son grand voile, depuis le boudoir de M'"^ de Maintenon jusqu'à l'alcôve du grand seigneur. Les œuvres littéraires, superbes de forme, manquent généralement de variété et de chaleur ; les chauds sentiments de l'àme sont proscrits connue des écarts du génie. Les seuls écri\ains de senliment de cette époque, Piacine, La l'oiilaiiie, l'^Mielon, encoururent la disgrâce du monaïque.
Sous Louis Xl\ , la iialion se trouvait partagée entre trois classes disliiieles : la noblesse, le clergé, le })euple. La noldesse, diqmis lUchelieu, ne vivait plus (prap|)uyée sur la monarchie ; le clei'gé formait une puissance red(»iil;il»Ie (|ue personne n'osait atta<|uer ; <pu»nt ail jieiipie, il eonlinuait de payer les impots et de fournir l'ai'gent nécessaii'e aux dihq)i-