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LA BOURGEOISIE ET LES HOMMES DE LETTRES

(lalions royales, sans qu'aucuiio voix osût s'élever pour le défendre.

Dès les premiers pas, le xviii'' siècle revèl une tout, autre allure. Une quatrième classe, muette jusqu'alors, commence à s'ouvrir une issue et revendique sa place au soleil : c'est la bourgeoisie.

Tandis que les grands seigneurs, héritiers des vices du siècle précédent, se plongent dans les orgies de la Régence, la bourgeoisie se recueille, travaille et prépare ses armes pour la lutte. C'est à elle désormais (lu'appartient la scène : son histoire est celle même de la nation. Il ne se passe pas un événement, une crise, auxquels elle ne se trouve victorieusement mêlée. L'homme de lettres avait suivi les transformations diverses de la société française. Mystique au moyen âge, gentilhomme sous Louis XIV, il se fit bourgeois et citoyen au xviii'' siècle.

Il serait curieux d'expliquer comment la ])Ourgeoisie, née des idées de Rabelais et de Montaigne, se réveilla tout à coup et prit un si considérable développement. Le cadre que je me suis tracé est trop étroit pour entreprendre cette étude. Jetons seulement un coup d'œil sur la société du xv!!!*^ siècle.

L'histoire de la Régence n'est qu'une longue saturnale.

On croirait, en parcourant les mémoires secrets de cette époque, lire une page oubliée des baccha- nales de Rabylone. Le vice hypocrite et caché sous Louis XÏV s'étala au grand jour avec des raffinements de volupté inouïs : ce fut le règne des comé-

04 Mi:L\Nr;i:s poi irionis i;t i.in khmim.s

(liciiiic'-. (les coiiii isaïK's, dc's aMx'S de roiir. I .c duc d'Orlriins, ti'ùuanl au niiliini de rciiimcs unes, passait ses imils au soiu des or^ios.

u Ses soujxM'S, dil Sainl-Sinum, ('daicul toujours avec (les couipa^nies Inil (M ranges, avec ses maîtresses, (luelquidois avec dc< Mlles {\c r()|)ci"a, sou- V(Md a\(M' la duchesse de l^>err\ , (|uel(|ues dames de moyeuue N(M-Iu. une douzaine dhoumu^s que, sans l'aeon, il ne noniinail aulrenicid (jue .ses roiu's, et (|U(dques ^eus sans nom. (jui ne Itrillaienl que j»ar Ieui'es})i'il et leurdébauelie. La chère y était ex(|uise.. Les galanteries passées et présentes de la <-our et de la ville, les vieux contes, les disputes, rien ni personne n'y était épargné. On buvait beaucoup et (hi meilleur vin, on s'échauffait, on disait des ordui-i^s à gorge déployée, des impiétés à cpii mieux mieux, et cpuin<l on avait fait ilu bruit et ([uon était bien ivre, on allait se coucher... »

L'exemple delà cour avait gagné tous les seigneurs du royaume; le clergé lui-nuMue. inqiuissant à lult(M' cou 1 1-e le torrent, se laissa enlr;uner et se livra aux plus honteux déscM'di'cs. Les églises étaient devenuc^s an lieu de jirol'analion, (d les priMres rougissaient mcmc, dil ( llialcaubriaiid, de prononce!' en (duure le nom de Jésus-Christ.

Au milieu de tous ces scandales, l'argenl de la nation s"(''|tuisail vile. Les iiupiMs ii'('dai(Mil plus suflisanls, et on eut recours au l'anuMix systènu' de Law pour subvenir à ces dilapidations l'astueuses. En moins de (piehpuvs mois, un luilliiui de ramilles sans pain. s;ms jisile. |)arcoiirui-eid le l'oyaume, n'ayant pour toute l'orlune <pie quehpies (diilVons de papier sans valeur. Le désordi'c (dail partout, dans les li-

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