LA BOURGEOISIE ET LES HOMMES DE LETTRES G
nances, dans les adiiiiiiisli-alions, dans les relations sociales : les places de magislral saclielaienl ponr de l'argent : il fallait cin({ cent mille francs ponreli-e conseiller an Parlement, nn million denx ceni mille francs ponr être chambellan du roi.
Quand le régent fut mort, consumé par ses débauches, la nation respira un instant et crui (pie ses maux allaient finir. (Test alors qu'arrivèrent les chroniques scandaleuses du parc aux cerfs, où Louis XV avait formé un harem comme un pacha d'Orient. La monarchie, au lieu de se relever, descendit plus bas encore dans l'avilissement. La Pompadour, intrigante de génie, fui remplacée dans les amours royales par la Dul)arrv, prostituée, ramassée dans la rue, et assise sur le troue de l'rance par un caprice du monarque.
Certes, elle était bien aveugle, cette monarchie marchant ainsi à grands pas à l'abîme creusé devant (die 1 Elle était fra[)pée de vertige, celte nol^lesse tpii, plongée dans les saturnales, n'entendait pas dans le lointain les rugissements <hi peuple se soulevant comme une vague irritée, et dressant, avec ses bras rouges de sang, l'écdiafaud révolutionnaire ! Ce fut au milieu de ce naufrage de la vieille société fran- (laise que les hommes de lettres du xvin" siècle s'emparèrent du gouvernement des idées et allumèrent le tlambeau (|ui devait éclairer la marche de la jeune génération qui frappait aux portes.
La mission de Ihomme de lettres fut donc revêtue dès Tabord d'un cachet éminemment social. Inspirée par la misère du peuple et i)ar les défail- Ijinces de la royauté, la littérature fui à la lois politi(jue. philosophique et religieuse : elle lil parler tour
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à loiir la i'ais»tii cl la juslicc au nom «le riiuiiiaiiilr ; elle s'arma <lu loiicl de la saliie pour l'ustiger les vices (les j^iands : elle alhu[ua les abus du clergé, et plaça au-dessus dw prcirc, au-dessus du geulilhommc.aii-dcssiis du monar([nc liii-uième, la grande inuige du itcu])lc pcisccuh' cl a\ili pendant plusieurs siècles.
La prose du xvin° siècle fut à la hauteur de sa mission. Sentimentale avec Fénelon, majestueuse avec Bossuet, elle fit preuve d'une merveilleuse souplesse sans rien perdre de sa force et de sa majesté. Quand ou lit aujourd'hui les prosateurs de cette époque, on admire les ressources de cette langue française si parfaitement disposée pour la polémique quand elle est maniée par des plumes habiles. Qu'on suppose Voltaire, Jean-Jacques Rousseau, Diderot, Montesquieu, directeurs de journaux quotidiens, discutant en toute liberté les grandes questions sociales, et luttant entre eux de raison, de science et de génie! Quel magnifique spectacle (jue ces joutes éclatantes de l'inlelligence ! Quelles puissantes individualités que ces hommes au front large, armés de l'ai-me redoutable delà logique! Malheureusement la presse politique n'existait pas : les grands écrivains de cette époque, poursuivis i)ar une autorité jalouse, en butte aux rancunes d'une police tracassière, n'avaient j)our répandre leurs idées qu'un seul organe le livre, et encore ce livi-e, ju-oscrit avaiil de paraître, était-il forcé d'aller chercher des éditeurs en Hollande, en Angleterre, dans d<'S pays de liberté.
C'est au milieu de tous ces obstacles cpie les gens de lettres de (.-e siècle accomplirent leui" lAche : leurs (euvres, imprégnées des passions du temps,