‹ Mélanges politiques et littérairesChapitre 17 sur 67 · L.\ nOURGEOISIE ET F.KS HOMMES DE LETTRES · texte numérisé non relu

L.\ nOURGEOISIE ET F.KS HOMMES DE LETTRES

Jamais révolulioii ne l'ul plus complèle, plus radicale, plus lerriblc, car jamais il n"y ou cul de plus lon<^uement préparée. Depuis Montaigne et la Rél'orme, lEurope était travaillée dun vague désir de liberté : depuis longtemps la révolution était faite dans les esprits, avant de passer dans les institutions. Le sol tremblait sous les pieds de la féodalité : Mirajjeau n'eut qu'à souftler sur elle pour la faire écrouler.

La Révolution française est l'événement culminant du xvni^ siècle. Sortie tout armée du cerveau des philosophes et des penseurs, elle n'eut qu'à se mettre en marche pour faire le tour du monde. Les droits qu'elle représente sont les droits de l'humanité ellemême : les vérités qu'elle proclame sont inscrites dans le cœur de tous les peuples, comme elles le seront un jour en tête de toutes les constitutions politiques. Elle illumine d'un reflet les temps modernes, et préside à la resplendissante inauguration d'un droit nouveau. Ce qui la dislingue des révolutions écoulées et constitue sa glorieuse immortalité, c'est le cachet éminemment humanitaire de ses tendances.

Lorsqu'il y a deux cents ans l'Angleterre accomplit sa grande révolution, d'où devait sortir son gouvernement constitutionnel, cette révolution, toute radicale qu'elle était pour le peuple anglais, émut à peine l'Europe et n'eut aucun contre-coup à l'étranger.

Elle fit, comme la notre, tomber la tête d'un roi; elle fit couler des fiots de sang sous le glaive populaire ; mais il n'y eut au delà des frontières aucun écho.

A peine, au contraire, la Révolution française eutelle fait rouler la tête de Louis XVI sur les degrés de léchafaud, que l'Europe entière se souleva et se

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rii.i coiilrc la l'^raiicc. On sait par (jncls jirodi^t's de valciii' la iialioii rt'sisla à Toi-iii^c, |>ar<|U('ls iinraclos de ])aliinlisiiu' les \ oloiilaii'cs <l(''iin('iiill(''s cl les i;(Miéraiix impi-ovisrs ln-isrrciil la coaliliiui <[iii IVai>|)ail aux [xmU's. Depuis lois, noire inllueuce morale a élé incuuleslée : à eliacuiie de nus secousses, le monde a tressailli ; à (diacunc de nos révolulions, un écho a ivpondu au delà du Pdiin cl de- Alpes, el toutes les léi;islalious de IKui-ope, par des transCormations successives, se sont inspirées de la notre.

{]c caclicl humanitaire se retrouve partout dans les u'u\rcs du xvui'" siècle. Chez les grands écrivains de celle époque il y a de Tapôtre.

l^'csque tous sont armés pour la lutte et se présentent au public dans latlilude des athlètes. Ou'eslce que Diderot ? c'est le lidlenr a(diarné et |;arrois cynique contre les abus, les scandales et les vices de son siècle. \'oltaire? l'ironie iuq)lacabie s'allat|uant aux superstitions séculaires et à lintolérance. Jean- Ja -ques Rousseau ? le logicien redoutable, sapant jusque dans leurs l'ondements les institutions vermoulues du moyen âge, et élevant sur les débris de l'aristocratie lédilice nouveau de la démocratie ('galitaire. Monles(juieu ? le philosophe pi'oloml el élo(iueid pi-oclanianl dcHernelles vérités à Tusagc de Ions les tem[)s el de tous les l)ays. Mirabeau? Torat(Mir puissant qui, armé de son élocjuence comme d'une massue irrésistible, foudroie les ennemis de la r(''\()lulion. Tous, semblables à Samson, secouent les colonne- du lcnij)lc, aliii d (''crasci- sous les df'bi'is le- Pliilisliiis iMipr(''\o\aids plong(''< dans le \in.le< (h'bauclies el lc>- orgies.

H sutlil, du reste, de picndre au hasard une page

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