LE CONCORDAT. - LA LOI MILITAIRE
r/élail sous le |)remi(M- ministère Brisson. L<' parti radical venait pour la première fois d'arriver au pouvoir. L'occasion était belle pour lui de mettre à exécution son programme, dont les deux premiers articles sont la séparation de l'Église et de l'État, et la réduction de la durée du service militaire.
Aussi, tous les journaux du parti menaieul la campagne depuis quelques jours. Le ministère était mis en demeure d'aj^ir, et (piiconque ne s'inclinait pas devant le mot d'oi-die (]c< lo^cs mac^'onniques (''l;iil <r;iv;ince exconiinunii'' cl mis à l'index des vrais républicains, (.'ela n"enq)cclia j)as le jour du vote la plupart <le ces dei'uiers de loui-ner le dos à leurs camarades. L'ai'ticle fut ie])<)uss('' à une grosse majorité. L'id(''c n'était |)as mûre : la crainte de l'électeur est pour les d(''put('s le commencemeni de la sagesse.
.iV'iai^ all('' p;i<sei' à celle (''|K)(jue quelques jours à (laulei-els. Kii (puttant Paris, je m'étais bien promis de ne plus m'occuper de polilicpie pendant mon absence.
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Le panorama des Psrénées est si grandiose ; la nature y a entassé des ricliesses avec tant d'a])ondance : la vue des vallées, des coteaux, des torrents, des lacs, des cimes se dressant sur leurs bases de granit, y otl're tant de tableaux pittoresques et variés, que pendant quelques jours on est heureux de s'isoler du reste du monde. Les hommes, avec leurs passions et leurs mesquines ambitions, paraissent si petits, qu'on les oublie volontiers pour reporter toutes ses pensées dans la contemplation des merveilles qu'on a sous les yeux.
Malheureusement l'homme propose et Dieu dispose. La politique que je voulais fuir vint me retrouver à Cauterets sous la forme de M. Freppel, évêque d'Angers, que j'avais pour voisin de table d'hôte. M. Freppel, dont la figure est restée populaire, était un causeur aimable et spirituel, parlant volontiers d'art, de littérature, de philosophie et même de science. Il avait fait plusieurs fois le voyage d'Italie, et il n'y a pas de peintre qui connût mieux: que lui les musées de Rome et de Florence. Il avait lu Dar\vin, qu'il connaissait presque aussi bien que la Bible, et les raisons qu'il me donnait pour combattre son système étaient tellement solides et irré« futables. qu'il n'y avait qu'à s'incliner.
L'évéque d'Angers, lout en pi'ofessaiil la |>lus pui-e orthodoxie, n'était point l'ennemi du pi'ogrès. Il reconnaissait que Dieu, en créani l'homme, l'avait fait indéfiniment perfectible. Il n'était point l'ennemi de la science, et il prétendait même (jue la science n'avait nulle raison de se trouver en désaccord avec la foi.
Mais c'est surlout sur les questions politiijues que
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mon voisin aiinail à discourir. Je nli^; la (picslion sur le ('oucordal, (|ui élail la grosse queslion à Tordi-c du jour, .le nélais pas lâché de conuaîlre à ce sujet ro|)iiU()ii duu des |)i"iucij)aux diguilaii'cs de Th^glise. L'évèipie s'y j)i'èla de la uieilleure grâce du uioude, et voici le dialogue (|ui ^"('daldil enhc nous :
— Pensez-vous, lui dis-je, (jue le Concordai, fjui a été jadis inslilué poui- fixer les rapports de rh]glise el de ri^lal, |)uisserlre aujourd'liui aholi ou nièiiie niodilié sans danger pour la paix religieuse?
— Modifié, c'est possible, me répondit révèipie ; mais al)oli, cerlainemcul non. A répo([ue où il lui établi, il répondait à un Ijcsoin dapaisemenl. L(^ principe d'autorité, sans lequel il n'y a pas de gouverncunent possible, a\ail c[r profondémeid ébranlé par la Révolution, et l'I'^glise avait subi le contrecoup de cet ébranlement. Le Concordai vint renouer des rapports qui étaieid brisés, el malgré beaucoup de clauses imparfaites, il a élé maintenu depuis lors sous tous les régimes qui se sont succédé en France. Quoiqu'il ne nous satisfasse qu'à demi, nous ne le dénoncerons pas les premiers ; il est passé dans nos mcKurs, et l'Kglise sV est habituée.
— Mais, si \'VA;\\ le dénonçait le pi'cmier, (juelle allilude prciidric/.-Nous vis-à-\ is de lui ?
— Cela d(''p('iid de ce ipTil n(tus j)r()poserail à la j)Iace.
— .le suppo-c (piil supprime purement el sim|)lemcid le budget des cilliez, cpic fe!'iez-V()US ?
— Il ne ixjuii'ail |)as suppiimei' le budget des cultes, sans nous reiidic en même lemps notre liberlé et noire imb'peiiilancc. .Nous l'cgaiMlerions cet acte comme une déclaration d(.' guei're, el nous nous dé-