I.E CONCORDAT. — LA I.Ul MlLlTAIIiL
fendrions parla plume, par la parole, par les réunions publiques et par les conférences, où nous enverrions nos meilleurs orateurs. Nous avons dans nos rangs une foule de tempéraments qui sont faits pour la lutte, cl qui ne reculeraient devant aucune de ses conséquences.
— Mais, pour organiser la lultc, il l'aul de l'argent, où le prend riez-vous?
— Le clergé est habitué à vivre de privations, cette considération ne l'arrêterait pas. Il est d'aillcnirs probable que tous les fidèles nous ouvriraient leur< bourses, sans compter les ennemis de la République et les mécontents de tous les partis, qui mettraient au service de notre propagande les moyens de publicité dont ils disposent.
— Croyez-vous que Topinion publique serait avec vous?
— Elle serait évidemment partagée, et nous savons que la lutte serait dure. Mais l'Église eu a vu bien d'autres. Ouand ses adversaires sont plus puissants qu'elle, elle donne son sang en holocauste, et nous avons alors pour aide l'ame de nos martyrs. Souvenez-vous que nous avons triomphé des proconsuls romains, qui étaient autrement puissants que les proconsuls d'aujourd'hui.
— Sans doute, mais les proconsuls romains faisaient la guerre aux croyances, tandis que les ministres d'aujourd'hui leur laissent toute leur liberté. La situation n'est pas la même : vous auriez beau criera la persécution, personne ne vous prendrait au sérieux. Votre lutte n'aurait pas l'air d'une guerre entreprise pour la défense <le la foi, mais pour celle de vos traitements.
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— (Vesl là ce (lui vous 1 rompe, s'est vcv'ié avec vivacilr r(''\r(|U(' (rAni>ers. L'opinion j>ublique ne prendi-a pa< If chaiii^-o. Elle sait très bien qu'en suppi'iiuanl le l)udi»eL des culles les députés répul)licains n'onl quun but, c'est d'ari'iver à la iernielure des églises, comme en obligeant nos séminaristes au service militaire on veut arriver, avant tout, à empocher le l'ecrutement du clergé. C'est la religion persécutée sous un masque hypocrite. Si la guerre est déclarée, nous n'aurons pas grand'peine à faire tomber cemasque, et alorstant pis pour les fourbes! Tenez ! a continué mon voisin avec animation, il y a deux ans, lorsqu'on a commencé la campagne conti'c les congrégations, nous avons cru que llieure était venue. Il y a eu à Toulouse, dans un étabhssement religieux que je ne nommerai pas, une réunion de vingt-sept prélats, présidée par un archevêque presque octogénaire. On a discuté sur la conduite (]ue l'Eglise aurait à tenir en cas de guerre ouverte. Savez-vous ce qu'on a décidé? Qu'on allait fermer toutes les églises; que le clergé en Fiance allait former une immense grève ; qu'on refuserait les sacrements à ceux qui les demanderaient, qu'il n'y aurait plus de baptêmes, ni mariages, ni extiémes-onctions, ni services de moi'ts ; (jue la République serait mise en inlei'dil p;ir lai'cligion. Nous aurions vu alors ce que c'c^l (|ii"i!n Etat polit i(iue sans culte religieux, et nu Elal «-ocial sans croyaiuM-s. (Iroyc/.-vous (|ue la Uépu- ])li(|ii<' eût i-ésisté lougl('iii|>- à une situation pareille ?
— La mesure eùl clé évidemment très grave. Mais (juelle raison vous a empêchés d'y donner suite?
— (Juelques ('vrqucs se sont ])réoccupés de la situation pénildc (]ui scinil l'aile à un certain nondjre
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d'ecclésiastiques vieux el iufirmes, et qui se Irouveraient ainsi dénués de toutes ressources. Cette raison a prévalu et la mesure a été ajournée. Mais soyez convaincu que le jour où l'Etat voudra se passer de l'Eglise, que le jour où les derniers liens du Concordat seront rompus, nous ne négligerons rien pour assurer la chute de la République. Quoi qu'on en dise, nous n'avons contre elle aucune haine systématique, nous respectons les lois et nous prêchons le respect pour elles quand elles ne blessent pas nos croyances. Comme évoques, nous ne gênons pas la liberté de nos prêtres, et nous leur laissons leur libre arbitre dans les opérations électorales. On ne peut rien nous demander de plus. Je ne crois pas d'ailleurs, pour mon compte, qu'une monarchie soit actuellement possible. Comme homme de paix, je déteste avant tout la guerre civile. Mais il y a une chose que je place par-dessus toutes les autres, c'est ma conscience de chrétien ; sur ce point, je serai intraitable. Tout le clergé, et je dirai plus, l'immense majorité de la société française pense comme nous. Vous pouvez proclamer cela bien haut dans vos revues, dans vos journaux, dans vos parlements. Nous aimons la paix, mais nous sommes prêts pour la guerre si on nous l'impose.
— La séparation de l'Eglise et de l'Etat est une doctrine du radicalisme intransigeant; je ne crois pas qu'elle ait chance d'être votées par le Parlement. Vous avez bien vu qu'elle a été repoussée il y a quelques jours, à une grande majorité, par la Chambre.
— Sans doute, mais le vote dont vous parlez n'a rien de rassurant. Dans les premières années de la République, ils étaient (quinze ; maintenant, il y en a
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cenl Ircnlc-deiix (pii se (l(''('lai"(Mil |)ai"lis;ms de celle mesure, .le ne \uc lais aucune illusion pour j)lus lard. Avec le scrulin de lisle, l'avenir esL aux violenls.
— Vous n'aimez donc j)as le scrulin de lisle?...
L'évèque d'Angers allait me répondre, mais en ce momenl le dîner venait de finit*, et un de ses amis \ inl lui ollVii' le bras pour faire un tour dv pi'omenade. Nous nous séparâmes, en nous [)romellant de reprendre noire conversalion, aussitôt que l'occasion nous permettrait de nous retrouver ensemble.
Cette occasion ne se retrouva pas. L'évèque d'Angers, appelé par des alTaires pressantes, repartit le lendemain pour sou <liocèse. Je sais bien que ses idées relativement à une grève générale du clergé peuvent être sujettes à caution ; je sais également que le projet de mettre la l'rance en interdit, en refusant aux fidèles les sacrements, peut aussi prêter à rire, parce qu'il rappelle trop certaines pratiques du moyen âge, mais on ne saurait contester que si une pareille mesure était appli({uée, elle ne fût de nature à produire une i)rofonde peiturbalion dans le pays. On ne rompt pas en un jour avec di^s habitudes et des usages séculaires. Dans les campagnes surtout, la l'eiinchire des églises et lai;rève du clersré causeraient un méconlenlement universel.
I.a menace de l'évèque d'Angers avait donc une portée, <lonl il laul tenir conq)le. Libre aux politiciens d'eslauiinet de s'en moquer I II n'en est pas moins évident ([u'une ru|)ture ouverte avec le clergé aui'ail les plus graves conséfjucuces. VA\c donnerait naissance à des difficullés siM'ieuses dont il ne serait pas facile de triompluM*.
Vivre en paix av(;c l'b^glise i)ar !<• maintien du