LE CONCORDAT. — I.A LOI MILITAIRE
Concordat, et respecter les idées religieuses de la grande majorité du pays, est une des premières conditions de la République, si elle veut durer.
A peine Févêque d'Angers était-il parti, que la place qu'il occupait auprès de moi à la table de l'hôtel fut prise par le général D..., qui venait d'être porté au cadre de la réserve.
Le général D... est un des plus anciens généraux de notre armée. Sorti de l'École polytechnique, il entra dans le génie à l'âge de vingt-deux ans, et, pendant quarante-cinq ans, il prit part à toutes nos guerres. 11 a longtemps guerroyé en Afrique, et il était déjà colonel lorsque éclata, en i854, la guerre de Crimée. Il prit une part brillante au siège de Sébastopol, et après Tassant de Malakotï il fut créé général de brigade. Il fut nommé général de division sur le champ de bataille de Solférino. Chacun de ses grades a été conquis à la suite d'une action d'éclat. C'est un des types les plus complets de ce brillant état-major de l'armée française, qui compte dans ses rangs tant d'hommes remarquables par leur bravoure et la loyauté de leur caractère.
Je profitai du hasard, qui le faisait mon voisin de table, pour lui demander ce qu'il pensait de la nouvelle loi militaire.
— L'armée française, m'a-t-il dit, est divisée en deux camps. Il y a la jeune armée, qui est partisan des idées nouvelles; il y a ensuite ce que j'appellerai le vieil esprit militaire, qui ne voit de salut que dans le rétablissement de l'ancien ordre de choses. J'appartiens à cette dernière catégorie. Pour apprendre l'exercice et pour s'habituer à la discipline, trois ans suffiraient à la rigueur ; mais, pour s'imprégner du véritable
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osj)rit inililairc, poiii' s "idonlifier avec colle <;rnndo inslil ulion, dans buiuclh' peuvent s"iiu'anior,à cerlains monienls, la lorlnin» cl la dcstincc i\i' la l'rance, cinq années sonl à peine sulfisanles. Le lorl des j^oliliciens, c'esl <le penser ([uc plus une armée esl nombreuse, ])lus clic csl rc(l(iulal>lc ; ils ne ci'oicnl ([u"à la puissance du nouil)re. l*our cela, ils singénient à jeler dans nos casernes une foide déjeunes g-ens délicats, niai hàlis, liahilués au bien-èlre, cl qui s"(''vauouissent aux premières fatigues. Une pareille illusion pourra nous couler clier.
— Vous croyez donc qu'au point de vue de la solidité de l'armée le remplacement valait mieux cpie le service obligatoire el égal pour tous?
— Tnconteslablemenl, une armée composée do soldats de vingt-cin([ à trente ans est cent fois supérieure, comme solidité, à une armée de jeunes gens à peine majeurs. Kn laissant de côté la (piestion d'égalilé, qui est purement sentimentale, il est incontestable que les fils de paysans ou d'ouvriers, élevés à la dure, sont bien plus aptes au service militaire que les fils elTéniinés de la bourgeoisie. \ chacun son rôle ! .le ne verrais' donc aucun obstacle à ce qu'un soldat, qui anive à la fin de son service, pût se rengager i)Our le c()uq)te (\'\\\] aulre. On aurait ainsi d'excellenls sous-officiers (pii, alléchés par la prime de réengagement, resleraient sous les drapeaux el feraient de l'état militaii'e une véritable carrière. Souvenez-vous que c'esl à l'époque où le remplacement exislail que h^s armées françaises ont élé réellement invincibles et (pi'elles sont entrées triomphalement dans toutes les capitales de l'Europe. Mais alors la loi militaire u'<''lail ]»as une ({ueslion électo-