LE CONCORDAT. LA LOT MILITAIRE
raie. Nous n'avions pas alors un tas d'avocats qui, sous l'habit civil, s'occupent d'une foule de questions qu'ils ne connaissent pas. Les choses de l'armée étaient dirigées par des gens compétents qui en faisaient leur métier, et la France y trouvait son compte.
— Vous regardez donc la loi militaire actuelle comme funeste pour l'avenir de notre pays ?
-- A tous les points de vue ; mais j'espère qu'elle ne sera jamais appliquée. Dieu veuille que la France ne paie pas cher un jour cette funeste soif d'égalité, qui est peut-être bonne en soi, mais qui, lorsqu'il s'agit des intérêts de l'armée, n'est qu'une déplorable rêverie d'utopistes sans expérience.
La République compte actuellement trente années crexistcnce. C'est la plus longue durée obtenue en France par un gouvernement pendant le cours de ce siècle. Elle est aujourd'hui passée dans les esprits et dans les mœurs. Les jeunes générations l'ont adoptée. Il faut donc désormais la considérer comme l'ondée, et s'arranger pour vivre avec elle.
Pendant cette longue période, la Répulilique a déjà subi pi usieursmél a morphoses.Réaclionnaire jusqu'en 1875, elle a pu Irionqoher de la Commune, et achever la libération (hi b iriloire en groupant autour d'elle tous les intérêts conservateurs du pays. Libérale avec le cenlre-gauche, elle a pu attirer successivemenl à elle la bourgeoisie récalcitrante ou inquiète, préparer d'impoi'laides réformes, consolider le crédit l)ublic, et ti-avaiiicr efficacement au relèvement de la France.
Cette situation a duré jusqu'en i885,mais,à partir de ce moment, un ('démoiil nouveau a fait son entrée sur la scène. Le radicalisme, (pii jus(iu'à ce moment
s'était tenu discrètement dans l'omljre, s'est tout à coup glissé dans le gouvernement et a demandé impérieusement sa place au soleil.
A la suite du radicalisme, on a vu surgir en môme temps l'agitation révolutionnaire et, avec elle, les complots, les grèves et les conflits. On a assisté tour à tour au wilsonnisme, qui a abouti à une crise gouvernementale : au boulangisme, qui, après avoir déchaîné l'anarchie, a failli amener le règne d'un dictateur ; au'socialisme, qui suscite aujourd'hui des insurrections partielles, afin de préparer plus sûrement à un moment donné le bouleversement final.
La République, après un long détour, semble donc être entrée dans la voie fatale, où ont déjà sombré ses deux devancières. Les sectaires qui président à ce mouvement ne cachent plus leurs desseins. Ils annoncent que la bourgeoisie a fait son temps, que l'heure est venue de constituer une société nouvelle, et ils proclament l'avènement prochain du quatrième Etat, qui aura pour mission de ne laisser rien subsister de ce qui fait actuellement la gloire et la fortune de la France.
Quel est donc ce quatrième Etat? Quelle est son origine? Quel est son programme ?
Lorsque'à la fin du siècle dernier la bourgeoisie française préluda au magnifique mouvement d'où devait sortir la France actuelle, elle y avait été aidée par les immortels travaux de ses économistes et de ses penseurs.
Les hommes qui éclairaient sa marche se nommaient alors Voltaire, Rousseau, Diderot, Montesquieu. Son programme était contenu dans cette superbe Déclaration des Droits de l'Homme, qui, sur les