‹ Mélanges politiques et littérairesChapitre 30 sur 67 · LE TASSE MOURANT · texte numérisé non relu

LE TASSE MOURANT

Et son flamlx'au divin sur le monde jeté

Est l'axe autour duquel tourne riiumanité...

Rien ne peut apaiser le feu qui me consume.

L'amour comme la gloire est rempli d'amertume.

En vain j'ai cond^attu... Mais que dis-je ? insensé !

C'est toujours par ce mot que mon cœur lut bercé...

Que de lois dans la nuit, ô belle Eléonore,

J'ai niurnuu'é ton nom sur ma lyre sonore!

Que de fois en silence aux échos des vallons,

Sur les bords de la mer, sur le sommet des monts,

Au zéphyr qui gémil, à l'onde qui murmure,

Aux étoiles, au ciel, à toute la nature,

Aux rayons de la nuit, à la clarté des jours.

J'ai tout bas dans mon cœur soupiré mes amours.

Ah ! si dans mes transports, sur mon pâle visage J'avais vu se pencher ta noble et blanche image ! Si, nageant dans l'extase, appuyé sur ton sein, J'avais senti ton cœur palpiter sous ma main, Et si, fier et jaloux dans mon bonheur étrange, J'avais vu ton regard comme un sourire d'ange Répondre à mes regards sur les tiens enchaînés. Oh ! alors... ni l'éclat des princes couronnés, Pourpre, hermine, blason, sceptre, ni diadème, N'eussent valu pour moi ce mot de toi : — Je t'aime ! J'aurais [)u près de toi, dans l'azur des beaux jours, M'endormir mollement sur l'aile des amours ; Le soleil sur mon front eût brillé sans nuages, Le ciel m'aurait ouvert ses verdoyantes plages.

146 Mi:i.\N<.i:s poi.rrioir.s i:t i.n ti-kaiuk

Et ma vircùl liiii, sans donlcur, sans ellVn-t, Son (l(''liranl |)ornie en un Ijcau rrvc d'or!!!

(' ]\[aispourquoi,tlansla tombe, au momcnl de descendre.

Irais-je du passé Touiller encor la cendre?

Ah 1 Irève à ma douleur ! Silence à mes soupirs!

Laissons loin, loin de moi d'importuns souvenirs !

Encore quelques jours et la mort que j'implore

Sous son souffle éteindra le feu qui me dévore.

La mort !... son morne aspect ne m'épouvaide pas:

Je souris à sa vue et je lui tends les bras...

Oue de fois mon esprit tourné vers les ténèbres

A sondé d'un coup d'œil ses régions funèbres !

Dans le tombeau muet de Féternelle nuit

Je trouverai du moins le repos qui me fuit.

Le cercueil est pour nous un privilège immense,

Car la haine sYdeint lorsque la mort commence... »

Le poète se tut : pour la dernière fois

Les cordes de son luth vibrèrent sous ses doigts.

Un sommeil bienfaisant vint fermer sa paupière...

Dans un vatru«' horizon fie gloire et de lumière.

Sous des soleils plus lieaux ses esprits IransjjOi'tés

Eurent des visions brillantes de clartés.

Et comme un son lointain dans les champs de l'espace,

La l)iMse imii'nitir.i Ir nom sacré du Tasse

Un jfniw i)arnii les chants et les hymnes de deuil. Un [MMipIc en gi'ande pompe escortait un cercueil.

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