LE POÈTE. — I/HOMME POLITIQUE
Lamartine est sans conlredil un dos([iiali'e ou cinq grands noms de ce siècle. Pendant licide nus, de 1820 à 1800, iî a été mêlé de la façon la i)lus étroile à la vie intellectuelle de la nation. Il a été la source féconde, où Tâme de la jeunesse s'est abreuvée. Par ses écrits, il a fait les délices de toute une p^énéralion ; par sa parole, il a remué tout un monde ditlées. Il a été un des plus grands agitateurs de la société de ses contemporains.
Quand on a joué un lole j)areil, ([uand on a laissé une trace aussi profonde dans le sillon d'un siècle, on ne saurait être oublié, et le bruit posthume qui s'est fait autour de sa grande mémoire n'est que la consécration légitime et définitive de sa gloire.
11 y a deux grandes (igurescn Lamartine : celle du poète el celle de l'homme politique.
Comme poêle, son succès fut retentissant et son action immense. Lorsque son premier volume de
poésies, les Méditations, parul, la France sortait de cette période d'agitations et de bouleversements qui, commencée par le coup de foudre de la Révolution française, s'était continuée par l'épopée retentissante de l'Empire et achevée dans les douleurs de la défaite et de l'invasion. Lamartine a fait lui-même dans une de ses préfaces une éloquente description de cette époque où la parole appartenait aux armées, et où toute une nation était courbée et [tremblante devant le despotisme d'un homme.
« C'était l'époque de l'Empire, dit-il ; c'était « l'heure de l'incarnation de la philosophie matéria- « liste du xviii*^ siècle dans le gouvernement et dans « les mœurs. Tous ces hommes géométriques qui, (( seuls, avaient alors la parole, et qui nous écrasaient « nous autres jeunes hommes sous l'insolente tyran- « nie de leur triomphe, croyaient avoir desséché « pour toujours en nous ce qu'ils étaient parvenus « en eftet à flétrir et à tuer en eux, toute la partie « morale, divine, mélodieuse de la pensée humaine. u Rien ne peut dépeindre à ceux qui ne l'ont pas « subie l'orgueilleuse stérilité de cette époque. « C'était le sourire satanique d'un génie infernal, « quand il est parvenu à dégrader une génération « tout entière, à déraciner tout enthousiasme natio- « nal, à tuer toute vertu dans le monde. Ces hommes « avaient le même sentiment de triom[)hante impuis- « sauce, quand ils disaient: — amour, religion, phi- (( losophie, enthousiasme, liberté, poésie, néant que « tout cela î Calcul et force, chilfre et sabre, tout « est là ! Nous ne croyons que ce qui se prouve ; « nous ne sentons que ce qui se touche. La poésie u est morte avec le spiritualisme dont elle est née. »
i:;i Mi:i.\N(;i:s poi.rnoii:s kt i.ittkhmhks
Au sortir de celle époque, il y avail dans les esprits un besoin profond de poésie et d'idéal. On comprend dès lors renthousiasme qui aeeiieillil ce volume^ des Mcdilations.
L'apparilion de ce livre répondail aux aspiralions les j)lus intimes de la société iVançaise. Tout le monde voulul le lire. Kn moins d'un mois, l'éditeur Nicole en tira plus de soixante mille exemplaires. Jamais depuis Racine la poésie navail revêtu une forme plus éclatante et plus harmonieuse. Les Médita lions Wivcul une révélation; elles furent aussi un signal.
A ce signal, une foule de talents inconnus sortirent de l'ombre. L'ame de la nation qu'on croyait morte se réveilla, et on assista pendant trente ans à la plus magnifique éclosion dintelligences, dont un peuple ait jamais donné l'exemple.
Lamartine, et c'est là son éternelle gloire, fut l'initiateur de ce magnifique réveil. Il a fait depuis des œuvres plus fortes que ces premières Méditations : il a répandu un peu partout et à profusion les flots de cette poésie, dont la nature avait mis en lui la source intarissable ; il a publié des pièces de vers, comme Dernier Regret, tes Rêvotidions, la Marseillaise de la Paix, y Ode contre la peine de niort^ qui se placent au nombre des morceaux les plus aidievés de la littérature franc^aise, mais aucun n'a eu le même retentissement. C'est parce (pie le premier livre était venu à son heure.
yuoi (pi il en soil, r.idioii de Lamartine connue poète fut énorme. ?Sniis lui devons les plus grandes el les plus douces ('motions de notre jeunesse. Cette action fut reconnue jiar Ions les écrivains de son
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temps, et \'ictor Hugo lui-même le salua conune un maître. On se souvient de cette ode superbe que l'auteur des Feuilles cVAiilomne lui adressa à son retour d'Orient, où il se compare à une barque, et où il compare Lamartine à un vaisseau :
C est alors qu'en lorage sond^re J'entrevis ton niàt gloi'ieux Que, bien avant le mien dans l'ombre, F'atiguait Tautan furieux...
Alors la tempête était haute :
Nous combattîmes côte à côte Tous deux, moi barque, toi vaisseau, Comme le frère auprès du frère, Comme le nid auprès de l'aire, Comme auprès du lit le berceau.
Il est de mode aujourd'hui de nier le génie poétique de Lamartine. Il y a toute une école de jeunes gens qui sourient d'un air dédaigneux en parlant du Lac et de Jocelyn. On lui reproche ses rimes; on l'accuse de manquer d'originalité; on le place au-dessous de Parny et des poètes élégiaques du xviii*^ siècle, dont il n'est, dit-on, qu'un pâle copiste. On comprend ce reproche de la part d'une école pour qui la poésie n'est qu'un arrangement de mots plus ou moins sonores, et qui ne voit dans une pièce de vers qu'un morceau d'orfèvrerie plus ou moins bien ciselé.
Mais la poésie est autre chose. Elle se distingue surtout par les grandes idées qu'elle évoque, par les brillantes images dont elle se pare, par les grands coups d'aile qui l'emportent au-dessus des régions vulgaires. La poésie, c'est l'incarnation de ce que l'homme a de plus intime dans le cœur et de plus
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divin dans la jx'nsc'o ; dans ci' i|ue la nalui-c visible a de plus ma<;nifique dans les images cl de plus mélodieux dans les sons. C'est à la fois scMilimcMil et sensation, el voilà pourquoi c'est la langue complète, la langue par excellence qui saisit l'homme dans tout<'s les manifestations de la vie. Ce n'est pas seulement un art plus ou moins savant comme le proclame la jeune école contemporaine, c'est surtout la source pure, le rayon vivifiant oii les vrais poètes vont puiser leur inspiration.
Et c'est là justement ce qui distingue les trois plus grands poètes français de ce siècle, Lamartine, Hugo, Musset. Dans leurs vers, on sent une ûme qui vit et qui palpite. L'enthousiasme, l'amour, la pitié, les saintes indignations trouvent chez eux une corde qui résonne comme une lyre vivante, et (pii se répercute au dehors comme un écho de leur propre passion.
C'est là la vraie poésie. A ce point de vue, Lamartine, plus qu'aucun autre, se rattache à la grande filiation des poètes de tous les temps. Il a tenu pendant un tiers de siècle, suspendue à sa \ oix, loule une génération qui Ta aimé, admiré, acclamé, et quand bien môme aujourd'hui la mode se serait un peu éloignée de lui, il n'en reste pas moins un des maîtres les plus glorieux et les plus incontestables de la poésie fram^-aise.
J'ai dit que Lamartine a\;iil (''l(' un des |)lus grands remueurs d'idées de son temps. Si cette (pialilication est vraie comme poète, à plus forte raison peut-elle lui ètie appliquée, comme homme politique.
De 1881 à i8^|8, pendant les dix-huil années qu'il occupa son siège de député sous la monarchie de
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Juillel, on voit en otïcl son nom inèlé à toutes les discussions importantes. Politi({ue intérieure, politique étrangère, (jueslions économiques, questions sociales, questions financières même, Lamartine aborde tous les sujets, et sa parole chaude et colorée produit chaque fois à la Chambre et dans le pays un effet immense.
Il appartenait à cette catégorie d'hommes politiques qui adorent la popularité. Peu leur importe le côté pratique des choses, peu leur importent les nécessités gouvernementales, ils vont toujours en avant grisés par les applaudissements des foules, accumulant les matières incendiaires et préparant les révolutions. Chacun de leurs discours est un coup de bélier lancé contre le vieil édifice. Ils sont les agents terribles et parfois inconscients des crises sociales, qu'ils déchaînent au nom du progrès et dont ils sont le plus souvent les premières victimes, car c'est presque toujours pour d'autres que pour eux, que mûrissent les fruits.
Quoique né d'une vieille famille aristocratique, quoique élevé dans le culte de la royauté, Lamartine était un de ces esprits hardis qui savent bien vite s'affranchir des traditions et des préjugés. Avec une rare intuition, il avait compris les aspirations de la société moderne. Il avait deviné les transformations qui se préparaient, et il n'avait pas hésité à soulever un coin du voile ({ui cachait les problèmes sociaux de l'avenir.
« L'homme, écrivait-il en i834, ne vit pas seulece ment d'idéal. Il faut que cet jdéal s'incarne et se « résume pour lui dans les institutions sociales. Il y « a des époques où ces institutions, qui représentent
lo8 Mi;i.AN(;i:s tolitioies i:t T.iTTi:n\inF.s
" la pons(«e <lo riiuiiianih', sont oi'^aiiisc'cs cl \it< vantes; la société alors marche loule seule. 11 y en «^ a (raulres où les inslitiilions usées ]iar les siècles «i loniljcnl en ruine de toutes pîU'ts, et où chacun doit t' apporter sa pierre et son ciment pour reconstituer « un abri à Ihumanité. Ma conviction est que nous M sommes arrivés à une de ces grandes époques de (. reconstruction et de rénovation sociale. 11 ne sati^it « pas seulement de savoir si le pouvoir passera de i. telles mains royales dans telles mains populaires, (. si ce sera la noblesse, le sacerdoce ou la bour- *> geoisie, qui prendront les rênes des gouvernements <« nouveaux, si nous nous appellerons empire ou u république. Il s'agit de plus. Il s'agit de décider si (I ridée de morale, de religion, de charité évangé- .« lique, sera substituée à l'idée d'égoïsme dans la «' politique, si tous les hommes consentiront enfin à u voir dans les autres hommes des frères ou conti- 0 nucront à y voir des ennemis et des esclaves. »
On voit par cet extrait que Lamartine, à une époque où on n'enparlaitguèreencore, dcA^inait l'importance que les questions sociales devaient prendre plus tard. Ace point de vue, il est réellement un précurseur. U demandait, lui aussi, l'abolition des armées permanentes, l'institution du suflrage universel, l'association du travail et du capital. Beaucoup de socialistes de nos jours ne vont même pas si loin que lui dans liMirs revendications. MM. Clemenceau et I^'llclan seront bien sui'pris de snxoir (jue lillustre poète partageait leurs idi'-es sni" la sé|)aralion <le rKglise et de rKlat. (|u il i-(''cl;iiii.iil «h'-ja de son tem|)s.
« La sépai-ation de ri']glise et de l'I'^tal, écrivail-il u en i83i, heureuse et incontestable nécessité d'une
époque où le pouvoir a|)parlient à tous et nou à quelques-uns! Incontestable, car, sous un gouvernement universel et libre, un culte ne peut être exclusif et privilégié ; heureuse, car la religion n'a de force et de vertu que dans la conscience. Elle n'est belle, elle n'est pure, elle n'est sainte qu'entre l'homme et son Dieu. Il ne faut rien entre la foi et le prêtre, entre le prêtre et le fidèle. Si l'État s'interpose entre l'homme et ce rayon divin qu'il ne doit chercher qu'au ciel, il l'obscurcit ou il l'altère. La religion devient alors pour l'homme quelque chose de palpable et de matériel, qu'on lui jette ou qu'on lui retire au caprice de toutes les tyrannies : elle participe de l'amour ou de la haine que le pouvoir humain inspire ; elle varie ou tombe avec lui. C'est le feu de l'autel alimenté avec les corruptions des cours et les immondices des places publiques; c'est le trafic dans le temple. Ce système fait des hypocrites quand l'Etat est chrétien, des incrédules quand il est sceptique, des athées ou des martyrs quand il est persécuteur. » En prenant cette altitude, Lamartine était certes convaincu, comme le sont la plupart des utopistes et des rêveurs. Mais il avait aussi un but. Ce but. il Ta poursuivi avec persévérance pendant les dix-huit années du règne de Louis-Philippe, et il l'a finalement atteint. C'était d'arriver au pouvoir sur les ruines de la monarchie.
Toute sa conduite, comme homme politique, fut toujours une énigme, et c'est là ce qui fit sa force. Lui seul savait où il allait.
Tantôt il soutenait les ministères, et il les sauvait même quelquefois comme il fit du ministère Mole ;
IfiO MKF.ANCKS IMH.ITIOl KS HT I.HTIIK AlItl.S
l.iiihM il les <-(mil»all;iil sans ([u'oii jtùl en coinj^rcndrc les rMis(>n<. Il scdisail consorN.ilciir. cl il xolail avoc les i-('V()lnli()nnair('s. Il Icui* pivlail iiK-'iiu' (luchiucrois l'appui iiTi'sislible (\c sa parole, se conicnlaiil, en apparonre, dos joies du Irioinplie (|iie lui causail le retenlissement de ses discours dans le pays. Il l'et'usait toutes les avances de la monarchie de Juillel. et quand on lui proposait un entretien avec le roi, il le repoussait dédaigneusement pour ne pas aliéner son indépendance et pour rester le défenseur immaculé des intérêts populaires.
Une pareille altitude ne tarda pas à porter ses fruits. Lamartime, déjà entouré de toute lauréole de la poésie, devint en quelques années lliomme le plus j)Opulaire de France. Tout ce ({u'il disait et tout ce (pTil faisait était immédiatement répété par toutes les trompettes de la Renommée. Son hôtel de la rue de l'Université ne désemplissait pas de visiteurs. Tout ce qu'il y avait d'illustre en France et en Europe tenait, en venant à Paris, à lui ètn^ présenté. Il avait, comme un roi, sa cour et son troupeau d'admirateurs. Toute la \ic ])()]ili(ji!c du pays send)la un instant s'être concentrée autour de lui.
Bientôt les événements se précipitci'cnl. Les tlots de r(''mciilc dcsccndiieni d(*s faubourgs et, comme une marée montante, envahirent peu à })eu les boulevards et les places publicjues. La plupart des chefs de l'opposition cnicnl peur alors et, devant l'inconnu qui s'ouvrait sous leurs j)as. voului'cnl reculer. 11 était trop tard !
Les amis de la dynastie curcnl encore un moment d'espoir. C'est lorsque la duchesse d'Orléans, en habits de veuve, tenant son fils par la main, vint à la
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Chambre se placer sous la proleclion des représentants du pays. Il se (il un i;rand silence. Les Thiers, les Dut'aure, les Odilon-BîUTot et Ledru-Rollin luimême, visiblement émus, penchaient pour une réconciliai ion avec la dynastie, mais du sommet de la Chambre une voix s'éleva pour la combattre. C'était celle de Lamartine.
Cette voix fut inflexible. Le lendemain la branche cadette de la dynastie des Bourbons quittait la France à la hâte; et allait rejoindre dans l'exil la branche aînée. La République était acceptée comme une ère nouvelle, et la France entière tombait aux pieds de Lamartine, qu'elle acclamait comme un libérateur et comme un dieu.
Ceux qui n'ont pas vécu à cette époque ne peuvent se faire une idée de l'enthousiasme et du délire qui accueillirent son avènement. Tout le monde crut (juele poète qui avait chanté en tant de strophes éloquentes la liberté et la fraternité humaine, qui s'était fait l'apôtre du progrès social et le revendicateur de toutes les grandes idées, allait enfin faire passer la théorie dans les faits. Hélas ! l'illusion dura i)eu. Quelques mois plus tard, les sanglantes journées de Juin devaient' faire tomber le bandeau, et ramener devant tous les yeux la décevante réalité.
Les élections d'avrili848 furent le dernier triomphe de Lamartine. 11 fut nommé parquinze départements et envoyé à l'Assemblée nationale par deux millions et demi de sutïrages. A partir de ce moment, son étoile ne fait que pâlir. L'invasion de la Chambre au i5 Mai est une de ses premières déceptions; l'émeute de Juin est la deuxième, et enfin le Deux Décembre, en ramenant ce régime de l'Empire, qu'il avait tant
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luaiidil dans sa jeunesse, acheva de ioudroyer co 'lilan, <|ui sc'dail ci'u de l'oiee à jouer avee les révoluli()ns,el qui disparaissail à son lour sous les déeouihres qu'il s'élail vainement llallé de conjurer.
En politique, Lamartine fut donc a\ant tout un poète. Ce fut un rêveur de génie qui devina les aspirations de la démocratie moderne, mais qui ne posséda jamais la connaissance des hommes.
Aussitôt ([u'il quitta le domaine de la poésie pour prendre en mains le gouvernement, aussitôt (ju'il fut mis en demeure d'appliquer ses théories retentissantes mais creuses de la fraternité universelle, il fut débordé et annihilé. Il fut le premier jeté dans le fossé qu'il avait creusé, et la liberté à laquelle il avait consacré sa vie fut la première victime de sa vanité, car elle paya par une éclipse de vingt années les illusions du grand orateur.
J'eus plus tard, en 1867, l'occasion d'entendre de la bouche de Lamartine lui-même ce qu'il pensait de la révolution de Février et ses conséquences. Il habitait alors rue de la Ville-rÉvèque un modeste appartement où il travaillait comme un bénédictin.
Ce n'était plus le |)oèLe éléganl de i8'-iO, ni le triomphateur de i8/|8. Il était vêtu d'une vieille robe de laine trouée aux coudes ; une calotte de velours noir toute délraîrliie couvrait son front ridé et laissait échap})er sui- < liacune de ses tempes une mèche de cheveux blancs, qui donnaient à sa physionomie un air de vieillesse au-dessus de son Age. Ouoiciu'on lut au j)iiidemps el (ju il rc'gnàl chez lui une tenq)éi'ature douce el tiède, il avait enveloppé son cou frileux d'un cache-nez de laine grise pour combattre des
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accès d'asthme, qui le reprenaienl chaque année au retour de la belle saison, et qu'il appelait poétiquement un rhumatisme de poitrine.
Mais, malgré la dépression que l'âge avait jetée sur ses traits, il avait toujours cet air de suprême distinction et cette attitude de grand seigneur, qui avaient autrefois séduit lady Stanhope au fond de l'Orient : il avait surtout conservé cette voix sonore et superbe, qui lui donnait jadis une si grande autorité dans les luttes oratoires, et qui le rendait pour ainsi dire irrésistible à la tribune.
Les infirmités étaient venues ; mais, débarrassé de ses rêves ambitieux, le grand homme désabusé avait recouvré toute la sérénité de son jugement. Le second Empire était alors dans tout Féclat de sa puissance.
— Le tort que jai eu, me dit Lamartine, c'est d'avoir proclamé le sutï'rage universel. Le peuple n'est pas encore assez éclairé pour avoir entre ses mains une arme aussi redoutable. Aussi, voyez ce qui arrive. Son premier soin a été de rétablir la dictature d'un homme et d'applaudir au coup d'Etat. Ce qu'il fallait, c'était la réforme électorale dans son sens le plus large, avec l'adjonction des capacités.
— ^lais après les journées de Février il était déjà trop tard pour s'arrêter en route.
— C'est une erreur, me répondit Lamartine, car il ne tenait qu'à moi que cette réforme fût ajournée. Louis Blanc et Albert étaient les seuls dans le gouvernement provisoire à le demander. Ledru- Rollin lui-même hésitait. C'est ma voix qui a tout décidé.
— Et maintenant, lui dis-je. comment jugez-vous la situation ? Ouaugurez-vous de l'avenir?
A ce moment, Lamartine se leva, fit quelques pas dans son cabinet de travail, et resta quelques minutes sans répondre.
— L'avenir, dit-il. après un moment d'hésitation, est très grave. Ce nest pas en vain quun peuple aliène son indépendance. Le second Em|>ire disparaîtra comme le premier. probal»lement dans une invasion, mais nous naurons pas. comme en i8i5. une monarchie légitime pour nous sauver. La royauté est morte chez nous : c'est fini, on ne la reverra plus. Je ne vois donc de possible que la République, mais une République aux prises avec toutes les difficultés politiques et tous les problèmes sociaux soulevés depuis un siècle. La France en sortira peut-être, mais à une condition : c'est que cette république soit bourgeoise, c'est-à-dire qu'elle soit gouvernée par la classe qui possède seule les aptitudes du gouvernement. Hors de là je ne vois que des ruines et des catastrophes, en comparaison desquelles celles de la première Révolution ne sont que jeux d'enfants.
Chez les anciens, les poètes étaient appelés \'aies. Personne mieux que Lamartine ne mérita cette qualification. Tout ce qu'il a écrit et signé de son nom est en avance sur ses contemporains. Personne plus que lui n'a vu clair dans les événements, pourvu qu'il n'y fût pas mêlé. Je suis donc frappé de l'opinion qu'il émet quand il dit que la République ne peut vivre en France qu'à la condition dètre l»ourgeoise. C'est en d'autres termes la vis de M. Thiers, disant (|ue la République serait conservatrice ou qu'elle ne serait pas. Jamais pourtant hommes poli-
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liqiics ne fiiront plus (lissoniI)lal)l('s, cl pour qu'ils ho soient reuconirés <'()ui[)lèleuKMil dans la ukmuc p<Misée, il faut (juil y ail là un fonds de véi'ih'' ([uil sciai! dangereux de méconnaître. Je la recoiuniaudc à lattention des hommes politiques de nos jours.
La scène que je vais raconter se passait vers la fin du xvi^ siècle dans une pauvre maison de Saintes.
Henri II régnait en France. C'était TépoqUe oïl Tesprit humain, dégagé des langes du moyen âge, s'élançait avec Montaigne vers des régions supérieures. Le souffle de Jean Huss et de Luther avait passé le Rhin : la Hberlé agrandissait le domaine de rintelligence. Malherbeet Rabelaiscréaient la langue française. Corneille allait bientôt naître.
On était alors au cfpur de Ihiver. Deux hommes travaillaient en silence dans un atelier de poterie : cet atelier attestait la plus profonde misère. Pour tout meuble, on n'y voyait (jue (pielques chaises dépareillées et quelques tables vermoulues. Tout le long des murs, en l'oniie d/'la^èic. on avait cloué quelques planches sur lescpielles étaient rangés avec soin un certain nombre de vases dargile de diflerentes formes.
De vieilles hardes toutes rapiécées étaient suspendues à un clou. On respirait dans ce taudis un air humide et malsain.
Des deux hommes qui étaient là, l'un paraissait avoir cinquante ans, l'autre était un jeune homme. Le premier était assis au milieu de Tatelier : le sommet de sa tête était chauve, ses traits étaient fatigués, et quelques mèches de cheveux grisonnants retombaient le long de ses tempes. De ses yeux à demi éteints par les veilles jaillissait parfois un de ces éclairs, qui dénotent Ihomme supérieur. Il tenait dans ses mains un vase auquel il donnait sa dernière forme.
Le second était debout près d un fourneau et s'efforçait de ranimer la flamme près de s'éteindre.
Le plus âgé rompit le premier le silence.
— Enfin, s'écria-t-il, après quinze années d'obstination je verrai peut-être le succès répondre à mes t'iî'orts ! Durant ces quinze années, que de sensations contraires sont venues bercer mes rêves ! Combien de riantes espérances et de terribles désillusions ont tour à tour agité mes esprits durant mes longues nuits d'insomnies ! Les sots et les envieux m'ont accablé de leurs sarcasmes : j'ai lutté contre la misère et le désespoir. Il n'a fallu rien moins que ma foi ardente dans l'avenir pour soutenir mon courage...
— Maître Bernard, interrompit le jeune homme, pensez-vous que le four soit l>ientôt assez chaud ?
168 MKI.ANGKS POLITIOIKS KT 1.11 TliHAinKS
— H r.'iiil (|ii"il soil iiicaii<l('sc('iil , r(''j)()n<lil le polici'.
Lo )(Min(> lioiniiic se rciuil à sounici' .mncc ni'dciir. Mail rc l'ciiiard se IcNa avec; Iranspuil.
— l'^iicorc (|U('l(|ii('s inslants, s"écria-l-il, cl j'aurai rôsoln mou pi'oljJi'inr. (le vernis bi'ilianl que l'on nomme l'émail ; cette couclu^ d'argcnl, blanclie (4 naci('e. dont je |)ou!-«;uis la découverle, va sorlir lri()ni|»liaide d'eidre mes mains... Oh I îijoula-l-il. en coulemplani sou vase avec amour, comue' ce li;nail esl beau! eomme ces contours sont graci<Mixl comme ces formes créées par moi sont pures <d liarmonieuses!... (^.ourai;'e, Palissyî... les hommes s'inclineront un jour d(nant loi...
— ('.e Tour est-il assez chaud ? demaudri de nouveau le jeune homme.
— Pas encore, répondit l'artiste.
— ('ommeni l'aire alors?
— Souine toujours, André.
— .le voudrais bien vous conleuler, maître lieruard, mais...
— Ouoi donc.'
— .le n'ai plus de hois pour eidretenir la llaunne. L aili^le deviid pâle.
— Hélas I murmuia-t-il ; j'aurais dû m'en douter... 11 doit encore en l'cstei" dans la ca\e. Descends et tu apportei'as ctdui (pie lu trouNt'ras.
— .J'y cijuis, dit André.
— Surtout hAte-loi !
— .le re\ ieiis à l'in^laid .
— Moi. je \aisachevei' ma besogne en alleudaul ton l'cldur.
Lr iniiie hounne sorlil. et l'artiste resta seul dans
ralelier. Lorsqu'il se vil seul, Bernard se laissa retomber avec accablement et pril son front <lans ses (i(Mix mains :
— Oh ! que la misère est une triste chose! soupiral-il avec amertume!... Qu'elle est triste surtout lors- ([ue la main s'appesantit sur la têle de l'inventeur et (h' l'artiste ! Depuis que je suis né, cette hôtesse fatale s'est acharnée contre moi. Elle n'a pas un seul inslani quitté mon foyer... Lorsque tant deseii»iieurs déj)ensent à })leines mains des sommes folles pour amuser leiu's loisirs ; lorsque tant de courtisanes éhonlées étalent au gi-and jour leur luxe, moi l'artiste, dont les pensées fécondes animent le cerveau, je me vois privé des choses les plus nécessaires. Ma pauvre Colette gémit et s'irrite contre moi : mes enfants en haillons pleurent silencieux à mes côtés, et la foule stupide, quand je sors dans la rue, me montre du doigt comme un fou... Comm.e un fou!...
En disant ces mots, le potier saisit le vase qu'il venait d'achever et le plaça dans le fourneau.
Au dehors, le temps était sombre. Quelques flocons de neige voltigeaient dans les airs. Les rues de Saintes étaient désertes, une couche épaisse de verglas couvrait le sol.
Tout à coup une porte s'ouvrit, et une femme entra dans l'atelier. Cette femme était jeune encore. Elle avait dû être belle, mais les privations et la soutlVance avaient altéré ses traits, et un cercle
170 Mi:i.A\fii:s poi,lTioUEf=^ et i.iTTKRVini:?;
l»l('u (Miloiii'ail s;> |)aii|)irro, comme si (lr< larmos ri'c(Mil('s s'en élnienl érliappées. C'élail la femme (le Palissy. En voyant l'ailisle immobile près de son IbuiMKviu. elle enira dans une violente colère.
— Ah ! ah 1 monsieur le jihilosophe. vous voilà !... s'(''rria-l-elle.
— ('olelte. cîdnie-toi, répondil l»eniai<l dune voix douce.
— Ouoi! loujouis penché sur les l'ouiMieanx, conlinua Colette... Tu poursuis toujours tes rêves absurdes ; tu brides tout notre bois pour chaulTer tes pots de terre ; lu dépenses nos derniers gros sous en objets frivoles, et tu ne songes pas, dans ton sot orgueil, que nous sommes sans pain...
— Hélas!
— Due notre bourse est vide...
— C'est dans lintérèt de l'art.
— L'art! toujours ce grand mot... Sais-tu, Bernard, que c'est un art bien stupide ({ue celui cpii conduit tout droit à la misèi'e?
— Laisse-moi Caire : nous serons l'iches un jour.
— Un jour !... 1mi attendant ce jour, la femme et les enfants meurent de faim.
— Prends patience, Colette! dit liernard chci'chant à la calmer.
— Prends patiiMicc !... c'est facile à dire. Ne voisin pa< que malgré le froid je n'ai pln< nn jupon ponr nie con\iir / \e vois-ln \\;\^ i\\\o les vêlements de notre |tanvrc Marie, ain^i (pie cenx de sa S(cnr tombent en lambeaux ?
Ine lai-me l)rilla sons la panpière de larlisle et glissa le long de sa jonc.
— Je ne le sais <[ue Irop. iiimiiuiia-l-il avec amerliiine... Pauvre Marie!
— De[)iiis plus de quinze ans, tu jelles la l'orlune et Ion repos dans ce goulîre qu'on nomme la chimie. Chaque jour notre pauvreté devient plus affreuse: nous n'avons plus de hnge, nous avons tout vendu pour satisfaire ta folie...
— Nous avons encore quelques meubles, murmura Bernard.
A ces mots, Colette regarda son mari avec stupéfaction. Elle crut tout de bon cette fois qu'il était fou. En sa qualité de femme de ménage, aux prises avec les nécessités tyranniques de Fexistence, elle n'était pas à même de comprendre les nobles inspirations du savant.
— Oui-da ! s"écria-t-elle avec emportement... ^'endre nos meubles, sauf à prendre la besace plus lard ! Bernard, tu n'es qu'un sot malgré toute ta science, et j'y vois plus loin que toi... Xe vois-tu pas <{ue tous nos voisins se gaussent de nous ? Je n'ose [>lus sortir de crainte dexciter la pitié et le mépris de tout notre quartier.
— Écoute, répondit Palissy avec fierté... La misère nest pas un crime, et pour ma part je ne crains pas de passer le front haut en tout lieu et la conscience tranquille. Jamais je ne me suis abaissé au mensonge ni à l'intrigue ; jamais personne ne m'a reproché la moindre bassesse. Avec cela je me moque de la foule ignorante, et je défie la sottise des uns et la haine des autres.
— Tu n'es (pi'un mauvais époux et un mauvais père.
— Oh: Colette 1
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— 11 r.iul (|ii(' loul ('('!a linisse... Laisse là les i'oui-ncaux <'l l<'s vases dar^ile... Ksl-ce (Mre hon époux et bon père ({ue de condainiier à Joules soi'les de j)ri. \alions sa l'eninie (H ses eidaiils?
— i'enime 1 répli(jiia l'arlisle d'une voix sévère, c'est la douleur qui t"éi»are. Je pardonne à lamei"lume de les paroles el je t'ordonne de sortir. J'ai besoin d'être seul pour achever mon œuvre.
De la colère, Colette passa aux larmes, et saisissant la main de Bernard :
— Vois, dit-elle d'une voix suppliante, mon teint prde et ma fi<j;ure desséchée!... Oh! ma soulTrance est cruelle !
— Et moi donc?... Vois ma tête blanchie a^ald l'âge ! Vois ma taille voûtée ! Vois mon front creusé par l'étude et l'insomnie î Après cela adresse-moi encore, si tu l'oses, ta plainte et tes injures...
— La faute est-elle à moi, si tu sacrifies ton repos à la poursuite de tes rêves incertains?... En somme, tes travaux, ta science et ton orgueil nous enverront mourir à rhôpital,
— Nous verrons ! s'écria Palissy en relevant la tète avec tierté... J'ai une foi ai'deide et un courage indomptable.
— Le courage! la foi!... 'j'oul <-ela est très beau en paroles, mais (pi'onl-ils produit jus(|u'ici ?
— Tu n'entends rien aux choses de la science !
— C'est j)()ssible, mais je connais l'état de notre bouj'se... Je sjus (pie, lorscjne rjirgent inaïupu' dans une maison, ce n'est ni l'ait ni les discours |)lus ou moins ('dotpienis (pii donnent le n(''cessaire... Je sais ([ue. l()i-s(|u"on n'a j)lus de bois, ce n'est pas avec de grands mots (pi'on fait l)ouillii' ^a mai'mite... Voilà ce
LE VASE EN i:.M.\lL 173
que jo sais !... Tu devrais Iraxaillci- iiii pcMi moins en artisie el (laxanlai^e en père de l'aniiile.
Poiirtonte réponse, rarlisle s'approcha deson fourneau et souilla avec force. Un rayon d'espoir el une crainte vague brillaient en même temps sur son visage pale et atlrislé,
— Pétille, ô l'eu sacré ! murmura-l-il d'une voix solennelle... C'est de toi désormais que dépend mon ivenir : c'est à ta flamme féconde que je confie auourd'hui ma fortune et ma gloire... Avant que la ournée soit finie, je saurai si je dois triompher ou
succomber dans la lutte...
— Boni murmura Colette, il ne m'écoute plus... Et elle se retira en poussant un profond soupir, et
en levant les yeux au ciel en signe de désespoir.
— Ce sont toujours là les mêmes reproches, s'écria Palissy d'une voix sombre. A l'entendre, ne dirait-on pas que je suis un homme sans énergie et un père sans cœur ? Ne dirait-on pas que je suis un insensé, sacrifiant tout à des rêves stériles... Que je souffre, ô mon Dieu !
Après un moment de silence, il ajouta :
— C'est vraiment un triste lot que le mien ! Non seulement la misère s'acharne contre moi, mais jusque dans ma famille je trouve des obstacles qui me paralysent et me découragent... Je sens que mes forces m'abandonnent... Qui donc aura pitié de moi?
En achevant ces mots, il se laissa glisser à genoux :
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sa Iric i'('l(»iiil»;i avec accaldciiicnl sur <a poil i-iiic, cl sou ciciir ()|>|)i"cssé éclata en sani;lols.
Pendant ce monologue, la fille de Tarlisle était entrée sans bruit dans latelier de son père.
C'était une belle jeune fille de quinze ans. Sa taille était grande pour son ûge : les boucles de sa blonde chevelure retombaient de chaque côté de son front, et faisaient ressortir la blancheur éblouissante de son teint. Elle était pauvrement vêtue, et son Aisage pâli portail Fempreinte des privations cl (\c la soufl'rance. On voyait qu'elle soulîVait, mais c'était moins pour elle-même que pour son père, pour lequel elle éprouvait autant dadmiralion que d'amour.
r'e})endaiil, maigre la maigreur de ses ("ormes, il y a\ail en clic un air de j)rol'onde distinction. De son H'il humide s"échapj)ail un rayon dintclligence cl de l)()id('. L'cnihuusiasme se lisait sur 'son Iront ciiai*maid, el on scnlail «pic de uoMcs cl poétiques inslin«ls l'aisaicnl ballrc le c<eur de cette belle enfaiil.
FJlc s'apju'ocha de son père sans être vue. Kllc le coulcui|ila un iiiouicul (l.nis uu<' mucllc cxiasc. l^uliii clic lui rra])j)a h'gcrcmciil sur l^'jtaulc. cl d'une \t>i\ douce cl (''inuc :
— Mon |)crc ! dil-cllc.
iîcrnai'd li-cssaillil : il leva la Icic. cl rcgai"da timidcnjcnl sa lillc.
— Toi aussi, n'est-ce pas? Marie, tu viens me l'aire (les reproches.
— Mon père, répéta la jeune fille, en lui tendant la joue, relevez-vousi... Je vous admire et je vous aime...
— Pauvre enfant ! murmura Palissy avec émotion, dans quel abandon tu passes ta jeunesse! Comme la misère a pâli tes traits !
— Mieux vaut la misère avec la gloire que la fortune avec l'obscurité, dit Marie.
L'artiste prit sa fille dans ses bras et la pressa sur son cœur.
— Tu me comprends du moins, toi, dit-il... Écoute ma fille.
— I^arlez ! mon père.
— Depuis de longues années je passe mesjours et mes nuits à la recherche de Fémail. Cet objet était très connu de l'antiquité. Les Perses étaient très experts dans l'art de fabriquer l'émail, et les Egyptiens avaient hérité de leur science. Chez les Chinois, il y a eu également des ouvriers très habiles, mais aucun peuple n'a poussé la perfection aussi loin que les Byzantins du vi*" siècle... Depuis celte époque, le secret de cet art a été perdu. Eh bien ! je suis sur le point de le retrouver. En condjinant dans de justes proportions l'étain, l'antimoine et la magnésie, j'ai obtenu des résultats magnifiques... Je tente aujourd'hui une dernière expérience, qui va décider de mon avenir. Si je puis réussir, notre fortune est faite...
— Vous réussirez !... quelque chose d'intime me le dit, s'écria la jeune fille avec transport.
— Alors nous serons riches, ma fille.
— Le bonheur d'être votre fille sera toujours pour moi la première des richesses, mon père.