‹ Mélanges politiques et littérairesChapitre 59 sur 67 · I.\ MAIN îNMSIBr.E · texte numérisé non relu

I.\ MAIN îNMSIBr.E

ADRiENNE, (jul s'csl (ipproclice (le Jacques

[A Thérèse.) Madame, nous étions déjà sœiiis par la soull'i'ance, soyons-le niainlennnl par l'oubli et le pai'don I... Sur le seuil rornHdal)le de la moii, tout ce ([ui rappelle les passions humaines paraît si mes- (|uin et si petit!!! [Tendant la main à Thérèse.) Au nom de celui que nous avons aime et qui s'est tué à cause de nous, donnons-nous le baiser de paix!... Voulez-vous?

tuérilSe, cViine voix affaiblie

Oui.

[Les deux femmes lomhenl dans les bras l'une de l'autre sur le cadavre de Jacques.)

DELVAL, san(jlotanl Ah ! ma pauvre fille !... ma pauvre enlanl ! [Rideau)

Le jour tombe : non loin des vieux clochers rustiques, Les cyprès sous le vent courbeni leurs l'jinieaux verts ; Sur les débris épars des monuments gothiques Loiseau fait retentir ses funèbres conceris.

Sur le front pâle des étoiles, Ainsi que dans un jour de tristesse et de deuil, La nuit, la nuit obscure étend partout ses voiles : Les vagues de la mer se brisent sur Técueil ; Les chants des nauloniers se perdent sur la grève, L'ouragan en fureur bouleverse les tlots; Et, comme un chant plaintif que la tempête enlève,

La voix lointaine des échos Km[)orle sans retour ces cris des niahdols.

L<)|-><|u"a\ i-il couroiuH'' d<' l'Ose Sous un soleil |)lii> doux r;iiiiène les l)eaux jours.

Près du nid priiilanior où le ramier se pose La blanche tourterelle exhale ses amours.

Le bocage écoute en silence :

La brise de la nuit émue à ces accents Sur Taubépine en tleurs mollement se balance, Et, pour ne pas troubler la plaintive romance. Va prodiguer ailleurs ses baisers caressants. Sur le pâle gazon émaillé de verdure Le clair ruisseau s'arrête et retient son murmure. Près de Ih le berger assis au fond des bois, . A mesure qu'au loin le jour s'éclipse et tombe, A la jeune Philis répète à demi-voix L'amoureuse chanson de la blanche colombe.

Combien j'aime la nuit et ses concerts sublimes! Quand les êtres vivants, après les bruits du joui', Du soleil qui se voile attendent le retour, Des coteaux embaumés j'aime à gravir les cimes. Je vois se dérouler d'éclatants horizons...

Dans les espaces suspendue, La reine de la nuit sur la crête des monts En gerbes de clartés l'ait jaillir ses rayons, Et des flots de lumière inondent Fétendue. Dans les rameaux touffus l'on entend les zéphyrs, Comme les sons plaintifs d'une harpe éolienne, Murmurer aux échos leur chanson aérienne Et sur Faite des vents exhaler leurs soupirs. Tandis que l'heure presse et que l'homme sommeille. L'insecte harmonieux chante et la teri'c veille.

274 Mi;r.\N(;i:s pomtioues et i rniinAiRES

Les lltMii'^ jcltciil ;iii\ci(Mi\ iciir |t;irriiiii otloi'.-iiil,

Ml la iialuiT recueillie.

Kii ehaiils (le voluptés e| de iiK'Iaiieolie, lu'souiie au seiu des iiiiils eouiuie uu leinple \ ivaul,

Oh! pour les luallieureux" ((ue le destiu eliàlie.

Rien ne vaut le soleil ni Tair de la patrie,

Ni les rhanii)s i)atoi'nels, ni les bosquets cliaruuinls,

l'li(''àlres lorhuK'sde nos amuseuieids.

Où lamoui' uialenn'l fécond en ses tendresses

Nous bercail autrefois et nous baignait d'ivresse.

Sur les lîords ('drangers rien n'est beau, rien n'est pur

Les fleurs sont sans parfum, le ciel est sans azur,

Le soleil est toujours caché sous les ténèbres.

Et tout se montre à nous sous des aspects funèbres.

Vois celle Idoude jeune lille !

Hier elle était enccu- su[)erl)e de beauté : Le bonheur se peignait dans son regard qui brille. L'amour ouvrait })Our (die un séjour en(dianté. Son C(eur, foyer bi'ùlaid de subliuies tendresses, Nageail dans un lorreiil (rinelTables ivresses... Aujoui'dliiii, (jnid (h'-(diii ! sou d'il roule d(>s pleul'^ La pâleur sur son li<»nl a iiimn»'- son enipreinh-; I-^lle soupiic en vain s(Ui esjx'rauce ('deiule

l'^l rii\ mue ai'drnl de ses doideurs.

Son infidèle amant, insousiblo à ses charmes, Ternissant sans i)itic Frclal de ses ljeau\' jours,

A lïii sans écouter ses larmes Pour pi'omener ailleurs ses volages amours... Du moins lorsque la fleur flétrie et délaissée Au penchant du coteau courbe son front vermeil, Pour rendre le parfum à sa tige épuisée,

Il suffit d'un p(Mi de rosée, Des baisers de la brise ou des feux du soleil. -Mais lorsque de Tamour le funeste délire D'une femme sensil)le a déchiré le cœur, Xi rayons du soleil ni souffle de zéphire Ne peuvent dans son sein ramener le bonheur.

Le ])onheur!... Mot stupide et renq)li de mystère Qu'invente la folie et le délire humain ! Fantôme éblouissant qu'on cherche sur la terre,

Et que Fesprit poursuit en vain !

Rêve des insensés qui brille dans la vie Comme un flot calme et doux qui recouvre l'écueil : But qu'on n'atteint jamais, défi dont l'ironie Comme un sarcasme amer écrase notre orgueil! Oh! mon regard aussi, dans les jours du jeune âge, Crut voir In'iller pour lin cette éclatante image ! Dans mes vagues transports j'ai cru l'atteindre un jour: Et comme un insensé que le délire enflamme.

Je l'ai poursuivi lour à tour,

Tantôt dans les yeux d'une femme.

Tantôt dans un l'ève d'amour...

276 MIILANHES POl.ITIOrE^ ET FITTI-R AIRES

Vains olTorls 1 ici-has lonjours inoii cfiMir avidr

En cliercliani le l)onlionr a rcnconlré le vide...

Tonjours j'ai vn s'onl'nii- ce l'antonic nioquear.

A la lin laliLTUi'', le <-(imii- rempli de donte.

Je suis lond)é brisé sur les bords do la route,

En m'écriant : — Mon Dieu! qu'est-ce donc le bonheur?

Ouoi ! barde, tu gémis... Des paroles amères S'échappent à longs flots de ton cœur ulcéré ! Évoquant sur ton luth de brûlantes colères, La haine et le mépris en ton âme ont vibré! Pour de vaines faveurs oubliant ton génie, Dédaignant les sommets où le ciel t'a placé, Tu jettes sur la terre un long regard d'envie, Tu convoites les biens du vulgaire insensé ! Laisse, laisse le monde avec ses biens frivoles, Se traînant dans la fange à i)as mal assurés. Étaler, à genoux aux pieds de ses idoles. Sa laideur orgueilleuse et ses haillons dorés !.,. Reviens, barde ! reviens vers la sphère sublinu\ Où, de même que l'aigle au vol audacieux. Ton fpil superbe et fier doit planer sur l'abîme !

Pioprends ton essor magnanime!

ril.iii, escalade les cieux !

Au |i(M'le i)uissant qu'insjjire le génie La lei'ic n'offre^ j)as assez de majesté : INmu' son esjtril ai'denl Dieu lil la poésie...

\'(»il;i son iinnioilaiih'- !!!

Or, la nuit était sombre, et les pâles étoiles Comme des feux lointains cachaient leur front d'argent ; Sous leurs rideaux épais ainsi que sous des voiles De gros nuages noirs couvraient le flrmamenl. Le tonnerre grondait et dévorait l'espace : Tous les vents déchaînés se disputaient entr'eux. Et le courroux de Dieu, laissant partout sa trace, Promenait sans repos ses triangles de feux. Comme dans nos cités un violent incendie Étend son noir foyer sous les froids aquilons. Ainsi le feu du ciel sur la terre engourdie Lançait au loin ses tourbillons...

Seul, errant et pensif, loin du regard des hommes. Dans les champs des tombeaux j'avais porté mes pas : Tout à coup devant moi j'aperçus des fantômes Accroupis sur le seuil des portes du trépas.

2T8 Mi:i.AN(;i:s poMTiori:s i:t i.iTTi.nMRKS

Les uns l('V;ii('iil du IVoiil I;i picirc de leurs l<Miil)es El scinlilaicul i-('S[)ir('r les brises de la nuit ; D'autres, pi-euanl l'essor dos légères colombes, (ilissaienl hors des cercueils el voltigeaient sans bi'uit. Dautres euliu vêtus du lin des jeunes iilles, Hlonds enfants (|ue la mort n'a pas laissé vieillir, S'en allaient moissonner les roses des charmilles Oue dans leui- c(tui-l i>assaL;-e ils n'avaient pu cueillii'.

Je savourais la paix de ces rivages sombres, Cherchant à deviner leurs secrets inconnus, Lorsque de toutes paris ces habitaiils des ombres Sur l'herbe autour de moi roulèrent confondus. Quelques-uns me jetaient le linceul de leur toudje ; Et les autres, cueillant les gazons éternels, En coui'onnaient mon front, ainsi qu'une hécatondx Que la main du destin [)are pour les autels.

— Mortel, me disaient-ils, desccMuls dans nos denu'Ui'cs 1 Quitte ces bords impurs taid de fois profan(''s! On n'entend pas chez nous le pas léger des heures, l'I lien ne \ient t r(ud)lei' nos rejtos forluui'S !... N'jeiis! les ii(»irs lioi-jzons de noh'e vaste enqiire Soid plus profoinls <pie ceux de rimmense ()c(''an,

Et dans nos froids cercueils, comme dans un navire, Chaque homme j)eul voguer sur h's llols du néant. Kcoutant à travers les fentes de nos pierres Les angoisses du cœur et du délire humain, Nous rions nuit et jour de vos pâles misères Et de vous, insensés ! qui dites : — A demain!

En ce moment du ciel des colonnes de flammes, Semblables aux piliers d'un palais éclatant, Promenèrent Téclat de leurs sanglantes lames Du levant au midi, du nord à Toccident. La foudre remplissait leur liane creux et sonore, Et le fléau céleste emportait dans son cours Les temples des faux dieux cj[ue l'univers adore, Les monuments d'airain, les dômes et les tours.

Je voulus fuir soudain, nuiis sur la froide pierre Ainsi qu'un arbre au sol mon pied était cloué : Je tombai prosterné le front dans la poussière, Je m'écriai: — Mon Dieu ! que ton nom soit loué!.., Puis je m'évanouis, et mes yeux se fermèrent... Près de moi, lentement, sans tumulte et sans l»ruil. Au souftle de la mort les fantômes rentrèrent Dans l'abîme sans fond de l'éternelle nuit.

L'SO .MKLANGKS l'OLiTIOUES ET IITTKHAIRES

Lorsque je urt'veilljii, la lune et les étoiles Ht''l);(ii(laient leurs elarlés sui- la lei'ie el les niei'S, Le ciel était serein, le jour était sans voiles Ll les oiseaux chantaient dans les bosquets déserts.

Vin

Au sein d'un bois touliii, uiélancolique et fière, Une femme, aux regards brillants de majesté, Telle qu'en t'ait le ciel et qu'en rêve la terre, Était en ce moment assise à mon c(Mé.

Sa main avec amour reposait dans la mienne, Sur mes yeux attentifs ses yeux étaient fixés : Elle laissait tomber de sa voix aérienne. Comme des perles d'or, des accents cadencés. Ses longs cheveux bouclés inondaient son épaule, Sa tète sur son sein retondrait mollement. Et sur son front divin brillait une auréole De jaspe, de saphirs, d'or et de diamant. Ses traits étaient empreints d'une grâce infinie : Ses accents étaient purs, son cœur plus pur encor Ses doigts faisaient éclore une douce hai'monie l)"iiiie harpe divoire avec se|»l cordes d'or.

Mil

— Vers des l)ords incoinius, viens, eidanl 1 me dit-elle, Toi, par les flots pervers du siècle ballotté !

Viens ! tu veri-as le Jour d<' l'aurore nouvelle Que le Seigneur prépare à votre Humanité. Barde prédestiné, tu diras la merveille Oui s'olfre à tes regards dépouillés du bandeau... Silence, terre et mer !... Hommes, prêtez l'oreille ! Qu'à tes accents la Foi sorte de son tombeau...

Et comme je doutais des paroles de l'ange,

Me prenant dans ses bras le fantôme ajouta :

— Non, tu n'es point tombé dans quelque songe étrange,

Que le réveil détruit, que la peur eni'anta...

Je ne suis pas, crois-moi ! l'ombre trompeuse et vaine

D'un fantôme égaré sur des bords incertains.

Ma patrie est le ciel : Sous une forme humaine,

Je suis l'ange auquel Dieu confia vos destins.

Es-tu prêt?... Profitons de l'ombre et du silence!

Quand demain le soleil brillera sur les flots.

Nous serons près des bords où l'infini commence,

Nous boirons à la source où l'amour est éclos !

H dit: et sur mon front posant sa main puissante. L'ange sur ma paupière amena le sommeil: J'aperçus dans la nuit son aile éblouissante Et me sentis monter vers un autre soleil !...

•282 MKI.AXiKS POLITlyUES KT I.ITTKRAIRES

Nous ('lions arrivt''s dans los champs de l'espace : J'entendis dans les airs, comme un souffle qui passe, Une voix (pii disait : — Les temi)s sont écoulés!!! Hommes, laites silence ! et vous. Seigneur, parlez... — Ouel est ce point obscur qui Hotte au sein de Tondirc Et i)araît ballotté i)ar les vents déchaînés? La tempête l'emporte et des clameurs sans nombre Semblent maudire au loin ces bords infortunés... L'esprit de Dieu me dit : — Que ta parole impie, Enlaiil, n'accuse pas les flancs qui t'ont porté ! Ce monde que tu vois, c'est la mère-patrie, C'est la terre sacrée où vit l'Humanité. Juscpi'ici l'égbïsme, et l'orgueil, et la haine. Tyrans surgis un jour de la nuit des tombeaux. Aux aveugles humains inq)osèrent leur chaîne Et du manteau roval saisirent les lambeaux...

— \V)ile obscur du passé! linceul impénétrable! Que sur le front des temps Dieu prit soin déplacer Mystère des vieux jours, piofond, insaisissable, Ou'auc-un i-egard iiuuiaiu iia jamais pu i)ercer,

Ouvre-toi!... laisse voir tes puissantes merveilles, Tes monuments épars, tes fastes solennels ! Depuis assez longtemps, ô passé, tu sommeilles... Ressuscite à ma voix tes débris éternels !

A ces mots, il se fit un grand bruit sur la terre. Le fleuve suspendit ses ondes et son cours, La montagne agita sa flottante crinière, Et Fairain tressaillit sur le sommet des tours... Les temples, les cités, les palais, les portiques, Les remparts crénelés, au front audacieux, Surgirent entourés de leurs splendeurs bibliques De leur couche de sable à la clarté des cieux... Ausonie ! Ausonie!... 0 vieille et sainte plage I Tu parus la première à mes yeux attentifs, Telle qu'au fils d'Anchise errant sur ton rivage Et portant sur tes bords ses lares fugitifs...

Sur les débris fumants d'un trône qui s'écroule, Rome, étendant au loin ses robustes rameaux. Aux peuples étonnés et subjugués en foule Court imposer ses mœurs, ses lois et ses drapeaux.

284 mi:i.an(;ks p<>iiriuri:s i:t i.itti:r.\ires

IVirtoiil s'('>l<Mi<l son nom, |>;iil(»ul l»i'ill<Mil ses ii^l«)ii'('s ; l/imivci's toul iMilior se miiplit tle ses dieux: L;i barbarie e\'i)ire aux cris de ses victoires, Les ;irls i»i-('mi(Mil au loiu leui' vol majestueux. Des coloinics (rjbM'culc au (iauge soblaire, Des bois de (ieruiaiiie aux sables de Mcnuiou, Les peuples n'ont })artout. pour vivre sur la Ici'rc. Ouiiii autel, ijuuii di'apeau, (juuuc idole et qu'un nom.

Mais il advint un jour où, maître de la terre,

Ce peuple, avilissant ses noms trionn^hateurs,

Adora le veau d'or (juadore le vuliraire

Kt s'assouvit du sang de ses gladiateurs...

Rome ne fut bientôt cpi^une arène sanglante

De peuples corrompus par un contact impur;

L'aiijrle un joui- susjxMidit sa cour vigilante,

Des beaux jours d'autrel'ois cherchant en vain l'azur

Les peuples qui s'étaient élevés avec elle

S'alïaissèrenI bientôt dans Tombrc »le la mort :

La mort des nations et leur honte éternelle.

C'est la coi-i'u])lion, c'est le luci-e, c'est l'or!!!

Avec Toi- amassi'- pai' lainie des conquêtes Rome vit s'éclipseï- ses antiques grandeurs

La cité retentit du tumulte des letes, Le cirque regorgea de curieux spectateurs. Les femmes sans rougir, ivres, échevelées, L'œil arrogant et fier, et les corps demi-nus, Mêlant à ce tableau leurs figures souillées, Allaient sacrifier sur Tautel de Vénus.

Au lit des empereurs la volupté farouche Introduisit l^ientôt ses ^joisons inhumains ; Messaline donna sur son impure couche Les mystères sacrés en spectacle aux Romains. Les temples, les palais, repaires impudiques, Se souillaient nuit et jour à la face du ciel Des plaisirs effrénés et des horreurs antiques Des prêtres de Baal, des hommes de Babel. Néron, Caligula se vautraient dans la fange: Leur front resplendissait d'orgueil et de dédain. Et le peuple, ravi de ce spectacle étrange. Demandait à grands cris et des jeux et du pain...

Sur le vieux Forum, où la voix toute-puissante Du plus grand des tribuns par la terre enfanté, D'un peuple soulevait la vague bouillonnante Au grand nom de patrie, au nom de Liberté; Au pied de ces remparts et de ce Gapitole, Où la gloire entassait tant de lauriers vainqueurs Où tant de rois domptés de l'un à l'autre pôle Escortaient les héros et les triomphateurs;

mi;i.a\<;ks poF.rnori.s kt i itti:r.\iri:s

l'ii cscliivc l'oiu.'iiii. ;'i r.'iir r.i l'oiiclic cl soniltrc, Hcroiil.iil (l.iiis son cdMii- r:iii;illiriii(' cl ralTroiit ; Son sinistre iTgard «'linc('i;iit <l;iiis roiiiln-c. Un rire de mépris se crravait sur son Iront . A SCS pieds il Irainait les dt'hris d'une cliainc : La fureur arrachait de son canu- uleérr Des sanglots de vengeance et dimplacaide haine Il regardait son bras sanglant et déchiré. Un glaive nu brillait dans sa main mutilée; Son geste haut et fier, la flamme de ses yeux, Ses mendjres convulsés, sa narine gonflée Sendjlaient jtraver la terre et mauflire les dieux!.

— Honte! s"écria-t-il, Rome, cité pei-fide !

\'ille où la volu})té se baigne dans l'orirueil...

Le soleil indigné sur ta tète homicide

Lance avec ses rayons Tanathème et le deuil...

Non ! p<Miple, tu n'es plus le maître de la terre!

L'opprobre anéantit tes fils dégénérés.

Et ton g(Miie en pleurs, dans sa tristesse amère,

Marche vers son Sf'pulcre à pas mal assurées...

lionle à loi !... Ibude à eeiix .pii lonl laite petite

jji l'avalant ta i'Ioire au iiiNcau du néaid !

Us ont rapelissi'. dans leur ray"e maudite,

A leur <''lroil cerNcau ton moule de g('*ant...

Honte à ceux qui prenant les enfants do tes l'emmes, Comme de vils ti'oui)eau\ les ont mis à leurs cliars, \i[ les ont entraînés, i)Our leurs jdaisirs infâmes, Aux égouts des Tar([uins, aux cirques des Césars! Puisse le ciel un jour que ces mêmes esclaves, Que ces mêmes vaincus que vous comblez d'affront, Se lèvent, grands et fiers, et brisent leurs entraves, Et sous leuis i)ie(ls de fer ("ourbent vos lâches fronts! Puisse le ciel un jour attendri par mes plaintes. Allumant dans tes flancs un volcan souterrain, Engloutir tes remparts et les triples enceintes Sous des torrents de feux, sous des laves d'airain !!!

En achevant ces mots, du fond de sa poitrine L'esclave fait sortir un long ricanement ; La ville des Césars trembla sur sa colline, Le sol romain rendit un sourd gémissement... Ce cri fut entendu des quatre coins du monde... Soulevant vers le ciel son front pâle et souffrant, L'infortuné, pour fuir sa misère i)rofonde. De son glaive vengeur se fra[)pe en frémissant...

Tout à COU}) du cadavre étendu sur la terre Surgissent tout armés des i)euples de héros; Ils agitent dans l'air leur armure guerrière Et sur le vieux Lj-éant roulent c<jmme des Ilots.

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