LE SONGE DE LYCISCA
Le soleil, déjà dans son déclin,
Inondait de ses feux la salle du festin,
Kt, répandant au loin ses vagues de lumière.
Aux bords de l'horizon achevait sa carrière.
J'étais seule... ma main devant l'acier brillant
Ajustait sur mon corps un nouvel ornement.
Tout à coup devant moi, dans ce moment suprême,
La porte du palais s'ébranle d'elle-même.
Et des spectres hideux que je ne connus pas
S'avancent lentement en se donnant le bras.
Ils portaient autour d'eux le linceul de leur tombe;
Des fleurs paraient leurs fronts ainsi qu'une hécatombe.
On eût dit qu'ils étaient accourus dans ces lieux,
Comme pour un festin des convives joyeux...
Et moi, pâle d'horreur, muette, épouvantée,
Je me sentis soudain au milieu d'eux jetée.
De leur bouche sortaient des accents inconnus.
Ils levèrent vers moi leurs bras glacés et nus,
302 MÉLANGES POI.ITIOUES ET LITTéRAIRES
Et, Tormant dans la salle une cliaîno fatale,
Ils dansaient et chantaient une ronde inlernale [plis
Dont les anneaux pressés m'étreignaient dans leurs
Et j'entendais craquer leurs ossements vieillis...
Je voulus luii", mais eux, dans le cercle terrible,
Me ramenaient soudain avec un rire horrible.
La nuit a mis un terme à ce supplice affreux :
Un nuage sanglant a passé sur mes yeux,
Et les spectres sur moi jetant un regard sombre
Par la porte entr'ouverte ont disparu dans l'ombre.
En partant ils montdit d'une lugubre voix :
— Adieu! nous nous verrons une dernière fois!...