MESSALINE DANS LES JARDINS DE LUCULLUS
Des. bosquets. Des gazons. Des massifs de /leurs. Des jels d'eau retombant dans des bassins de marbre. Au lever du rideau, Messaline paraît sur la scène, le front pâle et les vêtements en lambeaux.)
MESSALINE
Où suis-je ? Oii'ai-je fait ? Quel souvenir affrtnix Me trouble et m'épouvante en ce jour malheureux ?, . . Est-ce un rêve, grands dieux !... Je commandais na-
[guère :
Tout un peuple à genoux redoutait ma colère. Des esclaves nombreux attelés à mon char En triomphe traînaient la i'omme de César. .. Rome entière, soumise à mon pouvoir immense, Ne parlait qu'en tremblant de ma toute-puissance, Et du monde vaincu la vie et le destin Dépendaient d'un seul signe échappé de ma main...
301 Mi;i.\Nr;i:s l'oi.ninrF.s i:t i.iTTi;n.\ini:s
Anjoiii-dliiii. (|iirl (l(''cliii 1 (U'mIiuo. nb;iii(l(tnii»''(',
Jo traîne dans res lieux ma vie inroi-tunée ;
Deux esclaves (juiiier je pliais sous nia loi
MOnlrai.'-cnl en ce Jour cl rciu|»ni'l('nt sur moi.
Implacable comme eux Claude, Claude lui-mcme
Sur mon fVont avili lance son anathème...
() destin malluMireux ! sans pitié pour mon sort,
Par son oi'drc on me cherche, on demande ma mort :
Mes cris sont impuissants et ma })lainte stérile,
L'univers tout entier me refuse un asile.
Et, dans ces lieux (h'sei-ts tristes comme un cercueil,
Errante et sans espoir, je cache mon orgueil.
{Regardant avec effroi /es lieux où elle se Iroiive.) Lanuit tombe... J'ai fi'oid.. Je tremble... je frissonne... Quel silence eflVayant !.. .Je suis seule. . . Personne ! Je n'entends dans mon cœur cjue la voix du remord, Ou que l'oiseau de nuit qui me prédit mon sort. . . 0 ma mère!... toi qui, dans mes jours de fortune. M'adressas si souvent ta parole inqxu-tune, Et tes sages conseils que je n'écoutai i)as. Je t'en conjure, oh î viens me presser dans tes bras! Je soulTi'e ! viens vei's moi... ta jiarole sacrée Peut-être guérira mon àme d(''chirée. . . Mais je suis toujours seule, lu'las !. . . () mes enfants, Pardonnez-moi mon crime et mes égarements! Pour la i)remière fois dans les maux que j'enduie J'entends au fond du cteui- la voix de la nature. . .
(Se levant arec Iransjtort.) La voix de la naluj'e ! . . . Arrière ! . . . Loin d'ici Sentiments inconnus à mon creur endurci !
MESSALINE DANS LES JARDINS DE I.lC.rEErS SO.')
Instincts, penchants sacrés (juc l'univers honore. Je ne vous connais })his si je puis vivre encore. . . Fuyez!... malgré la honte et malgré le dédain, Je veux jusques au bout accomplir mon destin; Je veux, ivre d'orgueil, superlje d'ironie, Montrer à l'empereur mon infernal génie, Remettre sons mon joug les Romains confondus, Refouler au néant mes ennemis vaincus, Épouvanter le monde et, fauchant comme l'herbe De mes pâles rivaux le front haut et superbe. Replacer sur le trône où je dicte ma loi L'ardente volupté, larouche comme moi !
{Les, ombres de Silanus, de Jiisîiis, de Valère el dd
Poppée lui apparaissent.)
l'ombre DE SILANUS
Arrête !. .. Nous venons à l'heure des ténèbres Pour la dernière fois. . .
MESSALINE
C'est vous, ombreF funèbres !
One voulez-vous? parlez.
l'ombre DE SILANUS
Le sort a prononcé :
Ton heure est arrivée, et ton règne est passé. Tes instants sont comptés par la parque fatale, Et nous allons l'attendre à la rive infernale... Adieu ! . . .
30G Mi:i.AN(;i:s poi.itiouls et littkhairks
MESSALINE
Je sens mon coi'ps frissonner de terreur.
lOmhre de .ilstus .Me reconnais-lu ?
MESSALINE
Non.
l'ombre de justus
C'est moi que ta lureur Clioisit ]jour accomplir dans ton palais un crime, Dont je Irémis encor du fond de mon abîme. Je refusai... ton cœui' de veni*-eance altéré M'envoya du poison par tes mains préparé. .. T'en souviens-tu 1
MESSALINE
Pitié !
l'omhre ue justus
C'est ton heure suprême !
Sni- ton front criminel reçois mon anatlième. . . Je te maudis !,
MHSSALLNE
J'ai pcui... n fanl()mcs ! pourquoi N'ous acliarner ainsi sans cesse contre moi?