‹ Mélanges & portraits (volume 2)Chapitre 19 sur 56 · juillet · texte numérisé non relu

juillet

UN MORALISTE INÉDIT. 237

affaiblissant Rousseau célébrait alors le Dieu des bonnes gens sur l’air de la chanson de Réranger. « O dieu-là, disait-il plaisamment, n’a jamais suffi qu’à ceux qui ne pensent guère à lui. Il ne se révèle dans sa douceur et dans sa bonté qu’a ceux qui ont bu du vin de Champagne.... Ceux qui voudraient vivre en intimité avec lui, lui trouveraient d’énormes défauts : égoïste, distrait pouHes grandes affaires; si vous le cherchez dans l’ombre, il n’y est pas, son ouvrage disparaît de l’esprit quand ses œuvres se cachent.... Mais tous ses petits défauts s’oublient quand on le chante sur un air animé, par un soir d’été et tandis que les images de la vie passent et repassent devant vous dans un beau jardin, s’il ne fait pas humide, si l’on n’a pas mal ù la tête et aux dents *. »

Tout cela n’empêche pas ce curieux passionné d’être aux aguets de tout livre qui paraît, de toute idée nouvelle, de tout talent qui s’annonce. Il est un des premiers à lire la Métaphysiqne de M. Vacherot : « L’auteur a le ton d’un parfait honnête homme, mais je voudrais qu'il me donnât une bonne définition de la piété envers ce Dieu qui n’est rien s’il n’est pas tout.... Tout cela est bien étrange, mais il n’y a pas de mal que nous nous accoutumions à sortir un peu en métaphysique des petits sentiers sablés et garnis de buis qui sont les sentiers du bon sens et qui ressemblent aux allées d’un jardin de curé1 2. » Il ne déteste pas l’aventure ni le roman en métaphysique, précisément parce qu’il ne croit guère, au fond, qu’aux solutions d’un bon sens un peu étroit, un peu limité, mais bien français, et que dans le reste il ne voit qu’un jeu frivole ou sublime, une création ou une fantaisie de l’esprit. Il a été, dans le public lettré, un de ceux qui ont

Page 1