‹ Mélanges & portraits (volume 2)Chapitre 25 sur 56 · Élude , p. xiv · texte numérisé non relu

Élude , p. xiv

LA MALADIE DE L'IDÉAL

En mémo temps il s’exhortait, dans son cabinet d’études, qui était comme un sanctuaire, à une sorte de stoïcisme à la façon de Zenon ou de Spinoza : « Si la mort te laisse du temps, tan! mieux. Si elle t’emporte, tant mieux encore. Si elle te tue à demi, tant mieux toujours, elle te ferme la carrière du succès pour t’ouvrir celle de l’héroïsme, de la résignation el de la grandeur morale. Toute vie a sa grandeur, et comme il t’est impossible de sortir de Dieu, le mieux est d’y élire sciemment domicile1 »

Évidemment sa vie intellectuelle est alors sous l’empire magique de l’idéalisme de Schelling, qu’il a dû entendre et pratiquer à Berlin, dans la seconde manière de cette philosophie attirante et vague où le maître illustre tenta de christianiser son panthéisme. C’est de cette empreinte que l’esprit d’Amiel parait avoir reçu et gardé la trace la plus profonde. N’est-ce pas encore le disciple de Schelling qui écrivait à la même date des pensées dans le genre de celle-ci? « Juger notre époque au point de vue de l’astronomie, c’est un affranchissement pour la pensée. Quand la durée d’une vie d’homme ou d’un peuple nous apparaît aussi microscopique que celle d’un moucheron, et inversement la vie d’un éphémère aussi infinie que celle d’un corps céleste avec toute sa poussière de nations, nous nous sentons bien petits et bien grands, et nous pouvons dominer de toute la hau teur des sphères notre petite existence et les petits tourbillons qui agitent notre petite Europe. » Des hauteurs de l’empyrée où trônait alors son esprit au centre des idées pures, dans l’idéal éther où toute vie remonte, d’où toute vie descend, qu’était-ce, en effet, que le jeu puéril et violent des rois et des peuples? Qu'était-ce que la lutte

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