‹ Mélanges & portraits (volume 2)Chapitre 29 sur 56 · Journal intime , p · texte numérisé non relu

Journal intime , p

LA MALADIE DE L’IDÉAL

ritablement saisi de pitié en pensant à ce qu’il dut souffrir dans une position qui, sans qu’il y eût de sa faute, était fausse et Je resta longtemps1. »

A cette situation bizarre, où éclatait à ses yeux l'hostilité secrète du soit, il ne trouva de remède ni de consolation dans les succès médiocres et contestés de son professorat. La subtilité raffinée de son esprit n’y convenait guère. Ne se sentant pas à l’aise et comme en libre communication avec l’âme de la jeunesse, il se desséchait en programmes et en catalogues, croyant avoir donné un enseignement suffisant, quand il n’avait fourni que des classifications d’idées. Pour bien enseigner, pour faire produire des fruits réels à la parole, il faut se jeter tout entier, sans réserve, dans le sujet que l’on traite, le vivifier, l’alimenter du dedans, en en sollicitant toutes les sources intérieures pour les répandre au dehors. Amie! 11e se livrait pas dans son enseignement, il faisait le tour des questions, il les examinait par l'extérieur. 11 restait sec, froid et stérile. On imagine pourtant quel succès il aurait pu avoir, comme il aurait ému, soulevé son jeune auditoire, s’il avait pu un jour, un seul, se débarrasser de ce lourd formalisme qui été l’appui de sa timidité et montrer en une heure, avec les richesses amassées à travers ses lectures et ses fines expériences, son âme tout entière, son âme non scolaire, mais vivante, dans sa liberté et dans son abandon.

Mais non. Avec une sorte d’obstination farouche et pudique, il se dérobait plutôt qu’il ne se montrait et dans sa chaire, à l’Académie de Genève, et dans les rares et difficiles écrits qui portaient son nom au public sans le répandre. Ses amis étaient tout surpris de n’y pas retrouver cette abondance, cette riche diversité, cette liberté

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