‹ Mélanges & portraits (volume 2)Chapitre 30 sur 56 · Elude , p. xvii · texte numérisé non relu

Elude , p. xvii

d’idées qui animaient ses entretiens intimes. Ils fne lui ménagaient ni les reproches, ni les exhortations sans le décider à quitter le rivage, dont les sinuosités le retenaient, et à se lancer dans la haute mer. Quelques travaux en prose, quelques recueils de vers paraissaient de temps en temps, le trompant lui-même sur les langueurs de son activité. Des écrits comme YHistoire de l'Académie de Genève , l’étude sur le Mouvement littéraire dans la Suisse romande , la conférence sur Jean- Jacques Rousseau , des notices dans la Galerie suisse sur Mme de Staël et le peintre Hornung, enfin des poésies laborieusement ciselées : les Grains de mil , il Penseroso, la Part du rêve , les Étrangères , Jour à jour , tel 'est le bilan complet de sa production extérieure. Ses amis ne cherchaient pas à lui faire illusion sur la médiocrité de l’effet produit. Leur silence trahissait un certain embarras et devait quelquefois le froisser. Il y avait là, en effet, une singulière disproportion entre l’homme et l’œuvre : « Reculant par timidité devant les conceptions hautes et fortes, Amiel se réfugie dans un thème borné, morceau d’occasion, sentence ou quatrain, ou bien il prend son sujet tout fait, traduit des poèmes étrangers et il trompe sa conscience d’artiste en s’adonnant à des raffinements de forme. Il met son effort à vaincre des difficultés de mèlre et de rime, il se livre à des prodiges de patience et de virtuosité, il cisèle le métal comme un Florentin, fouille l’ivoire, comme un Hindou ou un Chinois, et tout cela pour échapper aux exigences de l’art véritable, du grand art, qu’il connaît, qu’il sent, qu’il aime, mais qu’il n’ose aborder parce qu’il le voit infini et sacré1. »

Il se désespérait parfois de cette espèce de fatalité interne qui le condamnait à fuir les grands travaux, les

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