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ment bien sévère. Il serait regrettable que ce journal n’eût pas été écrit, au moins dans quelques-unes de ses parties. Il nous manquerait l’histoire d’une âme qui est celle de beaucoup d’autres. On la chercherait en vain dans le petit nombre de livres qu’Amie! a publiés, où il se montre laborieusement subtil, raffiné avec effort, byzantin même. La littérature régulière n’aurait pas gagné grand’chose à une plus abondante production dans ce genre d’œuvres où les sujets lui auraient été imposés du dehors. Ici, il n’a pas d’autre sujet que lui-même, et c’est, au fond, le seul auquel il s’intéresse, auquel il puisse nous intéresser. Il nous révèle une manière de sentir la vie, à la fois très personnelle et pleine d’enseignements sur l’état de conscience de quelques-uns de nos contemporains, touchés de la même contagion secrète d’un idéal presque maladif, hantés parla chimère, révoltés contre le réel. Mais il a bien deviné à quel prix cette histoire pourrait prendre de l’intérêt pour les autres; il faut qu’on la dégage de ses matériaux, qu’on la simplifie, qu’on la distille. « Ces milliers de pages ne sont que le monceau des feuilles et des écorces de l’arbre dont il s’agirait d’extraire l’essence. Une forêt de cinchonas ne vaut qu’une barrique de quinine. Toute une roseraie de Smyrne se condense dans un flacon de parfum. » C’est ce que nous avons essayé de faire pour Amiel, comme nous l’avons tenté autrefois pourDoudan1, avec lequel notre Genevois a plus d’une analogie et dont la correspondance était un véritable journal intime, avec plus de variété et de vie extérieure. D’ Amiel on pourrait dire ce qu’il dit de Doudan : c’est un délicat qui s’est dérobé au public par un trop vif amour de la perfection, et à qui il n’a guère manqué que « la dose de matière ,