‹ Mélanges & portraits (volume 2)Chapitre 40 sur 56 · Voyez la Revue du 15 juillet 1876. x · texte numérisé non relu

Voyez la Revue du 15 juillet 1876. x

LES DERNIÈRES ANNÉES D’EN RÊVEUR

de brutalité et d’ambition nécessaires pour prendre sa place au soleil. »

La comparaison entre ces deux délicats ne s’étendrait pas au style. La langue de Doudan est puisée aux meilleures sources : latine et gauloise à la fois. Celle d’Amiel est expressive, pittoresque, ingénieuse, créée; elle n'est pas toujours nette, elle n’est pas très pure. Elle est hésitante; elle a, comme il ledit, ses tics et .ses routines. Son défaut principal, c’est le tâtonnement ; il a recours à des locutions multiples qui sont autant de retouches et d’approximations successives. 11 se gourmande à ce sujet : « 11 conviendrait, dit-il, en s’apostrophant lui-même, de t’exercer au mot unique, c’est-à-dire au trait à main levée, sans repentir. Mais, pour cela, il faudrait te guérir de l’hésitation. Tu vois trop de manières de dire; un esprit plus décidé tombe directement sur la note juste. Pour arriver à la touche décisive, il faut ne pas douter, et tu doutes toujours. L'expression unique est une intrépidité qui implique la confiance en soi et la clairvoyance. » Il s’excuse sur le genre du journal, qui, étant une rêverie, bat les buissons à l’aventure. C’est aussi une causerie du moi avec le moi, c’est un éclaircissement graduel de la pensée : de là les synonymies, les retours, les reprises, les ondulations. L’auteur tourne et retourne en tout sens son idée afin de la mieux connaître, d'en prendre conscience. Il pense plume en main, il se débrouille et se dévide. Chaque genre a sa forme de style correspondante : le journal observe, tâtonne, analyse, contemple; l’article veut faire réfléchir, le livre doit démontrer1.

On aurait d’autres reproches, et plus sérieux, à faire à l’écrivain. Son style abonde en abstractions germaniques. 11 parlera sans sourciller, au milieu de pages char-

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