‹ Mélanges & portraits (volume 2)Chapitre 41 sur 56 · Pages 230-232, etc · texte numérisé non relu

Pages 230-232, etc

mantes, et sans souffrir du contraste, de sa faculté de métamorphose ascendante ou descendante à travers les règnes de la nature, de son extrême facilité de déplication et de ré implication, à' objectivation impersonnelle ; il s’apparaît à lui-même comme déterminabilité et formalité pures. Cela est allemand ; mais combien on pourrait citer aussi de ces mots émigrés depuis deux siècles, qui ont perdu leur "Saveur et qui n’ont plus que leur étrangeté, ou bien encore des néologismes maladroils, des inventions malheureuses, comme celles-ci, la suite soubresautée des événements , la crucifixion , un élixir roboratif! De pareilles choses sont cruelles à entendre. Trop souvent aussi l’esprit s’alambique et s’obscurcit. On est tout surpris (sans doute notre auteur a sommeillé à la façon d’Homère) de rencontrer des phrases qui ne sont pas sorties du brouillard et du rêve : « La langue française ne peut rien exprimer de naissant, de germant ; elle ne peint que les effets, le caput mortuum , mais non la cause.... Elle ne fait voir les commencements et la formation de rien. La cristallisation n’est pas, chez elle, l’acte mystérieux par lequel une substance passe de l’état fluide à l’état solide, elle est le produit de cet acte1. » J’imagine Doudan lisant cela. Quelle torture d’esprit et quelle grimace! — En revanche, et tout à côté, combien de détails ingénieux d’observation morale, de bonnes fortunes psychologiques! quelle variété de tours et quelle nouveauté d’expressions pour peindre l’invisible, pour saisir l’impalpable, étreindre ce qui fuit, fixer ce qui disparaît! Je ne doute pas que, si Amiel avait passé les premières années de sa jeunesse à Paris, au lieu de Berlin, tout ce limon germanique ne fût tombé au fond du vase ; le filtre de l’esprit français aurait opéré; le style se se-

Page 1