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précaution ou de l’artifice, une femme ne dit jamais toute sa pensée, et ce qu’elle en sait n’est encore qu’une partie de ce qui est. La complète franchise semble lui être impossible et la complète connaissance d'elle-même paraît lui être interdite. Si elle est sphinx, c’est qu’elle est en même temps énigme; elle n’a nul besoin d’être perfide, car elle est le mystère1.... » C’est sans doute pour cette même raison que la femme ne veut pas, quand on l’aime, qu’on dissipe brutalement l’ombre où elle se plaît et qu’on jette trop de clartés dans son propre mystère. « La femme veut être aimée sans raison, sans pourquoi; non parce qu’elle est jolie ou bonne, ou bien élevée, ou gracieuse, ou spirituelle, mais parce qu’elle est. Toute analyse lui paraît un amoindrissement et une subordination de sa personnalité à quelque chose qui la domine ou la mesure. Elle s’y refuse donc, et son instinct est juste. Dès qu’on peut dire un parce que , on n’est plus sous le prestige, on apprécie, on pèse, on est libre au moins en principe. Or l’amour doit rester une fascination, un ensorcellement, pour que l’empire de la femme subsiste. Mystère disparu, puissance évanouie2! » On dirait le commentaire du mot célèbre de Pascal sur les exigences du moi qui veut être aimé en dehors de toutes ses qualités et comme dans l’abstraction pure. Ce mot appliqué au moi féminin prend, sous la plume d’Amiel, une justesse pratique et un relief inattendu. Il voit là d’ailleurs un raffinement d’égoïsme qui lui déplaît; c’est moins un amour véritable que la joie orgueilleuse d’un triomphe. A de pareils artifices, toujours puérils, il oppose l’amour profond dont les signes sont à ses yeux une lumière et un calme, une sorte de révélation qui méprise ces victoires inférieures de la vanité.
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