I. Expression tles émotions, Traduction française, p
!2. La Peur, traduction française, p. 141.
LA PËUH.
— Un trait encore, parmi plusieurs autres, pour montrer combien la loi de la sélection est insuffisante à expliquer les signes les plus. expressifs de la peur: par exemple, l'état de l'homme qui est incapable de se mouvoir, de parler, de penser, quand il est sous le coup d’une trop grande frayeur. Beaucoup d’animaux sont dans le même cas. Darwin s’imagine expliquer ce fait extraordinaire en disant que lorsqu’un animal est effrayé, il s’arrête un instant pour recueillir ses sens et reconnaître l’urgence du péril, afin de décider s’il doit s’échapper ou se défendre. Singulière explication que celle d’une ruse volontaire ! Il y a en effet des insectes qui font les morts quand on les prend, quand on les pique avec une épingle, quand on les expose au-dessus d’une flamme. Il serait incompréhensible qu’ils se laissassent brûler vifs avant de cesser cette ruse meurtrière pour eux-mêmes. La cause de leur immobilité n’est donc pas là ; elle est dans ce que le naturaliste allemand Dreyer appelle la cataplexic , la perte du sentiment 1, effet et signe d’une frayeur extrême. La loi de Darwin subit ainsi à chaque instant, dans les détails de la physiologie, de graves restrictions, quand ce ne sont pas de flagrants démentis. Il est vrai que pour la corriger et la rendre plus vraisemblable, Darwin, dans Y Expression des émotions , son ouvrage le plus vulnérable à ce point de vue, y ajoute deux lois, l’ime contraire, la loi d'antithèse, l'autre très différente, la loi de l’excitation spontanée du système nerveux en dehors de toute utilité ; ces deux lois lui permettent de se mouvoir à l’aise, même dans la contradiction.
M. Mosso fait remarquer que si l'interprétation que
1. Mémoire de Preycr sur la Calaplexie (de n l-fanu, frapper, blesser, étonner)' — Voir Mosso, traduction française, p. 153.
donne Spencer dans son fameux chapitre sur le Langage des émotions, et que Darwin développe dans son livre, était vraie, on en tirerait nécessairement cette conséquence que les animaux, sous l’action de la concurrence vitale, auraient dû se défaire peu à peu, dans la longue suite des générations, de ce qui pourrait leur être préjudiciable ou funeste. Mais cette loi ne se vérifie pas, au contraire. Plus le danger est sérieux, comme il arrive dans les fortes émotions, plus les phénomènes nuisibles se multiplient et s’aggravent, jusqu’à ce qu’ils finissent par prévaloir. Dans l’ordre physique, le tremblement et la cataplexie mettent l’animal hors d’état de fuir et de se défendre. Dans l'ordre intellectuel, nous avons pu nous convaincre que les situations les plus graves troublent notre jugement et nous empêchent d’ordinaire d’y voir clair. Et voici la conclusion très grave qui sera celle de tout l’ouvrage sur ce point de doctrine : « En présence de ces faits, nous devons admettre que les phénomènes de la peur ne peuvent s’expliquer (on pourrait ajouter pour la plupart) par la doctrine de la sélection. A leur plus haut degré d’intensité, ce sont des phénomènes maladifs qui prouvent une imperfection de l’organisme 4. »
Résumons quelques-uns des faits les plus significatifs signalés par M. Mosso ; ramassons-les sous le regard du lecteur, comme le fait l’auteur lui-même, sans esprit de système, sans parti pris, évitant le péril d‘un résumé trop spécial, trop technique, nous attachant surtout, dans ce savant exposé, à ce qui nous sera nécessaire pour la