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Mosso, traduction française, pj

LA. PEUR

seconde partie de cette étude, la partie psychologique. Nous tâcherons plus tard d’en tracer l’esquisse, telle qu’elle se dessinait dans notre pensée, à mesure que nous lisions ce livre avec un intérêt vif qui ne nous ôtait pas cependant le sentiment des lacunes et des insuffisances.

Voici quelques lois finement observées : une douleur ou une peur quelconque, qui nous surprennent vivement, produisent un trouble profond dans notre organisme, tandis que si elles se produisent d'une manière lente et continue, les effets en seront bien moins graves. Au début d’une sensation, la réaction est toujours plus vive. Ce fait est vrai de tous les phénomènes du système nerveux. Même de petites émotions, quand elles sont subites, produisent dans l’organisme des troubles profonds, tandis qu’au contraire des événements graves, quand nous y sommes préparés, ont des effets proportionnellement bien moindres.

Parmi nos mouvements, le nombre de ceux qui sont automatiques est plus grand qu’on ne pense. Pline, parlant de la peur qui nous fait fermer les yeux lorsqu’on fait un geste de menace, raconte que, sur vingt gladiateurs, on en trouvait à peine deux qui ne baissaient pas les paupières quand on les menaçait à l’improviste. Il est surprenant qu’une cause si faible produise des mouvements si vifs que nous sommes impuissants à maîtriser. Même si un carreau de vitre est interposé entre nous et la main qui nous menace, malgré la raison et la volonté, la plupart des personnes ne peuvent s’empêcher de fermer les yeux. On dirait qu’il y a en nous deux natures : une animale, non raisonnable, qui commande ; l’autre, humaine et intelligente, qui succombe. Tout ce qu’il y a de plus caractéristique dans les phénomènes de la peur, les palpitations, l’oppression, la pâleur, le cri, la fuite, le tremblement, sont des mouvements réflexes. Le nombre

de ces mouvements irrésistibles augmente à mesure que la physiologie fait des progrès l.

Rien de plus curieux que les effets de la peur sur la circulation du sang dans le cerveau. Grâce à des blessures à la tète, exceptionnellement propices à l’observation, comme celle du nommé Bertino, qui avait au beau milieu du front une ouverture faite exprès pour que l’on puisse regarder à l’intérieur du crâne, grâce aussi à d’ingénieux appareils qui enregistraient d eux-mêmes les effets des émotions diverses d’après les mouvements du sang dans les vaisseaux cérébraux, notre auteur a découvert que, sous l’émotion de la peur, le pouls cérébral devenait six ou sept fois plus fort qu’auparavant, le cerveau se gonflait et palpitait avec une telle violence que les dessins graphiques présentaient une lecture surprenante. Encore ne s’agissait-il là que de peurs artificielles ou très légères, des admonestations ou des reproches faits au patienl dans l’intention de l’expérience 2.

La pâleur, effet caractéristique de la peur, résulte de la contraction des vaisseaux ; la vie est d’autant plus active, la circulation du sang étant plus rapide. U se passe alors dans notre appareil circulatoire ce que nous voyons dans le cours d'un fleuve où le courant devient plus rapide sur les points où le lit est plus resserré. Quand nous sommes menacés du péril et que l’organisme doit rassembler ses forces, cette contraction des vaisseaux sanguins se produit automatiquement et cette contraction rend plus actif le mouvement du sang vers les centres nerveux. Une certaine quantité de sang fuit des mains el des pieds à la plus légère émotion. Le proverbe main froide, cœur chaud , est l'expression populaire de ce fait.

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