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Mosso, traduction française, p

LA PEUR

de laquelle apparaissent, pendant plusieurs secondes, des mouvements désordonnés, avec l’épouvante dans les yeux. Même alors, la bouche s’ouvre encore haletante par intervalles. Les inspirations, qui s’accomplissaient d’abord en dilatant les narines et en ouvrant largement la bouche, deviennent rapidement moins visibles et moins fréquentes jusqu’à ce qu’elles cessent complètement. La vie partielle, qui avait subsisté un instant, disparaît. Sans pousser aussi loin l’expérience, on peut dire que les modifications de la respiration peuvent constituer un instrument de mesure très précis pour la sensibilité et les émotions. Une grande frayeur peut arrêter net le mécanisme au milieu d’une profonde inspiration, et cela est nuisible. C’est surtout chez les enfants que ces désordres sont le plus visibles et peuvent être le plus funestes : à la suite d’une émotion violente, c’est un cri aigu, des pleurs bruyants ; d’autres fois une suspension complète de la respiration, des arrêts spasmodiques, des syncopes, l’asphyxie même. Ainsi il arrive que ces phénomènes de la peur qui, dans une certaine mesure, peuvent avoir quelque utilité, deviennent fatals dès qu’ils dépassent une certaine mesure. L’utilité est vague, le péril est certain. L’utilité, la raison plausible de ces modifications de l’appareil respiratoire, c’est, que les inspirations profondes qui se produisent dans la peur servent à rendre plus artériel et plus vital le sang qui passe par les poumons. L’organisme se met ainsi en défense. Mais le point juste où l'utilité peut exister est vite dépassé. Notre machine est si fragile qu’il y a plus de chance pour qu’une impression violente la dérange. Si une légère poussée peut activer notre marche, une poussée trop forte peut nous jeter par terre. Et, sur ce point encore on peut dire que la peur doit être considérée comme une maladie.

Y vt-il une explication à cet autre phénomène très

significatif de la peur, le tremblement ? Nous avons déjà eu l’occasion de dire que Darwin n’a pu en rendre compte et qu’il l’a laissé au rang des phénomènes obscurs. Le célèbre naturaliste italien Mantegazza n’a pas voulu en avoir le démenti, et dans son travail sur La physionomie et V expression des sentiments , il écrit : « Darwin avoue qu’il ne voit aucune utilité au tremblement causé par la peur, mais d’après mes études expérimentales sur la douleur, je le trouve utile au plus haut degré, parce qu’il tend à produire de la chaleur en réchauffant le sang, qui, par l’effet de la peur, tendrait à se refroidir. » M. Mosso n’est pas de cet avis. Il y oppose des laits de nature à embarrasser Mantegazza : Dans le cœur de l’été, lorsque la température est à 57 degrés, au plus fort de la chaleur, nous voyons un cheval, un chien ou un homme trembler de peur ; il est permis de croire que ce n’est pas pour se réchauffer, d’autant que le singe, l’éléphant et bien d’autres animaux, qui ont toujours vécu sous l’équateur, tremblent également quand ils sont effrayés, malgré la chaleur des tropiques. De même, dans le fou rire, dans l’ivresse, la joie, la volupté ou la colère, là où il n’y a pas évidemment nécessité de réchauffer le sang, on tremble, la voix s’altère, les jambes flageolent. Kt d’ailleurs le tremblement de la peur ne produit que des effets nuisibles, parfois désastreux. Le phoque tremble au point qu’il se laisse atteindre et tuer misérablement. Quelle étrange idée nous aurions d'un animal qui, pour se réchauffer, ne fuit pas devant le péril et tremble jusqu’à ce qu’on le tue, tandis qu’en fuyant il pourrait se réchauffer, beaucoup mieux et surtout se sauver ! Pour échapper à ces contradictions, M. Pichet assimile le tremblement à la paralysie. Le défaut d’incitation nerveuse, dit-il, qui amène l’affaiblissement et l’impuissance musculaires se caractérise par le tremblement comme par

l'immobilité, do sorte que dire que la peur fait trembler, c’est à peu près comme si l’on disait que la peur paralyse1. Il n’y a plus là aucune espèce d’utilité. C’ost une explication du même genre qu’avait proposée notre auteur : l’excitation excessive des centres nerveux, l’affaiblissement, la fatigue, troublent l’harmonie dans l’ensemble des mouvements nécessaires à la contraction musculaire. Dans la colère, la peur et tous les troubles de l’àme, quand la passion nous emporte, des ondes nerveuses courent et s’entre-croisent dans toutes les parties du système nerveux, déterminant une vive agitation musculaire. Ces oscillations continuelles et variables donnent \ naissance au tremblement, que la volonté est impuissante à maîtriser2. — Cela est très possible, très vraisemblable même. Mais voici une singulière hypothèse accolée sans nécessité à cette explication : « L’attitude qui consiste à se mettre à genoux comme signe d’adoration ou d’amour de ceux qui implorent le pardon ou la pitié ne serait-elle pas due à ce fait physiologique que les émotions font tomber par terre3. » — Nous avons rapproché ces diverses opinions émises à propos d’un seul phénomène par des physiologistes très distingués, pour montrer à quel point la science qui s’appelle positive est peu positive encore, même dans cet ordre de phénomènes élémentaires, et quelle place elle laisse aux imaginations qui cherchent la raison d’un fait.

La partie maîtresse du livre est celle où l’auteur étudie les expressions de la face. Il y a là une variété piquante d’aperçus, où se mêlent à la fois une psychologie très fine et une physiologie très déliée. Si vous abordez un ami, si vous lui dites ces simples mots: « Je dois te faire part

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