‹ Mélanges & portraitsChapitre 27 sur 69 · Mosso, traduction française, p · texte numérisé non relu

Mosso, traduction française, p

d’une mauvaise nouvelle », vous verrez immédiatement se produire un changement dans son visage, son regard, ses gestes. A peine pouvons-nous analyser les modifications imperceptibles qui s’opèrent ; mais nous notons tout de suite le mouvement «des yeux, la dilatation de la pupille, la coloration des joues, le plissement des lèvres, la dilatation des narines, la difficulté de respirer, l’attitude de la tête. Que de choses dans l’espace si raccourci d’une figure humaine !

Voici une belle page où l’esthéticien de la nature et l’anatomiste se fondent harmonieusement : « L’air du visage est insaisissable, ses beautés sont couvertes d’un voile si délicat et si léger qu’on n’y saurait toucher sans le déchirer et sans en détruire le charme. Aussi j’hésite à porter le bistouri sur la tête d’un cadavre pour en détacher la peau et en disséquer les chairs. Quand les muscles de la face sont détachés du crâne, il ne me reste dans les mains qu’un masque semblable à un entonnoir de chair. La face humaine à l’envers est affreuse à voir ; on n’y reconnaît plus rien ; on ne se fait pas à l’idée que cet entrecroisement de fibres, cet entrelacement de muscles' représente la partie la plus belle et la plus expressive du corps humain, que ce soit là ce visage si varié dans ses jeux de physionomie et dans ses expressions, si digne dans ses manifestations de bienveillance et de douceur. Quelle désillusion profonde et quel triste spectacle que de voir en plein jour la charpente et les rayons éteints d’un feu d’artifice, ou, après le spectacle, les souillures et les loques de la décoration d’une féerie ! On ne saurait croire que sur cette chair filandreuse s’est réfléchi notre moi, que sur ce mince feuillet musculaire se trouve imprimée en quelque sorte l’histoire de la vie, que ses dispositions diverses ont inspiré la sympathie ou l’indifférence ou l’aversion, que sur lui sont écrits les secrets impénétra-

LA PEU H

blés qui déterminent entre les hommes des attractions ou des répulsions semblables à celles qui ont lieu entre les atomes1 », avec cette différence toutefois que ces affinités ont conscience d’elles-mèmes et se traduisent en amours, que ces répugnances se connaissent et se traduisent en haines. Mais comme tout cela est vrai, d’une vérité saisissante ! C’est bien l’envers de ce décor si mobile et si varié delà figure humaine, c’est bien là

Du spectacle d’hier l’affiche déchirée 1

Tachons au moins d’interpréter le spectacle d’après les affiches du jour, celles qui ne sont pas encore déchiréesel qu i ne le sero n t que dem a i n . Spencer étudian t cette q uestion dans ses Principes cle psychologie, a pour la première fois émis cette idée qu’une des raisons pour lesquelles les muscles de la face se meuvent très facilement, c’est leur petitesse. « Supposons, dit-il, qu’une onde faible d’excitation nerveuse se propage uniformément dans le système nerveux, la part de cette onde qui se déchargera sur les muscles signalera davantage son effet là où la somme d’inertie à vaincre sera le moins considérable... Or, comme les muscles de la face sont relativement petits et sont fixés à des parties plus faciles à mouvoir, il s’ensuit que c’est sur la face que doit se manifester la plus grande somme de sentiments. » Cette loi n’est pas suffisante. M. Mosso nous fait remarquer que nous avons des muscles extrêmement petits et déliés dans l’oreille et ailleurs et qui pourtant ne prennent aucune part à l’expression, quoique la résistance à vaincre soit très faible. Il faut accorder une grande part à l’usage fréquent de certains muscles et à la différence d’excitabilité de leurs nerfs. Les muscles les plus sensibles à l’excitation des centres nerveux sont

Page 1