Mosso, traduction française, p
ceux que nous motions le plus souvent en mouvement, par exemple dans les fonctions de la digestion, de la respiration, de la parole et dans l’usage des organes des sens. La partie mécanique des expressions est donc, au fond, plus simple qu'on ne le croirait. Lorsque les centres nerveux sont mis en éveil par un travail psychique, le courant se diffuse immédiatement par les voies de moindre résistance et d’un plus fréquent usage. Plus l'excitabilité est vive, plus est facile, gracieux, expressif et charmant le pli de la lèvre qui produit le sourire. Au contraire, il y a des explosions plus fortes dans les cas où la résistance est plus grande. Les paysans et les personnes peu sensibles ne sourient pas; chez elles, l'excitation croit jusqu’à ce qu’elle éclate en un rire bruyant 4.
Une attention particulière est donnée, dans les expressions de la face, aux mouvements de l’iris, qui d’ailleurs avaient été déjà, il y a onze ans, le sujet d’un savant mémoire lu par l’auteur devant l’Académie de médecine de Turin. Le point de vue qui domine dans ce chapitre est que nombre de rouages indispensables dans notre machine agissent non seulement automatiquement, sans aucune intervention de la volonté et de la science, mais souvent même sans avoir besoin du cerveau et de la moelle. Il leur suffit des petits mouvements réflexes des cellules nerveuses, qui se trouvent dans les organes sous la forme de ganglions microscopiques. L'iris, par exemple, est comme un rideau circulaire qui se ferme lorsque la lumière est vive ets’ouvredans l’obscurité, réglant ainsi automatiquement la quantité de lumière nécessaire àTœil pour voir sans être blessé. Mais cet admirable fonctionnement de l'œil cesse sous le coup d’une vive émotion et spécialement de la peur. Alors les vaisseaux se contrac-
1 Mosso, traduction française, p. 119.
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lent, la |Mi|*ill(* se dilate, l<is images sonl moins nettes. Un ne peut plus lire une lettre à la distance ordinaire, quand on a peur du contenu; on est obligé de la rapprocher sensiblement. Pour expliquer ces phénomènes, l’auteur lait intervenir autant que possible l’étude des fonctions mêmes de l’organisme et spécialement la loi d’hiérarchie qui règle les parties de notre machine. Il fait remarquer que toutes les fonctions de cette machine ne sont, pas également importantes ; d’autres le sont davantage, et, par exemple, on observera, dans l’économie de la vie, la prépondérance des vaisseaux sanguins. C’est par là que peut s’expliquer le fait de la contract ion des vaisseaux de l’iris pendant les émotions. La pupille se dilate à certains moments jusqu’au maximum, et le fond de l’œil devient anémique, bien que cette contraction des vaisseaux de la rétine soit nuisible à la vision distincte. Souvent on dit, quand on raconte une peur que l’on a eue : « Je n’v voyais plus »
M. Mosso attache la plus grande importance à l’œil dans les expressions de la face; c’est une observation qui est à la portée de tout le monde ; mais mieux que les autres il en cherche et en trouve les raisons. L’œil et la langue sont les deux organes le plus richement doués pour la complexité des muscles, pour l’abondance et la variété des nerfs. Cela explique, dit-il, pourquoi tous deux ont leur langage et pourquoi nous pouvons suivre toutes les manifestations de l'âme dans l’infinie variété de leurs mouvements. L’homme a donné aux sons de la langue la valeur de la parole, et de même il a fait des mouvements de ses veux le langage destiné à exprimer ses sentiments ; même chez les aveugles-nés, l’expression du regard persiste ; les mouvements seuls donnent à cos yeux sans