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SOLIDARITÉ MORALE
incontestable qu’en entrant dans une carrière plutôt que dans une autre on engage sa liberté, on détermine plus qu’on ne le croit peut-être généralement son avenir moral avec son avenir temporel. Tout métier consiste dans un exercice déterminé de l’activité, dans un ensemble d’habitudes. Ce sont des habitudes pratiques, soi!, mais elles sont inséparables de certains sentiments correspondants, de certaines manières de juger. Chaque profession a scs exigences, ses usages, ses préjugés, qu’on épouse presque nécessairement, qu'on ne discute bientôt plus, même quand on les a d’abord subis à contre-cœur. Il est donc exact de dire que notre métier nous façonne à mesure que nous l’exerçons. S’il se ressent de nos qualités et de nos défauts, à son tour il nous améliore ou nous gâte. Notre éducation se continue donc jusque dans l’âge mûr, et la profession devient pour chacun de nous un agent permanent d’éducation1.
Le mariage est une nouvelle occasion d’engager bien ou mal notre avenir. Abstraction faite de son influence particulière, valable selon la valeur de la personne à laquelle il nous lie et du milieu où il nous introduit, le yiariage vaut par lui-même. La statistique nous montre qu’il est au plus haut point tutélaire de la moralité comme de la vie elle-même. La raison en est bien simple. La vie domestique régulière est éminemment propre à produire, par l’exercice normal de toutes les facultés, l’équilibre moral: Si quelque chose provoque presque infailliblement l’éclosion des affections généreuses, l’éveil de l’intelligence, l’effort réglé et soutenu de la volonté, le sentiment de la responsabilité, c’est, la fonction du père de famille. Et cela est si vrai que ces bons effets moraux deviennent plus sûrs et plus visibles à mesure (pic la famille se complète.