‹ Mélanges & portraitsChapitre 42 sur 69 · Papres 100-163, etc · texte numérisé non relu

Papres 100-163, etc

peu l’esclave de ceux de qui on est l’idole; la popularité, à tous ses degrés, est une chaîne. » Ce qui est vrai de l’admiration, à laquelle bien peu d’êtres humains peuvent atteindre, est vrai aussi de l’estime à laquelle tous nous pouvons et nous devons prétendre. Ceux qui ont de nous une bonne opinion, par cela même exercent sur nous une sorte de tutelle morale. « Rien n’étant plus doux que d’inspirer une estime chaleuréuse, rien ne semble pis que de la perdre. Elle nous garde donc des chutes en nous rendant vigilants ; ceux qui nous l’accordent veiftent sur nous sans y penser. Si même ils nous jugent d’abord trop bien, c’est souvent le meilleur moyen de nous élever au niveau où ils nous mettent par anticipation. Un homme d’un naturel un peu généreux, à qui l’on fait ainsi crédit, tient à être ce que l’on croit : c’est comme un engagement pris auquel il rougirait de manquer. Voilà pourquoi il faut le moins possible humilier les gens à leurs propres yeux. On leur fait plus de bien lorsque, sans trop paraître leur complaisant ou leur dupe, on peut ne point prendre acte de leur déchéance, et surtout n’en pas faire éclat. Admettre facilement la chute d’autrui, la proclamer étourdiment, est un double manque de charité. C’est un plaisir misérable, qu’on ne peut se donner sans aggraver le mal qu’on feint de déplorer : car une faiblesse morale sur laquelle on jette un voile est souvent réparable; celle dont on triomphe bruyamment ne l’est jamais1. »

Voilà le genre d’études, à la fois psychologiques et morales, où excelle l’auteur. C’est avec le même talent d’analyse qu’il étudie les effets et la force de Y imitation , les phénomènes curieux de la suggestion , dans l’état de santé ou dans l’état morbide, la communication instantanée et pour ainsi dire électrique des émotions, des passions et

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