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SOLIDARITÉ MORALK.

morale. Il estime que cette vie a un sens, un but, une fin; que cette pauvre liberté, si menacée (le toutes parts, si précaire, si défaillante, et qui, dans le détail de son œuvre, disparaît trop souvent, est intimement liée à la moralité dont elle est l’instrument; qu’il faut à tout prix la protéger, la sauver des influences qui l’oppriment, y croire tout d’abord pour la consacrer au devoir qui n’existe pas sans elle et sans lequel, à son tour, elle n’aurait pas de sens ni de raison d’être. — Un dernier trait et nous aurons tini. Il y a plusieurs sortes de moralistes : il y en a qui ne voient dans l’homme que ses perversions et ses laideurs, ce sont les pessimistes ; leurs analyses sont des diatribes sans mesure ou des ironies sans pitié; leur peinture est une caricature; ils n’offrent à l’homme qu’une image de lui-même qui le décourage du devoir de vivre ou l’avilit à ses yeux. M. Marion, lui, et je l’en félicite, serait plutôt un optimiste.

Il voit mieux et plus profondément par là même ; cet optimisme fait partie de sa clairvoyance ; il ne se contente pas d’explorer les surfaces de la vie et de l’histoire où se rencontrent les antagonismes furieux, les conflits sanglants, où toutes les difformités s’étalent, où les vices et les ridicules du personnage humain mènent un si grand tapage. 11 croit au bien, et il le cherche sous les surfaces qui nous trompent par l’agitation et le tumulte; il le trouve germant silencieusement dans de nobles consciences qui font leur œuvre sans faire bruit et par lesquelles se prépare l’avenir. Il encourage l’homme à avoir confiance dans l’homme. 11 11e consent pas à croire que le mal soit invincible, et il montre le remède entre nos mains. Il n’accorde pas que notre espèce soit vouée au mal nécessaire ou aux lois brutales du hasard. Sans doute il ne croit pas davantage au bien nécessaire, au progrès absolu, fatal et irresponsable. Et, en cela encore,

j’estime qu'il a raison, et cette restriction importante finit par démentir l’apparence de déterminisme qu’avait son livre : l’humanité est ce qu’elle se fait, elle aura le sort qu’elle méritera. L’auteur lie l’avenir de l’homme aux responsabilités actuelles; il délègue à l’homme même le soin et le sort de son espèce et lui crée par là un ensemble d’espoirs sublimes liés à un devoir sacré. « Les lois de la nature ne se chargent pas toutes seules de faire l’homme bon et heureux, mais elles lui permettent de le devenir. Si elles n’enfantent pas nécessairement la moralité, elles sont prêtes à lui venir en aide; si elles ne dispensent pas du bon vouloir, elle^ s’en emparent et le font fructifier. Faisons notre devoir et fions-nous à elle pour le reste. » C’est le dernier mot du livre. Nous le recueillons avec bonheur, sans prendre trop d’alarmes d’un déterminisme qui conclut ainsi.

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