De ISatura rerum , lib. III
cultivés auxquels répugnaient ces peintures d’une immortalité grotesque et sinistre. Les dogmes de la théologie officielle sur la vie future ne se soutenaient plus que dans le peuple, et par la solennité des rites religieux dont les plus libres esprits, parmi reste de scrupule ou par crainte, n’osaient ni s’écarter, ni rire en public. La cause était gagnée devant la raison ; mais des racines secrètes retenaient encore l’opinion extérieure, publique, civile, et l'empêchaient de se prononcer. On a noté de bien curieux témoignages sur cet état des esprits à Rome, vers le temps de Lucrèce. Cicéron ne perd pas une occasion de se moquer de ces fables; il raille même les épicuriens pour la peine qu’ils se sont donnée de combattre tous ces contes de bonne femme : « J’admire, dit-il, l’effronterie de certains philosophes qui s’applaudissent d’avoir étudié la nature, et qui, transportés de reconnaissance pour leur chef, le vénèrent comme un dieu. A les entendre, il les a délivrés des plus insupportables tyrans, d’une erreur sans fin, d’une frayeur sans relâche qui les poursuivait et la nuit et le jour. De quelle erreur, de quelle frayeur? Où est la vieille assez imbécile pour craindre ces gouffres du Tartare1? » Bientôt viendront les poètes qui diront tout naturellement ou comme Horace : « les mânes, cette pure fable [fabula mânes), » ou comme Ovide :
Qilid Stvga, quid tenebras, quid nomina vana timetis?
Plutarque lui -même, qui est platonicien et qui fut prêtre d’Apollon, avoue que « ce sont là contes faits à plaisir, que les mères et les nourrices donnent à entendre aux petits enfants. » Les stoïciens s’accordent sur ce point avec les épicuriens ; « Point d’enfer, point d’Achéron! » s’écrie