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L’Hérédité psychologique , IIe partie, chap. ni

légions remplissent dans l’histoire les intervalles des grands noms. Et puis, pourquoi les hommes éminents sont-ils moins nombreux de moitié dans ces statistiques que les illustres ? Où finit Y éminence? Où commence Y illustration? Qui peut mesurer ces différences? Et la mesure n’est-elle pas entièrement subjective? Tout cela est, en vérité, plus curieux qu’utile et ne conclut guère .

L'hérédité mentale se marque beaucoup plus clairement dans les faits collectifs ou généraux, ceux qui intéressent les races et les nations. Autant les informations qu’on nous donne sur les. individus, leurs ascendants et leurs descendants, nous paraissent vagues, contestables, dénuées de rigueur et de précision, autant les observations tendent à se préciser sous la forme ethnologique. On dirait qu’alors l’hérédité s’imprime en plus gros caractères sur les masses humaines. 11 y a des manières de penser et de sentir très vives et très particulières qui se transmettent dans un peuple et font sa marque distinctive au milieu des autres groupes de l’espèce humaine. Qui . peut nier la permanence de ce qu’on appelle le caractère national? C’est sur ce fait considérable que Lazarus et Steinthal ont jeté les fondements d’une Psychologie des peuples , « qui a pour but de déterminer la nature de l’esprit d’un peuple et de découvrir les lois qui règlent son activité interne ou spirituelle, ou idéale dans la vie, dans l’art et dans la science ». Est-il possible de méconnaître l’étrange parenté qui unit, à travers leurs pérégrinations, leurs exils divers et leur fortune errante, mais toujours accrue, toutes les branches du peuple d’Israël? Qui ne connaît les traits distinctifs de sa physionomie intellectuelle et morale, plus sensibles encore que les traits de sa conformation physique? Et les Chinais, à mesure qu’ils se répandent à travers le monde, ne gar-

ESSAIS DE PSYCHOLOGIE SOCIALE

dent-ils pas le signe indélébile de leurs facultés mentales, le don prodigieux d’assimilation, sans aucun don d’invention? Et quand cette race prolifique aura envahi de sa domesticité et de son industrie à bon marché la vieille Europe, comme elle est en train d’envahir le .Nouveau Monde, croit-on qu’elle modifiera de sitôt quelque chose à sa manière de comprendre et de sentir la vie? — Le Gaulois que nous décrivaient Strabon, Diodore, César, ne revit-il pas dans le Français du dix-neuvième siècle avec sa vanité incurable, sa légèreté d’esprit, ses engouements faciles et aussi avec ses brillantes qualités, sa promptitude de compréhension, sa générosité? — Et pour généraliser la question, n’est-il pas évident que, si l’on compare les races humaines, l’hérédité mentale s’v manifeste en grand? Toutes ne participent pas aux mêmes aptitudes de l’esprit. La race blanche est plus intellectuelle que les races colorées, chez lesquelles on ne peut pas rencontrer d’hommes ayant fait des découvertes scientifiques. Et même, dans la race blanche, quelle variété d’aptitudes héréditaires! Certains groupes, par exemple, ne comprennent pas que, pour arriver à certaines fins, il est indispensable d’avoir une méthode : ils sont incapables d’observer scientifiquement. Cette faculté distingue les peuples européens ou d’origine européenne des peuples orientaux. De lù une conséquence grave : il ne suffit pas d’introduire chez les peuples arriérés des moyens d’instruction, des industries, des causes favorables aux sciences pour susciter de vrais savants; il faudrait pouvoir modifier toute l’hérédité mentale, l’esprit et les penchants devenus instinctifs. On le voit très bien en Turquie, en Égypte, dans l’Inde, où la civilisation européenne commence à pénétrer chez des hommes de la même race que la nôtre au point de vue extérieur, mais très différents sous le rapport intellec-

tuel1. 11 est difficile d’éveiller en eux ces deux grandes aptitudes, la curiosité scientifique et le goût de la méthode. C’est le patrimoine de la vieille Europe, et il lui restera jusqu’à ce que l’évolution ait fait son œuvre. — Quoi qu’on fasse, les faits individuels ne prouvent pas grand’chose dans cet ordre de phénomènes. On a beau les interroger, les réponses qu’on obtient sont plus ou moins obscures et sujettes à mille restrictions ; la loi s’efface à mesure que l’horizon de l’observateur se restreint; il reste seulement des cas d’analogie et d’uniformité curieuses. La preuve se relève et se fortifie singulièrement quand elle porte non plus sur les individus, mais sur les ensembles. Ici se manifeste avec éclat la loi de l’hérédité par la transmission des traits intellectuels ou moraux qui forment le caractère national d’un peuple ou le type psychologique d’une race. Il n’y a là qu’une contradiction apparente et nous en donnerons la raison dans les conclusions de cette étude.

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