‹ Mélanges & portraitsChapitre 54 sur 69 · Conclusion , pages 311 et · texte numérisé non relu

Conclusion , pages 311 et

idées reviennent plusieurs fois sous des variétés de vêtements et de colorations qui trompent un instant sur leur identité, mais n’empêchent pas de les reconnaître. Des épisodes éclosent à chaque instant, sous l’impulsion de cet esprit agité par sa fécondité même, qui ne peut pas se reposer dans une argumentation tranquille, et que sa riche imagination disperse en une multitude de points de vue presque simultanés. L’esprit a quelque peine à y trouver sa voie, et bien que la lecture de ce livre présente beaucoup d’agrément, l’impression qu’il laisse n’est pas nette, il y a plus de clarté dans les détails que dans l’ensemble. J’ai pu en juger par l’effort qu’il m'a fallu faire pour éliminer les accessoires, négliger les formules toujours neuves, toujours jaillissantes, pour concentrer toute mon attention sur les deux ou trois propositions fondamentales du livre, et ne voir qu’elles, malgré l’attrait de l’éblouissant cortège qu’on leur a donné, et qui, sous prétexte d’en rehausser l’éclat, les dissimule trop.

Sachons au moins nous borner dans ce sujet par luimême illimité, et qui aurait gagné à ce que l’auteur l'enfermât dans des limites mieux définies. Qu'y a-t-il au fond de cette analyse enthousiaste de la beauté et de l'art? Une philosophie bien connue, celle de l’identité : la nature ef l’esprit sont la même chose, ont la même essence, obéissent aux mêmes lois. La nature se continue dans l’esprit ; l’esprit, grâce à la conscience, nous donne le secret de la nature et de ses opérations les plus mystérieuses. Comme l’esprit poursuit la beauté, même sous sa forme élémentaire et inconsciente, et surtout sous la forme supérieure du génie, par là même il nous révèle le but que poursuit la nature et qui est, avec d’autres procédés, la même et éternelle beauté, toujours présente, vivante, partout agissante. Les opérations de la nature

ESSAI SIJK LE GENIE DANS I/AHT.

ne diffèrent donc des créations de l’artiste que par la conscience, absente ou obscurcie en bas, visible et lumineuse en haut. Au fond, la nature est un génie qui s’ignore et qui fait de la beauté sans le savoir; le génie est la nature devenue visible à elle-même et qui fait de la beauté, en la voulant et en l’aimant. Voilà, le dernier mot du livre, et, dans la pensée de l’auteur, la résolution de cette éternelle énigme, depuis si longtemps sollicitée, inutilement tourmentée par les philosophes.

Tout se réduit à une série d’identités supposées et de transformations successives : la nature, le génie, la beauté. « La nature est génie et le génie est la beauté vivante. » Le cycle commencé dans la pure mécanique se termine dans l’art, en attendant l’heure de « cette unité sans confusion, de cette concentration suprême qui achèverait la nature en réalisant Dieu1 ».

On n’attend pas de nous que nous discutions ici les principes de cette métaphysique pas plus que les procédés de démonstration qu’elle emploie. Au fond, c’est une construction tout esthétique, œuvre d’art plutôt que de science; c’est un palais aérien, bâti par la pensée pure et qui n’est habitable que pour de pures idées. Redescendons sur terre et demandons-nous si la question spéciale du génie se trouve éclaircie au terme de cet ouvrage. La thèse principale, répétée sous mille formes diverses, est que le génie est la continuation de la vie; qu’il n’y a dans ses opérations rien de plus que dans celles de la nature, si ce n’est la conscience que le génie peut prendre de son action, tandis que la nature ne peut surprendre son propre secret. En tant qu’elle rapproche les procédés de la nature et ceux de l’art, cette thèse u’est pas absolument nouvelle. Plusieurs écrivains avaient déjà

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