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un but. Si Fauteur voulait dire simplement qu’il y a une puissance et une tendance présentes même aux opérations élémentaires de la pensée et de la vie, que rien ne se fait sans un pouvoir et une loi, il aurait évidemment raison. Il pourrait même, si cela lui plaisait, comparer ce pouvoir à un dieu protecteur, à un génie tutélaire qui dirigerait ce premier travail nécessaire de l’esprit, avant que la science en fût informée : ce serait, si l’on veut, loujours par métaphore, le genius loti des Latins. Mais ce n’est que par une infraction à toutes les habitudes de la langue qu’on l’assimile au génie proprement dit. Que si, pour l’auteur, ce mot : le génie dans la connaissance sensible est autre chose qu’une figure, c’est que dès lors le problème est pour lui résolu d’avance, et le reste ne sera que le développement d’une proposition qui s’établit comme un axiome dès la première page. Le livre ne sera plus une démonstration, mais une série d’analyses dans le sens de la thèse posée d’avance, une série d’exemples et d’applications de l’axiome, et c’est souvent, en effet, sous cet aspect que se présente l’ouvrage.

Ce qui fait la difficulté de ce problème, c’est précisément que notre langue réserve ce nom privilégié du génie pour les cas où la puissance de l’esprit se manifeste en dehors de toute proportion avec les autres phénomènes connus de son activité. On applique ce mot, quand il n’y a plus préparation immédiate, prévision possible, éclosion attendue, continué en un mot; quand il y a une sorte d 'hiatus dans la chaîne des phénomènes, de saut brusque vers les sommets d© la pensée, d’ascension soudaine jusqu’à la force créatrice. C’est là le trait reconnaissable du génie dans toutes les races; c’est son authentique et souveraine individualité. C’est parce qu'il ne ressemble à rien autre dans la série qui le précède ou la multitude qui l’enveloppe, c’est parce qu’il est un

ESSAI SUR LE GÉNIE DANS L’ART

phénomène en dehors de la génération ordinaire, r'osl parce qu’il est tout à fait propre et spécial, et au plu^ haut point personnel, qu’il s’appelle le génie. Kl c’est là ce que n’explique pas M. Séai I les, pas plus que ceux qui l’ont précédé dans cette redoutable tentative. Le quid proprium du génie^c’est-à-dire le génie même, est aussi inexplicable qu’il l’était, même après ce grand effort: la question reste au même point.

L’illusion de l’auteur est de croire qu’il a déterminé mieux qu’on ne l’avait fait jusqu’alors la nature de ce grand phénomène en le rattachant à la chaîne des phénomènes tendue à travers la nature tout entière depuis le premier mouvement du premier atome jusqu’à la pensée d’un Newton ou d’un Shakspeare. C’est précisément cette continuité d’évolution qui empêche de comprendre l’éclosion subite de ce qui rompt l’évolution; c’est la série qui nous empêche de comprendre ce qui n’est plus dans la série, ce qui s’élance en dehors et au-dessus d’elle. Si le génie n’est que la continuation de la vie, pourquoi si peu d’hommes le possèdent-ils? La santé est le train ordinaire de la vie; le génie, s’il est la santé de l’esprit, son développement normal, devrait être le train ordinaire de l’intelligence. Si l’évolution est continue et commune à tous les hommes, pourquoi cette réussite du génie chez un si petit nombre? Pourquoi l’échec est-il le cas le plus fréquent? Pourquoi l’accident heureux est-il si rare? Si tout procède dans le génie à la façon des opérations inférieures de la pensée, qui sont déjà, selon l’auteur, du génie, d’où viennent de si grandes diversités dans les manifestations supérieures? On répète sans cesse que le génie, c’est la puissance d’organiser des idées, des images, des signes. On se trompe; cette puissance d’organisation existe chez tous, sous la forme élémentaire de l’imagination (rêveries, rêves), et chez plusieurs sous

la forme du talent (conceptions esthétiques, esprit, éloquence). Ce qui est particulier aux rares élus de l’humanité, c’est la nouveauté extraordinaire et féconde de l’ordre créé dans ces idées, dans ces images, dans ces signes. Et c’est précisément cette nouveauté extraordinaire et féconde qui reste jusqu’ici sans explication. Celte fois encore, on nous décrit les analogies et les conditions extérieures du génie ; on n’en a pas saisi l’essence. La même remarque a pu être faite pour tous ceux qui, avant M. Séailles, ont poursuivi ce but jusqu’à présent inaccessible, pour ceux qui ont pensé trouver le secret du génie dans le développement plus ou moins parfait des circonvolutions cérébrales, ou dans l’élaboration obscure de l’hérédité, ou dans les coïncidences heureuses de la raée, du moment historique et du milieu. Tout cela forme bien un ensemble de conditions propices, mais toutes ces conditions, réunies ne sont pas le génie. L’accumulation de forces et de lumières dans une race ou dans une famille privilégiée ne résout pas la question pour l’individu. Le génie n’est pas une résultante, un effet prévu de chimie mentale, le dernier terme d’une série de phénomènes qui y conduisent logiquement, à moins que vous ne mettiez dans la somme des principes composants une forme imprévue, quelque ressort intérieur, un élément de spontanéité, un primum movens, tout-à-fait, distinct de ce qui le précède ou de ce qui l’entoure. C’est l’éclair qui vient on ne sait d’où, mais de plus haut assurément que cet amas de matériaux accumulés. Je ne prétends pas que le génie soit un miracle ; mais je persiste à croire que les explications proposées sont toutes insuffisantes à l’expliquer. M. Séailles n’a étudié que des analogies ou même des identités là où c’est la différence qui prédomine; il a voulu réduire à la série ce qui est en dehors de la série.

ESSAI SUR LE GENIE DANS L’A UT

J’aurais d’autres objections à élever contre cette thèse, particulièrement à propos du rôle beaucoup trop restreint que l’auteur attribue à la volonté dans la conception et l’exécution de l’œuvre d’art. J’aurais essayé de montrer qu’il va dans la conception une part considérable esthétique laissée au choix de l’artiste, que dans Je choix il entre un élément irrécusable de volonté, que l’artiste supérieur, difficile pour lui-même, écarte toutes lescombinaisons d’idées imparfaites et incomplètes, tandis qui' l’artiste moins énergique et paresseux s’en contente et leur donne un acquiescement facile; que le génie ne reçoit pas toutes faites ses idées de la nature, qu’il les élabore, qu’il les façonne, qu’il y grave profondément l’empreinte de sa personnalité. M. Séai lies supprime dans le génie la grâce d’en haut, mais j’ai peur qu'il n’y substitue la grâce d’en bas, le don spontané et gratuit de la nature agissant en lui par je ne sais quel pouvoir occulte, selon les tendances fatales qui le conduisent, presque à son insu, à l’ordre et à l’harmonie. Il faudrait, sur ce point qui est grave, instituer une discussion nouvelle; nous y renonçons ainsi qu’à d’autres explications que nous aurions voulu demander à l’auteur. Ce n’est pas un résultat médiocre, pour une thèse, de susciter ainsi une foule d’idées et même d’objections et de provoquer les esprits qui n’acquiescent pas, à marquer leur sentiment d’indépendance. C’est encore là une forme très flatteuse du témoignage que l’on peut rendre au talent.

il me resterait, pour être juste, à écrire la contrepartie, à signaler les points sur lesquels je suis d’accord avec l’auteur, à extraire de son livre un grand nombre d’observations justes, ingénieuses, neuves par l'inspiration véritable, par le tour de la pensée ou du style. J'aurais aimé à mettre dans tout son jour cette importante théorie des images où l’auteur trouve avec raison les

matériaux de l’art, la matière idéale, docile aux ordres de l’esprit qui les crée et qui les ordonne selon ses lois. Et combien de fines remarques, jetées, en passant, sur le réalisme, « l’idéalisme du laid », sur l’abus du raisonnement et des thèses dans l’art, sur l’abus du symbolisme ; sur le style et ses conditions vitales, sur son rôle qui est de simplifier et d’idéaliser; sur le dilettantisme, fatal à l’inspiration véritable; sur la liaison intime qui unit la forme à la pensée et qu’on ne peut rompre sans réduire l’art aune vraie parade ou au pur bavardage. Il y a, dans tout cela, les éléments d’une esthétique appliquée, qu’il suffirait de rassembler et de mettre en ordre. Ce n’est qu’avec regret que l’on prend congé de ce brillant et fécond esprit, qu’il serait plus facile encore de louer, si l’on ne craignait pas de s’enivrer de ses mélodies philosophiques et de perdre le sens critique sous son charme.

LES CAUSES FINALES

par Paul Janet.

Il suffira d’analyser cet ouvrage, qui s’est emparé, dès qu’il a paru, de l’attention des philosophes, et qui s’est imposé même à celle des savants, pour montrer qu’il mérite tout son succès. C’est une de ces œuvres qui, à certaius égards et pour une certaine période de temps, peuvent être considérées comme décisives. Non pas que j’imagine qu’il y ait rien de définitif dans cet ordre de questions, que la controverse sur les causes finales doive être jamais épuisée, et que ce livre ait l’heureuse fortune de convertir les adversaires à la doctrine qu’il établit. Mais j’estime que cette apologie de la finalité ne sera pas de longtemps surpassée, soit pour la manière large et compréhensive de poser le problème, soit pour la rigueur de la méthode et le développement graduel de l’évidence démonstrative, soit pour la variété et l’abondance des exemples, pour toute cette partie que les critiques anglais appellent, d’un nom si expressif, les illustrations de la doctrine. M. Paul Janet y déploie en toute liberté et dans un espace très étendu la qualité maîtresse de son esprit, la dialectique, dans une étroite union avec les sciences de la nature, que personne, parmi les philosophes contemporains, n’a étudiées avec plus de curiosité, d’aptitude et de goîit. Le caractère et le mérite de cet ouvrage, c’est donc, à proprement parler, la dialectique

appliquée à l’étude de la science positive, pour y chercher la matière d'une démonstration sinon nouvelle par le principe, au moins renouvelée par les analyses et les applications. L’auteur était préparé par le travail de toute sa vie à traiter ce grand sujet avec l’étendue et la profondeur qu’il comporte. C’est l’œuvre de sa vigoureuse maturité. Elle répondra suffisamment à l’objection injuste et banale que l’on élève contre les philosophes de ce temps de rester étrangers aux méthodes, aux découvertes des sciences de la nature. 11 y a longtemps déjà que la philosophie a compris quelle devait renouer avec la science une alliance qui a été si féconde à toutes les grandes époques de l’esprit humain, depuis Aristote jusqu'à Leibnitz. Que la science à son tour n’ait pas peur de la philosophie, ou, ce qui serait pis, qu’elle se garde bien de la dédaigner. Hostilité ou mépris, le résultat serait le même, et un divorce serait funeste. La science y perdrait peu à peu le goût des idées générales qui lui donnent sa lumière; la philosophie y perdrait le sens de la vie et de la réalité. L’une se disperserait à l’infini dans l’analyse des détails, l’autre s’évanouirait dans de stériles abstractions.

Le livre de M. Janet se divise naturellement en deux parties, dont chacune répond à une question bien distincte: La finalité est-elle une loi de la nature? Quelle est la cause première de cette loi? Nous* bornerons aujourd’hui notre étude à la première partie, celle qui a pour objet de démêler les faits de finalité dans le tissu complexe des phénomènes et de les distinguer nettement de tout ce qui peut être un résultat de combinaisons mécaniques. Pour nous, c’est la plus importante des questions traitées dans ce livre, bien que je 11e méconnaisse pas l’intérêt spéculatif de la seconde partie et l’heureuse subtilité d’argumentation qu’v montre l’auteur. Mais ce

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n’est plus là qu’un débat entre métaphysiciens. Une fois que la loi de finalité est démontrée comme une loi de la nature, l’intérêt scientifique de la question est épuisé. Le débat est loin d’être (dos, mais il se transforme ; les savants ne s’y intéressent plus que médiocrement, et la plus graude partie des esprits même cultivés fait comme eux. On se trouve en face des systèmes qui prétendent maintenir la finalité tout en niant, ce qui paraît d’abord incompréhensible, que cette finalité de la nature révèle une intentiou dans sa cause. Dès lors on n’a plus qu’à choisir entre ces différents principes : ou l’instinct artiste d’une nature qui s’ignore elle-même, ou l' Idée logique de Hegel et de son école, ou la Volonté aveugle de Schopenhauer, ou l’Inconscient de Hartmann, si l’on se refuse à admettre le principe le plus intelligible de tous, la pensée concentrée, sous forme de raison suprême et de conscience, dans la cause du monde. C’est tout une autre discussion, où la science positive n’a plus rien à voir. 11 nous suffira pour aujourd’hui de mettre dans tout son jour le grand effort que fait M. Janet pour arracher aux sciences naturelles le témoignage et la preuve de la finalité. Nous exposerons fidèlement cette argumentation, nous efforçant d’en faire sortir l’ordre, le mouvement et le progrès, persuadé que, pour un ouvrage de cette importance, il n’y a qu’un moyen de le faire apprécier comme il convient, c’est de laisser à la pensée de l’auteur toute sa liberté, et même, s’il est possible, son accent propre, sans l’interrompre par des réflexions importunes et substituer le critique à l’auteur. C’est à cette condition que le lecteur peut .juger de l’importance d’un théorème philosophique. Il nous suffira de marquer, à la fin de l’article, les réserves que nous croyons devoir apporter à la doctrine.

Y a-t-il dans la nature une telle chose que la finalité?

C’est la question d’où part M. Janet. « Cela peut être, dilil, mais n’est pas évident a priori ». La loi de la finalité ne peut être posée connue une condition nécessaire de la pensée : elle doit être cherchée par l’expérience, établie par l’analyse et la discussion. En cela elle diffère essentiellement du principe de causalité, sans lequel rien ne peut être conçu ni pensé. La causalité est une loi nécessaire de l’esprit, loi objective de tous les phénomènes sans exception, loi nécessaire, toujours et partout vérifiée, et, comme dit Kant, principe constitutif de l’entendement. La finalité, au contraire, pourrait bien n’être qu’un principe régulateur : il nous aiderait à comprendre les choses en les établissant dans un certain ordre; ce serait un moyen de nous les représenter, mais sous un point de vue personnel et libre, auquel l’esprit humain pourrait s’abandonner ou se refuser. Si cette loi n’es^; pas une loi chimérique ou toute subjective, elle est, en tout cas, une vérité d’induction, rien de plus. Voilà ce que M. Janet établit dans ses premières pages, avec un scrupule de rigueur scientifique qui est fait pour agréer aux savants et leur inspirer confiance; à cette occasion il discute les diverses formules qui ont été proposées pour le principe des causes finales, et montre qu’aucune de ces formules ne parvient à lui donner l’évidence, l’universalité, la nécessité d’un axiome. Quand M. Jouffroy énonce comme une vérité première, égale en évidence à toutes les autres, ce principe que tout être ^ une fin, il se trompe assurément dans la formule qu’il propose, et c’est l’équivoque introduite par le mot fin qui est la cause de son erreur. Ce mot peut signifier un certain effet, résultant d’une nature donnée, et en ce sens il n’est pas douteux que tout être produit nécessairement ce quj est conforme à sa nature ; mais, si par fin on entend (et c’est le sens où M. Jouffroy prend ce mol) un but

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pour lequel une chose a été faite, il n’est pas évident par soi-même que tout ait une lin en ce sens, par exemple le minéral, à moins que l’on n’admette d’avance l’idée d’une Providence qui a tout réglé. Mais, dans ce cas, le principe de la finalité sera un corollaire de la doctrine de la Providence : il ne sera pas lui-même un principe premier, il sera la conséquence d’un principe De même, quand M. Havaisson résume le principe de finalité et celui de causalité dans cette seule formule : a Tout ce qui arrive ne vient pas seulement de quelque « part, mais va aussi quelque part », il établit une proposition incontestable, mais qui n’a pas la portée que lui attribue son auteur. Il est certain qu’un corps en mou veinent va quelque part ; mais la question est de savoir si la direction de ce mouvement est un résultat mécanique ou un but préordonné, et l’évidence qui s'attache à la formule dans sa vague généralité ne suit pas la pensée de l’auteur dans le second sens, plus spécial, qu’il prétend lui assigner.

La finalité, si elle existe, est donc une loi de nature. résultant de l’observation, au même titre que les autres lois générales, obtenues par les naturalistes, comme la loi de la division du travail physiologique et la loi de la corrélation des organes. Cette loi existe-t-elle et peut-on la démontrer, la vérifier par T induct ion, comme les autres lois de nature auxquelles l’auteur l’assimile? 11 le croit et il va tenter méthodiquement cette grande entreprise. Si, dans un grand nombre de cas, les phénomènes nous paraissent sans but, ou du moins n’évoquent pas nécessairement dans notre esprit l’idée de but, dans d’autres, au contraire, très nombreux et marqués d’un caractère spécial, cette notion se produit irrésistiblement et s’impose à nous. Quel est le caractère spécial qui suscite en nous la notion d’un but? Définir ce caractère ce sera

donner le critérium de la finalité. M. Janet s’y est appliqué, développant, approfondissant cette pensée de Kant que la finalité dans un être est la cause de sa cause, c’està-dire le but prédéterminé en vue duquel se développe toute la série des causes efficientes et qui par là même devient cause de ce qui le précède, bien que, dans l’ordre apparent, il en soit la conséquence. L’esprit humain, dit-il, exige une cause non seulement pour expliquer les phénomènes, c’est-à-dire ce qui tombe sous les sens, mais encore pour expliquer ce qui ne tombe pas sous les sens, l’ordre dans les phénomènes. L’accord invisible des phénomènes doit lui-même être expliqué, aussi bien que chaque phénomène pris isolément. Cette coordination est un effet qui doit avoir sa cause. Le hasard n’explique rien, il n’est que la coïncidence de deux séries de faits indépendants.

Si cette coïncidence se répète et tend à devenir régulière, c’est la marque qu’il y a autre chose que le hasard, ce qui arrive d’une manière constante ne pouvant être l’effet d’un pur accident. Or, parmi les phénomènes qui s’offrent de toute part à notre observation, les uns s’expliquent tout naturellement par ce qui les précède; pour d’autres, cette explication est défectueuse et insuffisante ; ce' sont ceux en qui se marquent un ordre, une régularité, une constance dans la préparation infaillible de leurs effets futurs, avec un caractère si précis, qu’il est inconcevable que ces effets futurs n’aient pas agi sur ce qui les précède, n’aient pas sollicité, attiré vers euxle mouvement de ces phénomènes. C’est là vraiment que la finalité se montre, s’impose à nous, c’est quand les phénomènes nous paraissent déterminés non seulement par leurs causes, mais par leurs effets, quand ces causes elles-mêmes nous paraissent soumises à l’action de ces résultats futurs Si une combinaison de phénomènes.

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pour devenir intelligible, doit se rapporter non seulement à scs causes antérieures ou actuelles, mais à des effets qui n’existent pas encore ; si des parties successives qui apparaissent n’ont de sens et de but appréciable que par le tout dont elles sont la lente et graduelle élaborafion, ici le simple rapport de cause à effet ne suffit pas, il se transforme en rapport de moyen à fin. Ce n’est plus seulement l’unité de série qui s’opère mécaniquement devant nos yeux, c’est runité de système, infiniment plus profonde et plus complexe, qui s’accomplit; b* point de vue mécanique est dépassé, le point de vue téléologique se révèle à nous, et seul il peut satisfaire aux exigences de la pensée.

L’analyse trouve deux éléments étroitement unis dans cette notion de finalité, l’idée d’une combinaison de phénomènes, puis l'idée d’un rapport de ces phénomènes à un but ultérieur, la concordance du présentavec l’avenir, la détermination de l’un par l’autre. Or que suppose cet accord de plusieurs phénomènes hétérogènes avec un phénomène final, sinon une cause où ce phénomène final est idéalement représenté? La loi de finalité sera donc démontrée expérimentalement, si, étant donnée une combinaison complexe de phénomènes hétérogènes, concordant avec la possibilité d’un acte futur, on parvient à établir que cet acte futur n’était contenu d’avance dans aucun de ces phénomènes particuliers, que cet accord ne peut se comprendre que par une sorte de préexistence, sous forme idéale, de l’acte futur lui-même, ce qui de résultat le transforme en but, c’est-à-dire en raison prédéterminée. La force de la démonstration repose^ sur la considération d'un tout formé par des causes divergentes, sur l’accord de ce tout avec un phénomène futur qui ne peut se produire que par la condition de cet accord, et sur l’impossibilité d’expliquer cet accord

par aucune des causes antérieures. La probabilité de la présomption croit avec la complexité des phénomènes concordants et avec le nombre des rapports qui les unissent au phénomène final.

Voilà ce que le philosophe aura maintenant à démêler dans la trame si variée et si complexe de la nature. Y a-t-il de tels phénomènes, ou groupes ou systèmes, qui ne puissent admettre d’autre explication que celle qui se tire d’un effet futur, sous forme d’anticipation idéale? C’est une question de fait à résoudre. Nous avons posé les conditions et le critérium de la finalité; suivons maintenant M. Janet dans la recherche qu’il a entreprise à travers la nature pour nous montrer les systèmes et les groupes de faits où ce caractère lui semble marqué en traits irrécusables.

L’auteur s’attache d’abord à exposer et à caractériser les faits favorables à la doctrine de la finalité, réservant pour le chapitre des objections les faits défavorables. Les opérations de la nature vivante dans lesquelles se marque le caractère de la finalité peuvent se répartir en deux classes : les fonctions , si évidemment préparées par la structure de l’organe, et les instincts , qui sont les actions mêmes de ce>s organes et spécialement des organes de relation, si visiblement adaptées à certains buts ultérieurs.

Les exemples choisis par M. Janet ne sont pas tous nouveaux ; il serait inutile et même dangereux qu’ils le fussent. On comprend que les principaux de ces faits, les faits prérogatifs, aient été les premiers à être signalés à l’attention des observateurs par l’évidencemême des approbations dont ils sont la preuve, tels que ce fait si connu, la structure de l’œil dans son rapport avec l’acte de la vision. « C’est, dit M. Janet, l’argument classique en cette matière, et ce serait un vain scrupule que de nous

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priver d’un argument si saisissant et si merveilleux par la raison qu’il serait trop connu et devenu banal par l’usage. Ce qui vient à sa place n’est jamais banal1 ».On peut dire d’ailleurs que l’analyse que l’on nous donne de ce fait et des faits analogues est nouvelle à certains égards par la rigueur de la marche inductive dont elle règle et appuie chacun des pas, par le soin avec lequel Fauteur s’est rendu compte des difficultés des problèmes, des innombrables conditions qu’en exigeait la solution, et de la probabilité infiniment petite, décroissante avec le nombre de ces conditions, qu’elles se trouvent toutes réunies en vertu d’une loi purement physique ou d’une combinaison mécanique. Des observations analogues sont faites avec le même soin et présentées avec la même exactitude sur l'organe de l’ouïe, sur la forme des dents, sur celle de l’épiglotte, sur les fibres de l’œsophage, les valvules des veines et des vaisseaux chylifères, la structure du cœur, si visiblement appropriée à la grande fonction qu’il doit remplir, la structure de l’appareil respiratoire, celle des organes du mouvement, enfin l’appareil de la voix chez l’homme. Dans tous ces exemples, nous voyons concorder les deux termes du rapport qui constitue la finalité: d'une part, un système, un appareil, un organe ; d'autre part, un phénomène qui ne se produira que plus tard et auquel ce système aboutit, phénomène si important, qu’il est précisément « le lien du système et la « circonstance qui d’une manière quelconque a prédéter « miné la combinaison »; d’une part, l’œil, l’oreille, l’estomac, les membres moteurs, l'appareil vocal; d’autre part, le phénomène final qu’on appelle vision, audition, nutrition, marche, parole. Dans tous ces cas et dans tous les cas analogues, nous partons d'un point fixe qui nous

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