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"1. Page 45. Cf. Claude Bernard. Leçons de jihysiologic, t. II, p. 408.

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de la vraie causalité que de ne pas reconnaître la finalité, et de laisser cet accord visible du passéavec le futur sans autre explication qu’une coïncidence entre deux séries de faits qui se développent sans être ordonnées entre elles. Mais, de tous les cas si nombreux et si variés de coordination, il n’en est pas de plus complexe et par conséquent de plus remarquable que l’existence des sexes.

« Il ne s'agit plus seulement ici de l’appropriation d’un organe à une fonction, mais, ce qui est bien plus saisissant, d’un organe à un autre organe C’est une adap-

tation toute mécanique de deux appareils distincts, mais tellement liés ensemble, que la forme de l’un est déterminée par la forme de l’autre Ces deux appareils or-

ganiques, quelquefois réunis, mais le plus souvent séparés dans deux individus distincts, sont l’un à l’autre et

réciproquement dans un rapport de moyens à fins

L’appropriation dont il s’agit ici n’est pas seulement une corrélation d’organes, un concours harmonique de fonctions, c’estquelque chose de plus palpable encore : c’est une adaptation mécanique et matérielle, un rapport de forme à forme, de structure à structure. Ici la coopération est telle, qu’elle suppose l’application d’un organe à un autre, et un rapprochement momentané qui les confond en un seul, phénomène qui ne pourrait avoir lieu sans

une coïncidence parfaite de structure Ajoutons qu’il

y a autre chose ici qu’une simple conformité de structure et une adaptation materielle, mais sans effet utile, comme il arrive pour la main d’un homme qui semble très pro

pre à s’adapter à la main d’un autre homme Dans les

sexes, outre l’appropriation de l’organe à l’organe, il y a encore celle de l’organe à la fonction, ou plutôt celle de deux organes à la même fonction. Enfin cette fonction unique, accomplie par deux organes, est précisément celle par laquelle l’individu assure la perpétuité de l’es-

v pèce. Ainsi, à tous les degrés du phénomène, nous voyons la détermination du présent par le futur : la structure des deux: organes ne s’explique que par l’éventualité de leur rencontre, leur rencontre par la fonction qui en résulte, la fonction enfin par son effet, qui est la production d’un nouvel être, lui-même appelé à son tour à perpétuer l’espèce. Ici l’ordre des causes est manifestement renversé, et, quoi qu’en disent Lucrèce et Spinosa, ce sont les effets qui sont les causes *. »

Nous ne ferons qu'indiquer l’autre système de faits sur lesquels se fonde la théorie de la finalité, les instincts, relatifs soit à la conservation de l’individu, soit à la conservation de l’espèce, soit aux relations des animaux entre eux. Nous ne voulons pas perdre de vue l’intérêt véritable du livre, qui est avant tout d’être une analyse philosophique et critique de la finalité, non une description des faits. Rappelons seulement les conclusions de l’auteur sur ce sujet des instincts. Tous les témoignages, toutes les expériences, attestent d’une manière péremptoire que l’animal a une industrie innée, c’est-à-dire qu’il reçoit de la nature soit une force occulte, soit un mécanisme inconnu qui, spontanément, sans imitation, habitude vni expérience, accomplit une série d’actes appropriés à l’intérêt de l’animal. L’instinct est donc un art : or tout art est un système, un enchaînement d’actes appropriés à un effet futur déterminé, ce qui est le caractère décisif de la finalité — En résumé, comment comprendre que tant de causes diverses, hétérogènes, agissant sans but, soit dans la formation des différentes piècesde l’organisme, soit dans le développement des industries instinctives de l’animal, se rencontrent si bien dans leur action

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commune avec un but qui est ou la conservation de l'être vivant ou la perpétuité de l’espèce ? Cependant M. Janet ne veut pas conclure encore : il se réserve seulement le droit de dire, connue font les savants dans les circonstances semblables : tout se passe comme si la cause de ces phénomènes avait prévu l’effet qu’ils doiventamener1 Ne serait-il pas étrange qu’une cause aveugle agit précisément de la même manière que ferait une cause qui ne serait pas aveugle? Par conséquent, jusqu’à ce qu'il soit démontré que de tels faits n’ont pas été prévus, la présomption est qu’ils l’ont été. — Il n’ignore pas, du reste, que les plus grands efforts ont été faits par des savants considérables pour détruire ou suspendre la conclusion de cette induction, et il se réserve de répondre plus tard aux principales objections ou difficultés qui ont été élevées contre l’explication si naturelle qu’il propose.

En attendant, suivons l’auteur dans le progrès de sa savante analyse. Nous n'en sommes encore qu’au second pas de l’induction que l’auteur poursuit. Il a constaté nombre de laits qui ne peuvent s’expliquer que par un rapport mystérieux à l’avenir. Mais commentarrivons-nous à concevoir ce rapport, à croire que la cause de ces appropriations, de ces combinaisons de phénomènes hétérogènes avec un acte futur, soit nécessairement et précisément cet effet futur lui-même, ce qui paraît fort extraordinaire en soi ? Une telle idée se présente irrésistiblement à nous, quand les causes actuelles ou antérieures ne nous offrent pas une explication suffisante. Mais enfin par quoi s’autorise cette idée ? sur quoi s’appuie-t-elle, d’où nous vient-elle, si singulière qu’elle soit en ellemême, puisque c’est en quelque manière intervertir l’ordre de la science et de la raison que de chercher la cause

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dans l’avenir plutôt que dans le passé, c’est-à-dire de concevoir une cause finale ? Le fondement de cette conception, nous dit-on, c’est l’analogie. Nous sommes entraînés à croire qu’il y a des causes finales en dehors de nous par ce fait de conscience, par cette expérience intime qu’il y en a en nous. C’est l’industrie de l'homme qui nous conduit à comprendre l’industrie de la nature. Si l’expérience ne nous avait pas donné d’avance, en nousmêmes, le type de la cause finale, nous n’aurions pu inventer cette notion.

Cette origine rend cette idée à la fois irrésistible et suspecte. Suspecte, car de quel droit conclure de nous à la nature? Et quelle est la légitimité de cette analogie? M. Janet montre que cette objection consiste à placer en face l’un de l’autre, comme deux termes hétérogènes, la nature et l’homme, à opposer, comme deux mondes, le monde de l’esprit et celui de la nature, à affirmer qu’il n’y a aucun passage de l’un à l’autre, que la nature, comme cause créatrice, ne peut être aucunement assimilée à cette autre cause créatrice que nous connaissons et qui est l’homme. Mais pourquoi pas? peut-on répondre à ceux qui creusent ainsi un abîme entre les productions de l’homme et celles de la nature, comme si elles appartenaient à des genres d’industrie absolument distincts ou même contraires. Pourquoi nierait-on a priori qu’il y ait rien de semblable entre ces deux industries ?L’homme n’est pas en dehors de la nature, il en fait partie; il en est un membre, un organe, et dans une certaine mesure, un produit. Et non-seulement l’homme est dans la nature, mais ses actes et ses œuvres sont dans la nature; et ainsi l’industrie humaine elle-même n’est qu’un des aspects, celui qui nous est le plus intime et le plus familier, de la grande industrie de la nature; elle en est une partie essentielle et intégrante. En quoi les villes con-

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slruites par l'homme sont-elles moins dans fa nature que les huttes des castors ou les cellules des abeilles ? En quoi les chants de nos artistes sont-ils moins naturels que le chant des oiseaux*? L’homme n’est pas un monstre dans le système clés choses, il est un produit et un agent naturel, voilà ce qu’il ne faut pas oublier. Donc, en passant de l’industrie de l’homme à celle de la nature, nous 11e passons pas, comme on semble le croire, d’un genre à l’aulre; mais, dans un même genre, à savoir la nature, un certain nombre de faits homogènes èlaul donnés, nous suivons la filière de l’analogie aussi loin qu’elle peut nous conduire1. Et l’auteur suit en effet celte filière, à travers les différents degrés de la nature, des actions volontaires de l’homme, qui ont assurément un but, à celles de nos semblables dont nous affirmons qu’elles en ont un, avec une certitude égale à celle qui nous le fait affirmer pour nous autres : de ces actions volontaires de l’homme en général aux actions semi-volontaires de l’animal et à ses opérations instinctives ; des instincts de l’animal aux fonctions organiques , et enfin des opérations des organes à la formation même des organes, s'appuyant à chacun de ces degrés du même principe d’analogie dont il consulte les indications et dont il suit jusqu’au bout la lumière. Ainsi s'opère le passage logique de l’esprit à travers ces différents termes qui se transmettent, si je puis dire, de degré en degré, la clarté puisée au foyer de la conscience humaine. « Si, malgré la décroissance des formes, nous sommes autorisés à dire que le polype, tout aussi bien que l’homme, est. un animal, quel que soit l’abîme qui sépare l’un de l’autre, nous ne sommes pas moins autorisés à dire que le cristallin, lentille naturelle, est une œuvre d'art, au même

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titre que la lentille artificielle construite par l’opticien. Que cet art soit conscient ou inconscient, externe ou interne (ce qui résume les deux différences entre l’industrie de l’homme et celle de la nature), peu importe, le même objet, identiquement le même, ne peut pas être ici une machine, là un jeu de la nature, et, si l’on accorde que c’est une machine, comme il est difficile de le nier, on accorde par là même que c’est un moyen approprié à un but; on accorde l’existence de la cause finale Le principe est posé : les mêmes effets s'expliquent par les mêmes causes La cause finale est

donc une cause réelle, attestée par l’expérience interne, et résidant objectivement dans toutes les productions organisées, aussi bien que dans les œuvres de l’art humain1. »

Mais ici intervient la science, qui ne se reud pas facilement à ce genre d’analogie, qui tient pour suspecte celte forme de raisonnement, bien qu’elle en use souvent ellemême, et demande ce que vaut au fond ce procédé de dialectique descendante, qui, partant de la volonté humaine, en retrouve les lointaines ressemblances dans l’animal, dans l’instinct, dans l’organisme, peuplant ainsi la nature de causes finales, fabriquées sur le type de celles que nous connaissons et que nous portons en nous. Tout cela n’aurait de valeur que si Ton avait épuisé la série des causes scientifiques. Or toutes les causes, vraiment causes, raisons actuelles ou antérieures, ontelles été essayées pour l’explication de ces phénomènes qu’on aime mieux, par une sorte de conclusion précipitée et paresseuse, attribuer à une finalité incompréhensible? Bien loin de là, toutes ne sont même pas, sans doute, découvertes et connues. Le terme de causes effi-

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