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LI S CAUSES FINALES
cienles et mécaniques est très général. On peut comprendre sous ce mot bien des causes de différent genre, qui semblent chaque jour s’étendre et se multiplier avec le progrès de la science. Si les causes déjà connues ne suffisent pas, dans cet ordre de phénomènes, à toutes les exigences de l’esprit, bien qu’un grand nombre de savants en jugent autrement, il en eSt d’autres sans doute inaperçues aujourd’hui ou partiellement ignorées, qui combleront un jour cette lacune, ce vide où la métaphysique essaye d’installer de nouveau sa vieille idole, mille fois ruinée, la cause finale.
Voilà ce qu’on nous dit de tous les côtés, et ce serait mal connaître M. Janet que de croire qu'il n’a pas l’oreille tendue à toutes ces rumeurs et l’esprit ouvert à toutes les objections. C’est à l’examen de ces objections élevées contre la finalité qu’il consacre quatre des chapitres de son livre. Nous devrons ici encore nous contenter de quelques exemples pour mettre en lumière les mérites et l’art de cette savante argumentation.
Est-il vrai, comme ou le prétend, que l'idée de la relation entre l’organe et la fonction soit contredite par la science ? Est-il vrai qu'il soit contraire à l'observation d’affirmer que la structure d’un organe en révèle l’usage? S’il faut en croire les maîtres nouveaux de la science physiologique, la structure des organes n’est qu’un élément secondaire en physiologie : c’est jusqu’aux principes élémentaires des organes, jusqu’aux tissus qu’il faut allerpour découvrir lesloisde la vie. Les tissus sont doués de propriétés élémentaires qui leur sont inhérentes, immanentes, spécifiques. Cependant les tissus, à leur tour, ne sont pas encore les derniers éléments de l’organisation; au delà est la cellule, le véritable élément organique, et les fonctions des organes ne seront plus que les diverses actions des cellules qui les constituent. S’emparant de
ces idées qui appartiennent à la nouvelle physiologie, et les poussant aussi loin que possible, M. Ch. Robin ramène tout le problème de l'organisation à un certain mode d’associations moléculaires entre les principes immédiats. En suivant cette direction nouvelle, la science ne voit plus dans les organes que des résultantes et des complications de certains éléments simples dont on recherche les propriétés fondamentales, comme d’autres savants étudient les propriétés des corps simples en chimie. — Ces vues nouvelles renversent-elles, comme on le pense, l’idée de la finalité ?Pas le moins du monde. M. Janet, avec une justesse et une largeur d’esprit que les savants reconnaîtront, ne s’effraye ni des découvertes de la science moderne, ni de la rigueur croissante de ces méthodes qui tendent à se dégager de plus en plus de toute idée préconçue, et se réduisent à constater des relations déterminées entre les faits et leurs conditions. 11 ne lui vient pas à l’esprit de contester à la science ses procédés et ses principes ; il lui reconnaît le droit de s’interdire à elle-même toute autre recherche que celles qui ramènent des effets à leurs causes prochaines. Mais il réclame d’autres droits pour la philosophie, celui, par exemple, que l’esprit humain n’abdiquera jamais, de rechercher le sens et la signification, du spectacle qu’il a sous les yeux, et si une pensée a présidé à la composition des êtres organisés. Or, cetle recherche n’est nullement exclue par les méthodes les plus rigoureuses de la nouvelle physiologie, qui ont pour objet de rechercher la propriété des tissus ou des cellules. Les unes se concilient tout naturellement avec les autres. « S’il y a une pensée dans la nature, cette pensée ne pourrait se manifester que par des moyens matériels, enchaînés suivant des rapports d’espace et de temps... Montrer, comme le fait la science, que ces machines apparentes, les organes, se réduisent à des éléments doués de telles
LES CAUSES FINALES
propriétés, ce n’est nullement démontrer (pie ces machines ne sont pas l’œuvre d’une industrie ou d’un art dirigé vers un but. Les causes finales ne sont pas des miracles; ce ne sont pas des effets sans cause. L’industrie de la nature (aveugle ou non) ne peut, en toute hypothèse, construire des machines qu’en se servant d’éléments dont les propriétés sont telles qu’en se combinant ils produisent des effets voulus *. » Lu même réponse vaut contre l’école positiviste, qui substitue au principe des causes finales celui des conditions d'existence. Aucun être, dit-on, ne peut subsister sans les conditions qui le rendent possible ; cesconditions étant données, l'être sera; sans ces conditions il ne sera pas. L’appropriation des organesaux fonctions n’est donc qu’une condition sine qua non de l’existence de l’être, elle n’est pas le signe d’une intention ou d’un art qui ait voulu ou prédéterminé cet être. — Sans doute, peut-on répondre, il faut que les conditions soient réalisées pour que l’être soit. Mais qui est-ce qui fait que ces conditions sont réalisées1 2? Autre chose, disait Platon, est la cause, autre chose et sans quoi la cause ne serait pas cause. Nous dirons aujourd'hui : autre chose est l’ensemble des conditions, autre chose la cause qui pose el réalise ces conditions. Les conditions d’existence, loin d’exclure la finalité, la supposent, parce qu’elles ne font que la traduire.
C’est dans le meme esprit d’intelligente interprétation que l’auteur examine la doctrine de l’évolution au point de vue de son sujet. Selon lui, l’évolution n’est contraire qu’à la doctrine des créations locales et spéciales, elle ne contredit pas l’hypothèse d’une création unique et générale, dominée par le principe du mieux. Elle peut même